Je voulais faire un petit post sur Instagram, un truc pas bien long pour expliquer que le Gluts avait finalement été hospitalisé cette nuit. Et puis non. J’ai envie de laisser une trace, pour toi parent qui ne t’écoute pas, parent qui n’ose pas.

Par le passé, un nombre incalculable de mes décisions ont été régies par la peur. Celle du rejet, de l’abandon. Un jour je trouverais peut-être la force (et l’envie de vous raconter). Je suis cette femme, cette mère, qui a si peu confiance en elle, si peu d’estime et d’amour pour elle finalement, qu’elle écoute et qui fait ce qu’on lui dit, surtout quand les consignes émanent d’une figure d’autorité : médecin, père, supérieur au travail.

Mais lundi matin, quand après 4h aux urgences, le médecin de garde de l’hôpital m’a dit avec un brin de condescendance dans la voix « ça va aller Madame », en me donnant une ordonnance pour du Doliprane, j’ai su.

J’ai su que non, ça n’irait pas. Des articles de parents qui se battent pour faire reconnaître une allergie alimentaire, un RGO ou d’autres pathologies, j’en ai lu des tas. Je me suis toujours dit « mais comment on sait qu’on sait ? ». Crois-moi quand tu sais, tu SAIS.

Alors j’ai fait quelque chose que je n’aurais jamais osé faire il y a quelques mois. J’ai répondu. « Ah oui ? Et vous croyez que le Doliprane va suffire ? J’ai des doutes. Aucun traitement local, aucun autre médicament pour la douleur ? ». « Non ça va aller, au revoir ».

Alors je ne jette la pierre à personne (sinon à moi-même et cette estime de soi défaillante). Je passe aussi sur le fait d’administrer et de prescrire de l’Advil comme antalgique dans le cadre d’une infection virale. Comme l’ancienne Delphine, j’ai pris mon ordonnance, mon fils hurlant de douleur et je suis partie.

Après tout, dans un hôpital, on guérit les gens non ? Les professionnels savent ce qu’ils font non ? Je suis qui, moi, pour remettre leur avis en question.

Mais au fond de moi, je savais. J’avais qu’à regarder mon fils. À chaque gémissement, toutes les cordes de mon cœur se tendaient, prêtes à lâcher. 36 heures. Il m’a fallu 36 heures et je me suis effondrée.

J’ai hurlé. Sur eux, mes fils, comme si c’était de leur faute. Sur ma mère, sur mon mari. Puis plus rien, j’ai pleure, pleuré, pleuré sous les yeux effarés de mes fils. Et puis, il s’est passé un truc nouveau. J’ai fermé mes yeux et j’ai cherché l’origine de ma rage.

J’en veux à l’hôpital et au médecin de n’avoir rien fait. J’en veux à mon mari d’être en formation et de ne pas pouvoir m’aider. J’en veux à la terre entière… Non Delphine, la vraie raison, c’est quoi ? Cherche encore !
Je me sens abandonnée et ça me fout la haine. Là. Voilà, j’y suis. Je suis dessus. Je suis seule. Je ne suis plus moi, mais la petite Delphine, celle toute cassée et fragile, celle qui ne dit rien par peur de froisser, d’être mise à l’écart, exclue.
La petite Delphine qui se tait et qui fait ce qu’on lui dit. Je rouvre mes yeux.

Mes enfants. JE NE LES ABANDONNERAI JAMAIS. JAMAIS. Voilà ce qui me fait mal. Je suis en train d’abandonner mes fils, et surtout le Gluts, à sa souffrance. Un conflit d’intérêts taille XXL en quelque sorte. Entre la petite moi et la moi Maman.

Je n’abandonnerai pas mes fils. Alors, la petite souris Delphine devient louve. Je me relève, je demande à mon mari de venir pour emmener le Gluts à l’hôpital. Lui saura se faire entendre, taper du poing s’il le faut.

C’est un déchirement de ne pas accompagner mon fils. Mais au fond de moi, je SAIS. Je ne sais pas si vous avez déjà pris ne serait-ce qu’une décision en sachant que c’était la bonne, mais on SAIT. Je sais que c’est ce qu’il faut faire. Qu’en France en 2018, on laisse pas un enfant rentrer chez lui en proie à des douleurs atroces en lui disant « ça va aller mon gars ». Même si on ne peut pas éliminer le virus, le job de l’hôpital, c’est aussi l’écoute et la prise en charge de la douleur.

Alors voilà. Écoutez-vous. Le Gluts est hospitalisé depuis hier soir, sous morphine. Et il lui en a fallu une sacrée dose. Aimez-vous. Votre avis a de la valeur. Exprimez-le. Vraiment, c’est important. Et si vous y arrivez, expliquez à votre enfant, qu’il a le droit d’avoir son avis et qu’il a le droit de le donner. Toujours. Il ne sera pas toujours entendu, ni pris en compte, c’est certain. Mais il apprendra qu’il compte en tant que tel et croyez-moi, c’est le plus important.
Je vous embrasse.

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5 comments on “Ça va aller”

  1. Je te comprends, je t’envoie des chaudoudoux. C’est bien ce que tu as fait. Tu es une bonne maman. J’espère sincèrement que ton petit bouchon se remettra très très très vite. Des gros bisous pour lui, pour toi,pour la petite Delphine aussi, qui a fort besoin d’un câlin. Nos enfants nous révèlent et ça c’est magique!

  2. Je te comprends tellement…. ma fille il a fallu 1 mois.. 1 mois avec des vomissement de biberon… on avait tellement peur qu’elle s’étouffe, elle qui n’avait que 15 jours. Personne ne nous écouté sauf une pediatre et je la remercie encore.
    Pour mon fils rebelote. Je pense à un rgo puis j’en parle à l’autorité comme tu le mentionne et bah rien. Mon mari a du taper du poing lui aussi. Et on a pu le soulager

    Courage a toi et bon rétablissement au gluts

  3. Oh comme tu as raison! Quel bel article…tu peux être fière de toi…ton fiston est soulagé enfin. J’ai lu tellement d’articles et connu tant d’histoires horribles de médecins qui n’ont pas tenu compte des Parents…se faire confiance c’est la clé! Bravo à toi pour ta bienveillance et ton amour inconditionnel pour tes deux garcons qui ont bien de la chance. Plein de pensées positives

  4. Quel chemin parcouru et quelle fierté tu as dois ressentir avec le recul d’avoir su écouter cette colère qui était en toi et trouver d’où elle venait. Bravo ! Bravo de t’être écoutée, d’avoir su imposer l’évidence : qu’en tant que mère, tu SAVAIS ce qui était le mieux pour ton enfant.
    Bravo ! et courage à ton Gluts !

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