Faut que je vous dise un truc. Je crie. Voilà, c'est dit. Je crie, souvent, pour tout, pour rien. Je crie sur mes enfants, aussi.

Si aujourd'hui j'écris cet article, c'est pour vous dire que  non seulement je crie, mais en plus je l'accepte, et je l'assume. Non parce que je vois d'ici le truc : "Oui, moi aussi je crie, mais c'est pas bien, je regrette, je culpabilise, je m'en veux." Et bien je vais te révéler un scoop : des fois je m'en veux et des fois pas. Crier me fait du bien. Crier fait partie de moi.

Je crie quand je me pète le pied sur ma fucking table basse. Je crie quand je vois un pigeon s'approcher trop près (de moi). Je crie quand je fais tomber la boîte de Nesquik (pleine, évidemment). Je crie quand j'accouche, je crie quand je suis en colère. Je crie quand je chante par-dessus les Black Eyed Peas. Je crie quand je fais le TBC. Je crie quand je regarde les infos et que je suis effarée par la connerie des gens. Je crie en bagnole. Je crie quand mes enfants me rendent zinzin. Voilà. Je crie souvent, très souvent. Parfois, je crie sur mes enfants. Eh oui.

Je suis humaine, les gars. J'ai mes limites. Un jour, je poserai mon cul sur une chaise et j'écrirai le bouquin que je rêve d'écrire depuis un moment déjà, un bouquin sur la parentalité et il commencera comme ça : "Connais-toi toi-même". C'est un proverbe grec, que je traduirais par "Connais tes limites, et accepte-les". J'ai mes limites et quand je les dépasse, je crie. Alors j'entends d'ici les "ouuuuh aaaaah pas bieeeeen !! Elle crie et elle en est fière !" Fière non. Mais lucide oui. Je vais pas passer ma vie à essayer de la fermer, j'ai testé, j'ai fini en burn-out. Je vais pas la passer non plus à tout expliquer posément et calmement parce que parfois, tiens-toi bien, J'AI PAS ENVIE.

Parce que c'est bien beau de parler des besoins de nos chers petits. Mais dans mon bouquin, si je l'écris un jour, je parlerais aussi des nôtres, nos besoins A NOUS. Parce que nier ses besoins à soi, c'est foncer droit dans le mur (been there, done that). Bien évidemment, que parfois mes cris sont injustifiés, bien évidemment que parfois j'ai passé une journée de merde et que ma frustration et ma colère rejaillissent sur mes enfants. Bien évidemment que dans ces moments-là, je me sens la pire des mamans et je m'en veux.

Mais des fois non. C'est simplement la colère qui s'exprime. Comme dirait Dolto, "heureusement qu'il y a les colères pour dire qu'on n'est pas content". Genre t'es Maman, t'as pas le droit de pas être contente. Bah non, je suis désolée, y a des trucs qui me gonflent (ou qui me font flipper, ou qi me font mal, ou même les trois à la fois) et j'ai besoin d'extérioriser. Alors, oui, nous on sait mettre des mots sur les maux et on est capables de PARLER et de dire ce qui ne va pas. Mais parfois la personne (le moutard donc si tu me suis bien) en face de toi n'en a rien à cirer, et parfois, c'est tout simplement trop difficile. Si nous sommes dans l'accueil et l'acceptation inconditionnels de nos enfants, pourquoi ne pas l'être aussi avec nous-mêmes ?

 Voilà pourquoi j'ai arrêté de me dire "je voudrais être cette maman qui ne crie pas". Parce que ce n'est pas moi. Et parce qu'à vouloir atteindre l'inatteignable, je me suis épuisée, et j'ai fini par crier encore plus sur mes gosses. Connais tes limites, et accepte-les. C'est tellement bon de s'accueillir, de s'accepter et de s'aimer. De se dire "Bah ouais, parfois je crie. Et bien c'est comme ça". Plutôt que de se dire "Oh j'ai encore crié, je suis nulle, nulle, nulle, mes enfants méritent mille fois mieux".

