Depuis deux jours, je ne sais pas pourquoi, je vois fleurir des statuts sur les résaux sociaux qui m'interpellent. "Mon enfant ne veut manger que du riz et des saucisses, je refuse de céder et je ne lui donne rien d'autre s'il ne veut pas de ce que j'ai préparé", "Mon fils refuse d'aller sur le pot, alors qu'il va avoir deux ans, comment faire ?", "Si mon enfant ne mange pas son plat, il est privé de dessert".

Je ne saurais pas tellement dire pour quelles raisons mais ces raisonnement me perturbent, mais ils me mettent mall à l'aise.

Moi aussi, je me suis déjà pris le chou (et pas qu'une fois) avec les nains pour qu'ils mangent, pour qu'ils rangent, pour qu'ils dorment. En soi, je trouve ça normal de les recadrer, c'est notre job de parents, non ? Les guider, leur apprendre à (sur)vivre et à progresser dans un monde hostile, leur donner les clefs. Oui, mais alors, qu'est-ce qui me chiffonne dans tout ça ?

Ce qui me chiffonne, c'est le bonheur. Oui, on est là pour guider, mais avec quelle finalité sinon le bonheur de nos enfants ? Evidemment, nous devons leur apprendre les codes de la vie en communauté puisque c'est ce qui nous caractérise, nous, humains. La vie en groupe. Et qui dit vie en groupe, dit règles pour éviter l'anarchie. OK, bon, donc on est là pour leur montrer comment se comporter avec les autres, oui. On est aussi là pour leur éviter de se mettre en danger ou de mettre en danger autrui, normal. On va dire que ce sont les bases, à mon sens, de l'éducation parentale, les prérequis.

Mais après, le reste ? Il est où le bonheur dans tout ça, il est oùùùù (pardon si tu n'aimes pas Christophe Maé) ? Je crois que nous sommes nombreux à le perdre de vue, que ce soit momentanément ou de façon plus permanente. A quoi ça sert de savoir vivre avec les autres, si on est pas heureux ? A quoi ça sert de vivre selon un modèle imposé, si on est pas heureux ?

Je vais te le dire : à rien. Et à partir du moment où on respecte les fondamentaux (c'est-à-dire autrui et la loi), alors on devrait pouvoir tout faire. Tout. Bouffer du riz et des saucisses toute la vie si on veut. Manger le dessert avant le plat (je le fais tout le temps, à 32 ans !). Aller aux toilettes quand on peut et non pas quand quelqu'un qui n'est pas nous a décidé que c'était le moment. Parce que finalement, qui est-ce que ça fait chier ? Personne.

Tout à l'heure, nous sommes allés chercher des décorations de Noël avec les gars, pour décorer leur sapin de Noël. Parmi tous les décors à 2 balles du magasin 100% made in China où nous étions, Hibou a jeté son dévolu sur les ornements les plus kitsch qu'il m'ait été donné de voir dan sma vie. Des trucs que je n'aurais même pas accepté de regarder s'il ne me les avait pas brandis sous le nez en me disant "Maman, on prend ça" !!" Je ne sais pas si tu sais, mais j'ai un petit gros côté psychorigide. Le sapin, chez moi, c'est vert rouge et or. Un peu de blanc why not, mais c'est tout. Le bleu, le orange et le violet, ok, mais chez les autres. Chez nous, Noël, c'est vert, rouge, or. Point.

Evidemment, je te le donne en mille, les décorations choisies par HIbou étaient… mauves, nacrées, brillantes. Le truc improbable quoi. J'ai dégluti. J'ai ouvert la bouche pour lui dire "Non, on va plutôt prendre…" et puis j'ai été stoppée net. Dans ma tête, une petite voix m'a dit "Et alors ? Pourquoi pas ? Après tout, ça fait QUOI ???" Ben rien. Ou plutôt si, ça fait tout. ça fait un enfant ravi, un enfant qui prend confiance en lui parce que son choix (même un tout petit choix comme celui d'une déco de Noêl) est entendu et respecté.

De plus en plus à table ou lorsqu'il s'agit de s'habiller, je laisse les enfants choisir. Ils choisissent ce qu'ils veulent manger ou porter. Non, je ne suis pas laxiste ni démissionnaire. Oui, j'insiste TOUS les jours CENT FOIS par jour pour que mes fils disent "Bonjour Madame, Au revoir Madame" en rentrant et en sortant de la pharmacie, je leur demande de se pousser quand on croise une mamie ou une poussette sur le trottoir. Je leur explique que même si on n'est pas d'accord ou que quelqu"un nous gonfle vraiment, ce n'est pa suen raison pour taper. Je leur apprends qu'on ne hurle pas dans le bus, qu'on ne marche pas sur les livres et qu'on ne joue pas avec le four qui chauffe à 220.

