L'autre jour j'ai lu un article très bien écrit sur l'enfance telle que je la conçois. Et puis, en en parlant avec je sais plus qui, mon interlocuteur me dit "ouais, jolie façon de se rassurer quand on a des enfants speed !" Pour une fois, je ne vais pas m'emporter. Je voudrais juste interpeler les gens sur un fait, une question qui me tarraude "et si les enfants n'étaient pas speed ? Et si nous, nous l'étions ?" 

Personnellement, je me souviens de dimanches après-midis où ma soeur et moi mourrions d'ennui en regardant nos parents dormir, fatigués par leur semaine de boulot, les tâches quotidiennes, et notre énergie débordante. Aujourd'hui, c'est moi cette maman qui vendrait un de ses fils, pour une heure de sieste le dimanche après-midi. 

Mais je n'ai pas oublié. Je n'ai pas oublié les pieds nus dans l'herbe, parfois mouillée. Je n'ai pas oublié la saveur des pâtes au jambon de quand j'étais malade. Je n'ai pas oublié les sauts dans la piscine toute habillée, la peau douce de ma Mamie, la nuit passée avec mes chaussures vernies toutes neuves aux pieds, les fous rires avec ma soeur adorée, ceux qui font que tu tombes de ta chaise ou que tu finis par cracher ton lait par le nez. 

Depuis quelques semaines, j'éprouve le besoin de lire, de comprendre et de me documenter sur l'enfance. Évidemment j'oriente mes lectures et mes recherches en fonction de mes aspirations et de mes convictions et libre à chacun d'avoir un point de vue différent, mais pour ma part (cas pathologiques mis à part), je ne crois pas qu'il y ait d'enfants speed. 

Les enfants ne sont pas speed. Ils sont… enfants ! Comme le dit l'auteure dans son article : les enfants ne sont pas nés pour rester assis sans bouger ni parler. Les enfants ne sont pas nés pour être disciplinés et pour obéir. Les enfants ne sont pas nés pour attendre à la caisse du magasin. Les enfants ne sont pas nés pour -au départ- dormir seuls dans un lit vide et froid. 

Les enfants sont nés pour vivre, pour découvrir, pour expérimenter. Ils sont nés pour apprendre, être guidés et rassurés. Les enfants ne sont pas speed, ils sont petits, vigoureux, forts, vierges de la fatigue que nous, nous traînons avec nous comme un boulet. 

Alors oui, l'expérimentation du rouleau de PQ entièrement dévidé dans les chiottes 3 fois de suite, j'avoue, ça m'a gonflée. Oui, les cris de goret histoire d'apprivoiser leurs voix m'ont usé les tympans. Oui, l'apprentissage de la frustration, des règles, de la vie en communauté m'ont épuisée (et m'épuisent encore). Mais je ne perds pas de vue que ces apprentissages sont épuisants pour nous qui vivons dans un monde d'adultes depuis si longtemps, mais aussi et surtout pour eux qui doivent peu à peu entrer dans la dure réalité de notre société. 

Aujourd'hui, j'ai l'impression que les enfants devraient dès leur sortie de l'utérus savoir lire l'heure, se retenir pour aller aux toilettes et dormir seuls, si possible 12h d'affilée. Il y a peu, j'ai pris du recul sur mon expérience de maman et un élément m'a frappée. En écoutant mes amies, il m' a semblé que finalement, seule une minorité d'enfants font "leurs nuits" dans le sens où on l'entend. La norme, de ce que j'ai pu voir, n'est pas la nuit de 12h ininterrompue mais plutôt la nuit hachée (encore plus que la viande de la terrine de Mamie). Je m'interroge donc. Les nuits de 12h, c'est notre norme À NOUS. Mais pas la leur ! A vrai dire, je crois pas qu'il y ait de norme si ce n'est celle de la proximité avec la mère (et le père) qui est tout ce dont à quoi le nourrisson aspire durant ses premiers mois, et ce à quoi l'enfant aspire durant ses premières années.

Quant à notre amour de la propreté, j'invite les parents à se renseigner sur l'hygiène naturelle infantile. Les enfants sont propres, ils ne sont juste pas continents. Ils ne peuvent simplement pas contrôler leur corps avant un certain âge.

Idem avec notre passion pour les montres. Que veulent dire une minute, une heure, un jour, une semaine pour un bébé ? J'ai nourri Hibou scrupuleusement toutes les 3 heures, en prenant soigneusement des notes sur chaque tétée, encore une fois, je ne juge donc pas. Mais après un autre enfant allaité et presque 4 ans de réflexion sur la maternité, j'en viens à me demander pourquoi ? Est-ce qu'un jour un mec hyper diplômé s'est levé et a dit "Il faut les nourrir toutes les 3 heures pas plus !" En vertu de quoi ? Pourquoi ? (Ce sont de vraies questions, bien que les réponses ne m'intéressent désormais plus vraiment). 