Je ne dis pas que crier, c'est bien. Je dis juste qu'accepter que parfois on puisse faire des trucs humains permet de vivre en harmonie avec soi, et par extension, avec les autres. Je vous avoue que j'en mène pas large en écrivant ce texte, parce que je suis pro CNV et ENV et j'imagine d'ici les gentilles mamans douces et bienveillantes lire mon post avec des yeux comme des soucoupes, en train de déglutir en se disant "Mais c'est pas possible !!" 

Bah si. Pardon, mais je crie. Oui, je suis paradoxale. Mais qui ne l'est pas ? J'admire, et j'admirerai toujours les mamans calmes, celles qui ne crient jamais, qui n'ont jamais cette veine saillante sur la tempe ni les petites gouttes de transpi à la naissance du front quand leur gosse se transforme en caramel mou dans le hall de la crèche, alors qu'il faut encore déposer le grand à l'école et attraper le train pour aller bosser. Je les admire et je les envie, même.

Mais STOP. Je refuse de me bouffer la vie parce que je suis comme je suis. Je ne passe pas non plus ma vie à dresser mes gamins tel un dompteur de cirque, avec un mégaphone et un fouet, donc on va se détendre 5 minutes. Des fois je pète les plombs. Et je l'accepte. Ca peut paraître vraiment con, hein. Mais ça m'a pris 32 ans et deux burn-out pour comprendre l'intérêt d'être en phase avec ses émotions, pour saisir ce qu'il y avait d'essentiel dan le fait de s'autoriser à RESSENTIR de la joie, mais aussi de la PEUR, de la COLERE. Je vis ma colère, je l'accueille, je la laisse m'envahir et tu sais quoi, ça me fait du BIEN. Je la ressens, je la vis et ensuite, pouf, je lâche rise et elle s'en va. Si je ne fais pas ça, elle s'installe, avec sa pote la rancoeur et toutes les deux, elles me rendent aigrie et angoissée. Elles font de moi une personne fragile et irritable sur la durée. Et ça, c'est no way.

Je me laisse vivre ouais. Et si le prix à payer c'est une petite gueulante de temps en temps alors je signe et je resigne. Je suis en paix avec moi-même, je suis en phase avec mes émotions.

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15 comments on “La Maman qui crie”

  1. J'adore tout à fait d'accord 

    Ah si vivement ton livre je l'attends avec impatience ce moment où tu reprendras tous tes posts fb et tes articles je crois en toi bisouuuuu

  2. Oh que ça fait du bien de lire ce que je vis ! Tu es un peu mon héroïne ce soir et crois moi que si tu sors un livre je serais la 1ere à me ruer dessus ! Ton humour, ta sincérité et ton honnêteté de maman sont les clés de la réussite et je te souhaite de tout coeur que tu l'ecrives ce livre ! 

  3. Alors non seuleument je crie aussi, mais en plus j'ai moi aussi appris à l'accepter.

    Entre autres choses, en plus d'avoir appris à me connaitre (comme tu le dis si bien), y a aussi un autre truc qui m'a aidé: j'ai une psy ultra pro-parentalité bienveillante (c'est ma référence absolue, si tu veux, elle est mon mentor dans le domaine) et elle m'a dit "mais toutes les mamans crient, moi même je crie, alors ne vous en faites pas, si vous voulez on pourrait faire le club des mamans qui hurlent, vous verrez, on paraitra dingues mais y a rien de plus normal"). Je te jure, ses paroles, elles ont fait en moi, comme une soupape qui décharge une pression.

    En fait, je dirais qu'un humain qui ne crie jamais, soit y a un soucis mental, soit il va développer quelques furoncles au c*l, parce que quand même, dans la vie y a quand même un sacré paquets de choses qui donnent envie de crier…

    • Je voulais m'auto-préciser: quand je dis "soucis mental", je ne sous entend rien de péjoratif, je voulais simplement signifier que si on ne crie jamais (ou tout du moins on n'exprime jamais d'émotions intenses comme de fortes colères que l'on ressent forcément tous à certains moments), c'est que sans doute il se passe des choses au niveau inconscient, comme une certaine retenue émotionnelle non ressentie qui va s'imprimer dans le cerveau et s'exprimer peut être plus tard, de façon biaisée.

