transilien_clamart

source : meslignesnetu.transilien.com

Quelle mort atroce. C'est peut-être que je suis dans une phase Fleur Bleue, mais l'autre jour, en voulant prendre le train (je te rappelle que j'ai la scoumoune depuis quelques jours), impossible d'entrer dans la gare. Police, pompiers, ruban jaune et gyrophares. Quelqu'un est mort. Et moi je suis choquée, je m'interroge.

Tu vois, j'ai envie de te parler d'un truc pas facile aujourd'hui, pas très reluisant. Je me demande à quel point ces personnes qui se jettent sous le train doivent souffrir. Pour vouloir en finir déjà, mais pour vouloir en finir de cette façon. Aux heures les plus sombres de ma dépression, celles où je ne ressentais plus rien, ni joie, ni peine, ni quoique ce soit, j'avoue, j'y ai pensé. Je me suis dit "à quoi bon ?". Un peu comme quand tu te demandes ce que tu fous là, sur la Terre, dans quel but, dans quel état, j'erre. Bon, ce sont des questions qu'on se pose tous. Et puis tu as le stade d'après, celui où t'en as plus rien à foutre en fait, ni des réponses, ni des questions. T'as juste envie d'avoir la paix. D'être tranquille. Alors, il y a eu ces 2-3 fois où en traversant, je n'ai pas regardé en me disant que si je me faisais fauchée, ben "cétait comme ça". Non mais quand j'y repense, au secours !!

Alors je ne peux qu'imaginer à quel point ceux qui décident de finir déchiquetés sous les roues d'un train peuvent être mal. Et puis tous ceux qui décident d'en finir tout court d'ailleurs. Moi ce n'était pas la vie qui m'était devenue insupportable, c'était moi. Gloups. Mais l'avantage, c'est que l'être humain s'adapte et peut changer.

Personnellement, je peux même pas dire que j'étais une plaie béante. A posteriori, je me dis que c'est peut-être ce qui a fait la différence et que je suis encore là aujourd'hui. J'ai peur en écrivant ce texte, comme j'ai eu peur quand mon médecin m'a dit "Madame, vous faites une dépression". J'ai eu peur que les gens se détournent de moi. Qui a envie d'une copine dépressive ? Bon , je t'avoue, c'est un peu la spirale infernale de la dépression. T'es déjà bien bas mais surtout, tu continues bien à t'enfoncer toute seule hein.

Heureusement, j'ai la chance d'avoir une famille aimante, des amis présents, un mari exceptionnel. Tous ont été là, à mes côtés, à me sortir, à me tirer vers le haut, à me laisser dans mon coin quand j'en avais besoin. J'ai aussi eu de la chance de tomber sur un médecin génial, qui a su m'écouter et trouver les mots pour que je débute un traitement. C'était dur, à même pas 30 ans, de me dire que j'allais prendre des antidépresseurs, que j'allais si mal. Oui mais voilà, au moins quand tu le sais, tu ne restes plus les bras croisés. Tu peux agir, te soigner. La dépression est une maladie. Une maladie CURABLE. C'est une chance, car toutes ne le sont pas. Alors allons-y pour les médocs. Et puis la thérapie. Ah bah oui quand même. On va pas se mentir non plus hein ! SI tu passes ton temps à te gaver de médocs, que tout rentre mais rien ne sort… Bon, je suis pas médecin hein, mais m'est avis que ça ne risque pas de guérir. Ça pourra s'améliorer, c'est sûr. Mais moi je veux guérir !

Oh, j'en suis pas encore là… Mais n'empêche, chaque pas, chaque progrès de fourmi, me réjouit et me fait me sentir plus forte sur mes deux jambes. Evidemment, il y a des rechutes, des moments où je perds un peu la foi (Ophélie si tu m'entends…), des moments où je retourne dans ma coquille. J'en ai besoin, je crois. Mais je suis sortie de cette espèce d'inconscience d'autruche qui me rendait aveugle et me faisait mal (bien entendu, je niais avoir mal, ce qui fait que comme dans une cocotte, ça monte, ça monte, jusqu'au jour où il faut lâcher la pression, et faire une dé-pression et où on n'a plus d'autre choix que de regarder la réalité en face…).

