Il est 17h04 et c’est drôle, je n’entends plus mon mari. Je le vois, je vois ses lèvres qui bougent mais je ne l’entends pas. Je sais que le travail a commencé. En une fraction de seconde, je suis dans une bulle, ma bulle. Je suis là, mais je suis déjà loin.

17h09, ouuuh je vais la noter, cette contraction, dans mon appli, parce que… Enfin voilà quoi. Elle est intense quand même.

17h23, merde, j’ai envie d’aller aux chiottes. Mais GENRE c’est le moment ! Mais comme je sais que rien ne sert de lutter, j’y vais. J’en ai pour 5 minutes, pas plus.

15 minutes plus tard, une voix me demande “Madame ?? Tout va bien ? Y a vot’ mari qui s’inquiète là-bas !”. Oui bah il s’inquiète, il s’inquiète, c’est pas lui qui contracte à chaque fois qu’il essaie de lever son séant de la cuvette, hein !

17h47, j’ai envie de vomir. De retour auprès du mari, je lui glisse a l’oreille qu’il serait de bon aloi (OMG j’ai toujours rêvé de placer cette expression !!) que nous allions dans un espace un peu plus intime, un espace avec des portes, un espace OÙ ON NE M’ENTENDRA PAS PARCE QUE LÀ COMMENT DIRE… JE VAIS DEVOIR CRIER, ET PAS QU’UN PEU.

ÇA FAIT MAL BORDEL DE CUL.

Avant de partir en salle de travail, je fais un pacte avec moi-même : si je suis à 5 ou en-dessous, je cherche même pas, j’exige la péridurale. Si je suis à 6 ou plus, je la refuse et je prie.

J’ai des contractions toutes les 5 minutes. Je souffle, je sue, je panique.

On m’examine mais j’entends pas, je sais pas, je sais plus, je veux plus. Je manque d’air. Je veux juste mon amoureux, mon phare dans la tempête, mes racines, mon tout, le père de mes enfants.

Je crie, j’hurle. JE VAIS CREVER. Je suis à plat dos avec les jambes qui pendent dans le vide suite à l’examen et j’ai la plus grosse contraction de ma vie. J’ai le sentiment d’exploser, de sentir mes os s’ouvrir un par un, de voir mon estomac faire un 360. Et e cette envie, ce besoin de pousser. Mais je suis seule avec mon amoureux, j’ai peur, alors je me retiens. (Si seulement j’avais poussé a cet instant précis…)

Je reprends “MAMAAAAANNNN !!! JE VAIS CREVER !! NON NON NON JE VEUX PAS ! JE VEUX PLUS ! JE VEUX RENTRER CHEZ MOI !” Je me retiens, je veux plus pousser. Jamais de la vie.

La sage-femme arrive et me dit de me calmer. AH. AH. AH. La bonne blague. Ceci dit, je suis tellement outrée que je redescends.

Et là.

Incontestablement le pire moment de cet accouchement. Sans crier gare, elle déboule et commence à me harceler. Elle.  L’anesthésiste. Pas celle des consultations, évidemment, une autre. En plein travail. Pire, en pleine phase de désespérance. Tu sais, au moment de pousser, au moment où tu crois que tu vas mourir.

A bout de souffle, je lui dis que j’en veux pas, de sa péridurale, que je vais y arriver, que je peux y arriver. Mais elle n’écoute pas. Pire, elle insiste, elle me parle, encore et encore.

J’ai tellement mal. Elle me saoule celle-là, là ! Elle est bouchée ou quoi putain ??! Laisseeeee-moi !!! Mais elle ne me laisse pas. Pire, elle me parle comme si j’étais débile. Son “je ne sais pas si vous avez bien compris ce que je viens de vous dire Madame ?” condescendant va me hanter longtemps.

J’ai TRÈS bien compris mais est-ce que toi t’as compris que je suis en train d’accoucher et que juste je veux que tu me foutes la paix ??! J’ai l’impression qu’elle est là depuis 1000 ans.

De guerre lasse, j’abandonne. Je veux qu’elle ferme sa bouche. Qu’elle arrête de me parler. Qu’elle me laisse. Tout pour qu’elle me LAISSE. Je veux pousser maintenant.

Alors oui, allez-y, faites-moi votre péridurale à la con de merde et foutez-moi la paix, putain.

J’impose quand même la présence du mari pendant la pose. Ah tu veux me piquer hein ? Et bah tu vas t’asseoir sur ton protocole pourri et laisser mon mari être avec moi, sinon c’est mort, ok ?

Evidemment, elle accepte. Et elle s’en ira sans même me dire au revoir. Bon débarras.

Je dois me contorsionner pour satisfaire les exigences à la noix des infirmiers. “Faites le dos rond, reculez vos fesses, relâchez vos épaules…”   OH LES GARS !!!! Mais je veux juste pousser moi !

D’ailleurs, laissez-moi enlever mes habits, je veux être nue, je DOIS être nue !

Et c’est quoi ces fils partout ??! Ils me font chier ! Et pourquoi j’ai encore mal ??!

Je crie, j’insulte toute le monde “Non mais je rêve, vous m’avez saoulée avec votre truc là, et je sens encore tout, c’est de la merde !!!”

Je crie au scandale, je demande une dose, deux doses, dix doses, j’ai trop mal, je crois que je suis en train de mourir. C’est ca. Je suis en train de mourir.

Maman. Tu m’avais pas dit.

Mais c’est pas le tout mais faut pousser maintenant. Alors j’y vais. Je pousse. Tant pis si je meurs. Maman je t’aime. Et toi aussi mon amoureux, je t’aime. Adieu.

Et cette phrase de l’Amoureux justement “Oh je le vois, je vois sa tête !”

OH PUTAIN. C’est maintenant. Je donne tout. Je suis la meuf la plus puissante de tout l’univers. Non, je SUIS l’univers.

Je sens comme un cercle de feu, là en bas, à la croisée des mondes. Je sens les doigts de la sage-femme qui masse, qui masse, qui masse. Elle a envie de mourir elle aussi, non ? Je brûle. Le feu part de mon pubis et consumme tout mon corps, ainsi que mon esprit.

Je suis transcendée. Je suis la toute-puissance, je suis la Terre Mère, je suis le Tout.

Je sens que le feu prend fin, dans une apothéose liquide et fluide. Je plonge mes mains au creux de moi et j’attrape mon fils, ma merveille.

Il sent si bon. J’explose, j’exulte. C’est moi qui t’ai mis au monde, William. J’ai réussi. Tu es là.

Un accouchement à la hauteur de cette grossesse, à la hauteur de ce que tu représentes pour moi. Un accouchement à ta hauteur.

Tu ne cries pas, tu miaules. Alors elles t’emmènent mais je ne suis pas inquiète, j’ai croisé ton regard d’outre-mer, ton regard d’outre-monde et je sais que tout ira bien.

Le placenta sort à son tour. Entier. Pour la première fois en 3 accouchements, je n’ai ni révision, ni injection d’ocytocine pour aider mon utérus à se rétracter.

On te ramène. Tu es beau. Nu, crémeux, parfumé du dedans.

Tu prends le sein comme si tu l’avais toujours connu. Je ne suis qu’amour et béatitude.

C’est à ce moment que je sens un liquide froid couler dans mon dos. Et puis c’est marrant, j’ai desfourmis dans les jambes et je grelotte comme jamais. Ça me rappelle quelque chose…

Ah ben tiens ! Te v’là toi ! C’est maintenant que t’arrives, péridurale de chiottes ! Bah c’est bien ce que je disais : c’est vraiment de la merde !

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3 Comments on Avec ou sans péridurale ?

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