  4. Merci pour ce post. Pour reprendre une chanson célèbre "we are just humans after all" Je suis très intéressée par l'éducation positive et bienveillante et essaie d'appliquer certains conseils que je trouve judicieux au quotidien avec mes 2 enfants en bas âge. De plus je suis dans un projet de reconversion et lis donc quelques livres de développement personnel, au delà du projet professionnel j'ai envie d'être plus sereine et épanouie. J'ai notamment lu "j'arrête de râler " et "j'arrête de râler sur mon conjoint et mes gosses" de Christine Lewicki. Celle ci prône que le fait de ne pas râler ne signifie pas de nier ses besoins mais au contraire de les exprimer au bon moment de la bonne manière avec La bonne  personne. J'essaie de suivre cette conduite, étant jusque là une cocotte minute qui encaissait tout et explosait ensuite( évidemment au mauvais moment de manière disproportionnée donc je passais pour la "méchante ") Je râle moins et j'ai conscience quant je le fais alors qu'avant je ne faisais automatiquement. Après comme tout le monde entre La théorie et la pratique il y a parfois un monde, il y a peu lors d'une journée particulièrement chaotique j'ai carrément hurlé " l'éducation positive mon c…, je La met où je pense , oui quand je suis à bout en plus je suis très grossière . Évidemment je me suis sentie très mal et La plus nulle des mères mais bon je me dis aussi " tu fais ce que tu peux". Le parent parfait qui ne crie jamais n'existe pas. Je pense que déjà quand crier ne devient pas une habitude, un mode de communication dans la cellule familiale ( parce que au final c'est inefficace et stérile) mais reste rare ( parce qu'à ce moment là on n'a pas trouvé d'autres moyens de faire face) c'est déjà pas mal…

  5. juste je veux dire merci, c'est ce que j'essaie de dire à toutes les mamans qui veulent atteindre la perfection des mamans parfaites des livres.

    moi j'ai décidé que la bienveillance s'applique à tout le monde ici et mes sentiments sont aussi important que ceux des enfants et de mon mari.

    vous avez mis des mots sur ce que je ressens et exprime mal et je fini toujours par me faire juger de mauvaises mères.

  6. Et oui, en fait je crois qu'on est nombreuses à crier, peut être moins à l'assumer, parce qu'il est de bon ton aujourd'hui d'être "bienveillant" sur son blog…pourtant, la bienveillance commence par soi, par accepter ce que l'on est avec toutes ses faiblesses (si s'en est une), et il ne faut pas confondre bienveillance et niaiserie. Crier parfois, ça fait du bien. Et même que crier sur un enfant, des fois, c'est nécessaire et ça lui fait du bien à lui aussi. Il faut aussi je crois arrêter de croire que nos enfants seront traumatisés par tout et par rien…laissons les vivre, et laissons nous vivre nous aussi.

  7. Hello !

    Je trouve ça bien, que tu aies écrit cet article. Bien pour celles qui culpabilisent en permanence, bien pour toi, bien pour la blogo où la mode de la bienveillance absolue et du total contrôle de soi me tape sur le système de façon plutôt importante…

     

    Je n'ai pas encore d'enfants, pas faute d'essayer… Et je ne suis pas quelqu'un qui crie beaucoup, mais parfois, quand je suis agacée, je me mets en colère. Je me mettrai aussi en colère contre mes enfants, parfois de façon injustifiée, parfois parce que je n'aurai pas d'autre façon d'exprimer, sur le moment.

    Ca ne veut pas dire qu'on ne reviendra pas dessus ensuite, plus calmement. Ca ne veut pas dire que je ne leur ferai pas des excuses, comme je peux en faire à mon mari, quand c'est moi qui suis allée trop loin.

    Mais si je suis bien convaincue d'un truc, c'est qu'une colère, un cri, sera bien moins traumatisant pour un enfant qu'une rancoeur enfermée, une dépression, une aigreur… Ca, les gamins le ressentent et en souffrent au-delà des mots.