Mais sincèrement, s'ils mangent des coquillettes à tous les repas, qui est-ce que ça gonfle ? Eux ou moi ? Moi, assurément. Et si je décide de lutter, pour leur faire manger autre chose, ça épuise qui, eux ou moi ? Les deux, mais surtout moi. Et forcément, comme ce rapport de force débile est voué à l'échec, qui se sentira frustré en fin de compte, eux ou moi ? Les deux, mais surtout moi. Pire, si je m'énerve et que je mets à crier pour une histoire de haricots verts, qui sera le plus triste à la fin du repas, eux ou moi ? Moi. D'avoir échoué, d'avoir laissé ma bienveillance de côté (et crois-moi ça m'arrive souvent hein), de leur avoir fait de la peine pour… un haricot vert.

Sérieux, les gars. Posons-nous 12 secondes. Leur faire manger ce qu'ON a décidé. Leur faire porter ce qu'ON a décidé. Les faire jouer avec les jouets qu'ON a choisis. Qui est-ce que ça satisfait ? Nous. Or qui voulons-nous voir heureux plus que tout ? Eux. Bah voilà, le calcul est vite fait. La lutte des classes, c'est juste… un besoin que nous avons de temps en temps de nous prouver que NOUS avons raison.

Quand JE décide que c'est haricots verts au menu, ce qui me saoule, c'est pas que mes gosses mangent des pâtes, en soi, ça OSEF (moi aussi, tu me mets des haricots vs. des pâtes euh.. ben je prends les pâtes quoi, faut pas déconner), c'est qu'ils me donnent "tort", c'est qu'ils ne se plient pas à MA volonté.

La bonne nouvelle, c'est que comme dans le magasin chinois cet aprem, 8 fois sur 10 maintenant, j'arrive à prendre le recul nécessaire et je me pose cette simple question "C'est quoi l'enjeu ?". La plupart du temps, comment dire… y en a pas ! Alors… je lâche prise. Et bon sang, que c'est bon ! Que c'est bon de sentir ce poids s'envoler de mes épaules ! Que c'est bon de les voir sépanouir et grandir en intégrant qu'ils ont le droit d'avoir leur avis, le droit de l'exprimer, et le droit d'être entendu ! Concrètement, ça change quoi ? Rien et tout. Rien dans les faits, à part que tu économiseras sur les haricots verts. Tout dans la tête et dans le coeur. Pour toi aujourd'hui, pour eux demain.

Alors j'entends déjà certains dire "Haaaannn, aaaaah, oooooh, elle fabrique des enfants rois, des enfants sans limites qui font ce qu'ils veulent quand ça leur chante !". Je te le dis tout de suite : même pas en rêve. Quand je dis que c'est l'heure de dormir, on va se coucher. Parce que faut pas déconner, un enfant a besoin de dormir. Une fois de temps en temps, quand je dis qu'on mange des légumes, on mange des légumes, parce que même si les pâtes c'est la vie (je suis pativore donc je comprends, poke Isabelle), ça va 5 minutes de bouffer que des féculents. Quand je dis qu'on met un pull parce qu'il caille sa mémé, on met un pull, parce qu ej'ai pas envie de retourner chez le doc la semaine prochaine pour la 325e otite de l'année.

Dans la vie, on fait pas toujours ce qui nous chante, on doit composer avec nombre de contraintes extérieures. Mais j'estime que c'est mon rôle de fabriquer des hommes libres, affranchis et heureux, qui auront toutes les clefs pour choisir les combats qui leur sembleront en valoir la peine (et chez nous, clairement, les haricots verts n'en valent pas la peine). Et j'essaie. Vraiment, j'essaie.

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12 comments on “Lâcher prise”

  1. Tu assures je pense tout à fait comme toi pas des enfants roi mais des enfants bien élèves libres dans leurs corps et leurs têtes merci merci 

  2. Je te suis à 400%! Choisissons nos combats, comme me l'a fait remarquer justement mais vulgairement une amie de la bienveillance éducative, on s'en "balec" que ton gosse s'assoit sur la table basse(tant qu'elle n'est pas en verre)…

    Il y a des jours où, on voudrait que…mais serions nous plus heureux ?

    Bref tu fais écho chez nous aujourd'hui 

  3. Avant je luttais pour tout … mon tout petit à des troubles autistiques et depuis on le guide , on le rassure , on essaie de lui donner les clefs mais putain qu'est ce qu'on s'aime avant tout ca!!! Et le reste attendra !

    Profitons … demain … bah c'est demain !  Nous,  parents, feront ( logiquement) toujours le mieux pour notre famille 

    bises a toi et à ta famille Delphine .., Alexandra 

  4. J'aurai pu écrire cet article tellement il reflète ce que je pense sauf que j'aurai eu plus de mal à l'exprimer : bravo et merci d'avoir fait la traduction :-). C'est comme ranger d'ailleurs : je suis tombé sur un article d'une méthode (ranger sa vie ou qqchose comme ça) qui m'a fait hurler : selon l'article il faut apprendre aux enfants à trier les jouets tous les 3 mois, ranger à tout bout de champ, jeter leurs dessins…(!) Tout ça pour la satisfaction d'adultes qui veulent vivre dans un salon qui ressemble à une photo d'art et décoration ?! Bref j'ai trouvé ca … lamentable. Je préfère vivre dans un désordre inesthétique et joyeux plutôt que dans un musée sans vie !