Un point crucial est là : le contrôle et la mesure. Le contrôle du corps, le contrôle des sentiments et des émotions, la mesure du temps, des quantités… Nous-mêmes, quand nous avons faim, une heure ne nous paraît-elle pas une éternité ? 

Au fil de mes lectures (je vous ferai un article, promis !), j'en viens même à me demander pourquoi peser un enfant et le mesurer dès sa sortie du ventre de sa maman ? Pourquoi le récurrer dès les premiers jours alors même qu'on sait que le vernix les protège ? N'y a-t-il pas plus important, plus naturel ? J'ai vécu 2 naissances, dont une vraiment traumatisante avec un bébé parti en réa donc je ne remets absolument pas en cause le savoir-faire des équipes médicales, mais plutôt notre façon de concevoir la naissance et l'enfance aujourd'hui. Dès les premières minutes de vie, on s'éloigne de l'humain pour entrer dans le cercle infernal des scores et de la performance. Des tests Apgar aux premiers bulletins de petite section (exposés fièrement par Papa et Maman sur les réseaux), du poids de naissance aux premiers centimètres gagnés, ce qui compte, c'est de scorer. 

Je ne connais ni le poids, ni la taille de mes gosses. Non pas que je m'en vante, mais simplement je le vis très bien. Mes enfants ne se définissent pas en termes de poids, de taille, ou de performances scolaires. Quand ils jouent, j'aime les voir gratter la terre, sauter dans les flaques, s'extasier devant un bâton ou une mouche, se colorier les bras avec des feutres. Et c'est tout ce qui m'importe. 

Évidemment, j'ai encore des barrages, des automatismes. L'autre jour, quand Gustave a rempli un verre d'eau avec ma gourde sur mon lit, j'ai sauté au plafond et j'ai foncé sur lui en braillant comme un marcassin… avant de me raviser et de le féliciter, parce que quand même, ouvrir ma gourde en dévissant le bouchon, se verser un verre sans rien renverser alors que le goulot est énorme, et sur mon lit sans en mettre une goutte sur les draps, je ne suis pas sûre que j'y serais arrivée moi-même ! Chapeau mon petit Gluts ! 

Non vraiment, les enfants ne sont pas speed. Nous, oui. 

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3 comments on “Les enfants speed”

  1. plutôt d'accord avec votre article. Je viens d'accoucher de mon 3eme enfant et effectivement on nous l'enlève vite pour le nettoyer, le mesurer, lui faire un tata de test etc alors que on s'en fout de tous ces tests, tout ce qui compte c'est de l'avoir dans nos bras en bonne santé. Je ne parle pas de la sage femme qui passe à 2 heures du mat pour prendre sa température alors que je venais juste de l'endormir et de m'endormir.  Bien sûr les équipes médicales font leur boulot et moi je suis tombée dans une maternité avec une superbe équipe,mais bon quand on n'y réfléchit, le rythme du nouveau né et de la maman ne sont  pas vraiment pris en compte. En ce jour de rentrée, parlons du traitement des enfants en bas âge. Ce matin j'ai accompagné mon aînée de tout juste 3 ans ( depuis samedi ) en petite section: un endroit et des personnes inconnues pour elle et elle se retrouve catapultée dans une classe d'enfants hurlants ( 33 enfants )  à la mort. Il fallait que je la laisse après même pas 2 minutes dans la classe pour rendre service à l'institutrice et ne pas rendre les choses plus difficiles. Difficile pour qui?? Bien sûr je comprends aussi la position des enseignants mais pour les enfants j'ai trouvé cela brutal. On nous bassine tous les jours avec l'éducation bienveillante et positive et voilà comment on traite les enfants pour leur 1er jour d'école, je me serais crue dans un abattoir!  Évidemment on est tous passé par là et on n'en est pas mort diront les cyniques, elle s'y fera comme les autres mais bon heureusement que l'enfant oublie son premier jour de classe de sa vie scolaire sinon nous serions tous atteints de phobie scolaire…

  2. J’adore ta definition de l’enfance… Comme tu le souligne en dernier paragraphe, il n’est pas toujours facile pour nous de faire siens -ou seulement respecter- les besoins d’activite et de decouverte de nos enfants… Mais c’est toujours bon de revenir aux bases et de se les rappeler.
    Et puis, bien sur, souvent on fait juste comme on peu, en fonction de notre tolerance et de notre fatigue du moment… Mais lire des billets comme le tien me font toujours le plus grand bien, et me « regonflent » dans mes aspirations de Maman 🙂
    Une belle journee a toi!

  3. On relit l'enfance avec nos lunettes d'adulte… grave erreur ! restons myope ! cela nous amène à regarder de plus près pour dissiper le flou. "le bébé n'a pas pour vocation de faire ses nuits", disait une pédiatre à la télé une fois… ça paraît tellement évident ! mes enfants dorment comme ils dorment et voilà. Si le petit dernier fait sa nuit, joie, bonheur, délectation. Sinon… c'est ainsi !

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