    Alors, si je reste convaincue qu'il y a aussi une part de nous que l'on doit apprendre à contrôler, sans pour autant garder les choses pour soi, mais apprendre à vider le sac autrement qu'en gueulant, je pense aussi qu'il faut cesser cette culpabilisation et cette morale insupportable qui pourrissent la vie des mamans et au final, ne font aucun bien aux enfants non plus.

    Voir sa mère torturée par des états d'âme, je ne pense pas que ce soit moins malveillant que de crier son mécontentement.

     

    J'ai eu un papa qui criait beaucoup, souvent pour rien, très fort… Et oui je confirme que dans ces conditions, c'est une agression et j'en ai des séquelles psychologiques réelles. Mais pour moi dans son cas, c'est pratiquement de l'ordre du pathologique. Donc oui, parfois apprendre à aller faire du sport ou du ménage plutôt que de gueuler sur les autres, et revenir parler des choses quand on a évacué l'agressivité, c'est indispensable et il faut apprendre à le faire, vraiment.

    Mais s'interdire de crier, quand vraiment les limites sont franchies, au risque d'accumuler et un jour, d'exploser ou de s'effondrer, je ne pense pas que ce soit une bonne chose.

     

    Merci d'avoir eu le cran d'écrire cet article.

  8. Moi aussi je suis une mère qui crie, je ne peux pas m'en empêcher.. C'est plus fort que moi! Je n'aurai jamais imaginé être comme ça avant d'avoir mes enfants et j'assume complètement. Mon mari parfois en a marre de m'entendre crier! Lol. Bravo pour cet article! Assumons-nous!

  9. Merci pour cet article déculpabilisant au possible. je fais partie de ces gens qui ont du mal à accepter et accueillir leurs émotions comme tu le dis si bien. Et je suis passée par un burn out également, une bonne grosse dépression… je fais partie de ces gens hyper perfectionnistes qui culpabilisent en lisant les blogs trop bienveillants ! alors, juste merci, une nouvelle fois…

    Bonne journée

    Virginie

  10. Je vais rajouter mon grain de sel pour dire que le cri n'est absolument pas contradictoire avec la CNV. Il y a même un chapitre consacré à la colère et au cri dans le livre "les mots sont des fenêtres".

    La colère, ce n'est pas une mauvaise chose. Comme tu dis : croire au contraire, vouloir à tout pris tout maitriser au risque de ne pas s'accepter pleinement, ne mène qu'au blocage et au non respect de soi-même.

    Moi aussi je crie. Sur ma fille. Et même sur mon compagnon parfois. On peut crier de manière non violente, sans attaquer l'autre, sans chercher à le rabaisser. On peut crier dans le respect.

    Tu as bien raison d'écrire cet article. Avec la bienveillance, la communication et l'éducation non violente, on mélange parfois un peu tout. Les émotions ne sont pas interdites. Crier, c'est certain, n'est pas maléfique.

  11. OH que je t'aime !
    J'ai le droit ? Non ? Je le prends ? On ne se connait pas assez, pas du tout ? Pas grave !

    Ici aussi, ça me fait du bien d'extérioriser et ça ne m'empêche pas de reprendre les choses poséments par la suite. Mais avant d'être posée, faut que ça sorte 😉
    A la maison, au lycée, c'est comme ça et aujourd'hui ça ne me gêne pas plus que ça…
    Surtout au lycée j'essayais de me contenir au maximum et parfois ça resurgissait à la maison. Mais ça j'y travaille depuis plusieurs année… Et depuis que j'ai embandonné l'idée de la prof parfaite **en même temps en enseignant les maths, je partais déjà avec un handicap** et bien la Maman s'améliore également 😀 Même si elle crie !

  12. Hmmm moi j'y crois pas trop au mythe de la maman calme (merci Florence Foresti d'ailleurs ;-)). Je ne peux pas croire qu'il y ait des mamans qui ne crient jamais. c'est pô possible. Ou alors, je les met 1 journée avec le mien en ce moment, et si à la fin elle ont pas haussé le ton au moins une fois, je leur fais une chapelle, direct. 😉

    Bref tu l'auras compris, moi aussi je crie 🙂

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