Et surtout, surtout, il y a eu Hibou. Non, il ne m'a pas guérie. Non, il n'est pas mon unique raison de vivre, mon seul rayon de soleil ou que sais-je encore ? Ce serait bien trop lours à porter pour un si petit être. Non, par contre, je suis persuadée, et depuis bien longtemps, que les enfants "choisissent" leurs parents. Comme s'ils poireautaient dans une sorte d'antichambre de la vie (Ô mon Dieu, je viens de perdre 420 lecteurs d'un coup là hahaha) et que d'un coup, ils disaient "Ah voilà, c'est eux ! C'est eux que je veux, j'y vais les gars, salut !!" Dans notre histoire familiale, Hibou est arrivé, désiré (dans l'absolu) mais inattendu (dans l'instant). Je sais, c'est subtil, mais il y a une nuance. Moi, je suis sûre qu'il est arrivé car c'était le destin (bon et aussi parce qu'on a fait des câlins avec son papa hein, je suis pas non plus complètement fêlée de la calebasse !) et pas seulement le hasard. Je ne vais pas dire qu'il m'a sauvée car ce n'est pas vrai. En revanche, le fait d'avoir un enfant fait que tu n'as plus vraiment le loisir de pleurnicher en te regardant le nombril. Oui, la grossesse n'a pas été facile au début, et même encore aujourd'hui, il y a des jours où… Oh, que j'aimerais partir vovre sur une île déserte !! Mais ce sont des travers que connaissent TOUS les parents, et pas seulement les dépressifs.

Quand tu as un enfant, tu lui fais à manger, et tu manges. Tu joues avec lui, tu ris, tu pleures aussi. Tu soignes ses bobos, tu lui fais des câlins, tu le laves. Et tout ça, tu le fais aussi, parce que c'est la VIE. Celle que tu as choisi de lui donner et celle qu'on t'a donnée aussi. Tout le monde n'a pas cette chance, alors, pourquoi la gâcher ?

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16 Comments on Accident grave de voyageur sur la ligne

  1. Moi je te dis bravo d’en parler !!! je dirai que c’est déjà un pas vers la guérison. On a parfois l’impression que c’est un sujet tabou alors que ça ne devrait pas !!!!

    • Merci ! J’avoue que c’est assez tabou, comme toutes les maladies, on en a honte alors qu’on n’y est pour rien. enfin, si, quand on fait une dépression, on a forcément une part de responsabilité ou du moins un rôle dans notre histoire, donc… Mais c’est pas pour autant qu’on doit être pointée du doigt nom d’une pipe !

  2. C’est tellement juste ce que tu dis dans ton dernier paragraphe. Je traverse une phase vraiment pas facile et c’est vrai que Lapin me donne beaucoup beaucoup de courage et de joie. C’est cela, c’est la vie qui prend le dessus et c’est génial.
    Merci d’avoir su écrire tout ça.

    • Oh mais c’est moi qui te dis merci de lire et de commenter ! Effectivement, je crois que les enfants sont un tremblement de terre et qu’ils nous poussent autant dans nos retranchements qu’ils nous donnent des ailes ! 🙂

  3. Je ne peux qu’imaginer que ce n’est pas facile de s’ouvrir comme çà. Bravo d’avoir ce courage et d’aborder un sujet difficile. Ma mère dit souvent “on n’est pas fou quand on va voir un spy, on l’est quand c’est lui qui vient vous voir”.

    • Merci à toi de me lire ! Et à ta Maman pour ses mots sensés !! Perso, je n’ai jamais pensé qu’aller voir un psy voulait dire être fou. Je vais voir le docteur des âmes parce que j’ai mal à mon âme. Comme j’irais voir un otorhino pour mes oreilles si elles me faisaient souffrir ! 😉

  4. Tu as une façon d’écrire qui ne peut que toucher!
    Moi je reste là! Et n’hésite pas à cliquer sur envoyer dès que tu ressens l’envie de t’exprimer à nouveau là dessus, parler c’est un pas vers la guérison!

    • Parler à son psy ou à ses proches, c’est facile ! Publier sur le net (on sait pas où que ça va tout ça hein…), c’est autre chose… mais quand je vois les messages e soutien, je me dis que j’ai bien fait ! On verra sur la durée… Merci en tout cas !

  5. Courage ma belle, ton article est géniale et le fait de l écrire n a pas du être facile mais tu l as fait avec beaucoup de courage alors bravo!!!!

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