  5. Hier soir je couchais Benjamin après une journée sans sieste, il avait bu du coca un peu trop (pour moi ) et son père était parti au foot avec Evan (sans lui !!)…Combo gagnant pour une crise de nerfs dantesque !

    Et pendant qu'il m'hurlait dans les oreilles j'ai pris conscience de mon corps et j'ai remarqué que je serrais les dents (mais vraiment!!!). De m'en rendre compte m'a permis de relâcher la mâchoire et de lâcher la pression! 

    Je les accompagnais dans sa frustration, jalousie, crise, hystérie totale et il s'est finalement endormi. 

    De prendre conscience du moment et de mon corps m'a reelement montré que la situation de crise n'était qu'ephemere et que ça allait passer bien plus vite que si je lui gueule dessus.

    A ce moment là je crois bien que j'ai ressenti ce même sentiment de joie que tu as ressenti en payant tes déco de Noël ! 

    On est des mères oui, mais des mères heureuses ma caille ❤❤❤

  6. J'ai été élevé de manière assez sévère pour les repas par exemple. Pour moi, c'est juste apprendre à être reconnaissant d'avoir quelque chose sur la table, de prendre conscience que ma mère n'était pas notre servante mais que si elle faisait des repas équilibré, c'est surtout pour notre bien. Ca n'a pas fait de moi une enfant frustrée, mais plutôt une enfant reconnaissante. En plus, avec  6 enfants, mes parents auraient passé leur vie au fourneau si ils cuisinaient pour chacun d'entre nous un repas particulier… Peut être que ca parait très sévère à notre époque. Mes parents étaient très aimants, et ca c'était le plus important!  Par contre tout à fait d'accord sur les histoires de déco, si les yeux des enfants brillent, c'est génial!

    • Je répète à mes enfants 100 fois par jour que je ne suis pas leur bonne, que quand quelqu’un cuisine pour eux, la moindre des choses c’est de goûter et que certains enfants n’ont pas la chance d’avoir des jouets pour s’amuser. Pour moi le lâcher prise c’est autre chose. Comme je le disais, le respect des autres et des règles est un prérequis chez nous. Mes enfants savent dire merci, mais plus important pour moi, ils savent qu’ils ont le droit d’avoir leurs opinions et de les exprimer. Après, à nous, parents de faire la part des choses et de savoir ce qui compte, de ce qui compte moins. 😉

       

  7. D'accord avec toi, du début jusqu'à la fin. Rien à redire. Pas besoin de se faire des ulcères pour une envie de "puissance" irrationnelle. Mon gosse, et bien il mange parfois une madeleine à 4h du mat' parce que sa faim s'est réveillée et que je suis bien trop nase pour faire autre chose, encore moins une bataille, mais il reste un gosse toutafé sociabilisé.

  8. Oh mais comme je te suis…mon grand mange des pâtes, du jambon, du concombre et des tomates presque à chaque repas (pas de viande le soir), et si ce n'est pas des pates c'est de la semoule etc, avec RIEN dedans il ne veut pas de sauce! Bon à côté, dès qu'il nous voit manger un truc il veut gouter. Mais clairement, le repas c'est un moment de rires et d'échanges, pas de frustrations et de cris. 

    Il choisit aussi ses vêtements (toujours les mêmes évidemment- enfin quand ils sont propres j'ai mes limites) et très souvent il pique une clémentine (qu'il épluche par terre-il a 22 mois) avant de passer à table. Et on est très heureux comme ça! Le coucher je suis plus laxiste (mais je ne bosse pas donc c'est plus facile -enfin à 21h grand max il dort), quant aux bonjour, au revoir et merci, je le martelle même s'il ne parle pas tout à fait, en fait il ne dit qu'au revoir.

    Bon je raconte ma vie désolée, mais c'était juste parce que je te suis à 2000% et dès qu'il demande un truc, la première chose que je me dis c'est "pourquoi pas?" s'il y a vraiment un enjeu alors c'est non, sinon c'est oui!

  9. Tu m'as ouvert les yeux avec cet article ! Des mois que je me questionne sur ce qui me chifonne, ce que je fais de travers et ce que je rate complètement… Et là, BAM ! Révélation : la pression je me la colle toute seule ! Mes monstres n'y sont pour rien (sauf quand ils jouent à dérouler le PQ)… Evidence !

    Merci pour eux et merci pour moi. J'ai franchi une étape. #PriseDeConscience

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