Cette nuit, une fois de plus tu n'as pas dormi. Cette nuit, j'ai eu envie de t'épingler au mur, de te jeter par terre, de ne plus te voir, jamais.

Mes mots sont durs, aussi durs que mon coeur était fermé à ce moment-là. Deux semaines, deux longues semaines que tu ne dors pas plus de 5h d'affilée. On a beau avoir toute la bonne volonté du monde, de la patience et comprendre que tu as mal, que tu as soif, que tu as faim, que tu as envie de jouer, on a beau t'avoir voulu et attendu, on a beau savoir que tu as besoin de nous et surtout t'aimer comme des fous, Papa et moi, on est fatigués, usés, lessivés, rincés.

Depuis tout petit, tu as du mal à dormir de longues nuits. Souvent tu te réveilles tôt, très tôt, et même si je m'en plains souvent, j'avoue que cela ne me dérange pas vraiment en réalité. Je suis, moi aussi, une lève-tôt. Se lever à 6h, OK. Même 5h30, OK. Même le samedi, le dimanche. Même en vacances, OK. Mais ne pas dormir, ne JAMAIS dormir plus de quelques heures d'affilée, je crois tout simplement que ce n'est pas humain. D'ailleurs, je suis sûre que même toi tu en souffres. Je m'inquiète pour toi.

Cette nuit, j'ai été furieuse, fatiguée, mais surtout très triste. Tu n'imagines pas à quel point cela fait mal de t'en vouloir alors que tu n'y es pour rien. Comme je souffre quand, dans ces moments-là, j'ai juste envie de baisser les bras, de te laisser seul, dans ton coin et de me barrer en disant "m'en fous, démerde-toi tout seul". C'est atroce. Comme si on m'arrachait le coeur. Parce que je sais que ma place est avec toi. Que je n'ai pas le droit de te laisser et encore moins de penser des choses pareilles. Oui mais voilà, je les pense quand même. Je voudrais revenir en arrière, ne pas avoir eu d'enfant, t'effacer.

Cette nuit, heureusement que Papa était là. Il a crié, parce que lui aussi est fatigué, lui aussi aimerait dormir. Il a crié parce que je m'entêtais à vouloir m'occuper de toi alors que j'avais juste envie de te mettre un coup de boule. Il s'est interposé entre toi et moi, quand à 3h du matin, j'ai commencé à devenir folle et à te brailler dessus. Cette nuit, je ne sais pas comment elle se serait terminée si Papa n'avait pas été là. J'ai dit que je m'inquiétais, que j'étais très triste. J'ai aussi très peur. Peur de ne pas arriver à me maîtriser un de ces jours.

Je sais, on n'a pas le droit de craquer. Comme on n'a pas le droit de voler, de tuer, de conduire en état d'ivresse. C'est interdit. C'est interdit et puis c'est mal aussi. Ou immoral, si tu préfères. Oui, mais si personne ne faisait jamais rien d'interdit ni d'immoral, ça se saurait. Je m'interroge. Qu'est-ce qui fait qu'on craque, qu'on franchit la ligne ? Ou au contraire qu'on arrive, dans un ultime effort, à ne pas le faire ?

Je n'ai pas envie d'entendre les "excuses" habituelles : "oui, mais la fatigue…", ou bien les pensées moralisatrices de certains "ah bah oui, mais vous l'avez voulu cet enfant !" Oh que oui on l'a voulu et jamais, ô grand jamais on ne s'est dit que ce serait les doigts dans le nez. Non, on s'est préparés, blindés, entraînés comme si on partait à la guerre. Mais on a beau être conscient de ce qui nous attend, on a beau le vouloir, c'est pas pour autant qu'on n'a pas le droit de dire stop, de dire que là, ça ne nous convient plus.

Deux semaines de vacances, deux semaines à partager la même chambre que toi. Je pense que ce n'est pas anodin. Je suis sûre qu'à la maison, tu râles aussi dans ton sommel mais qu'on ne t'entend pas, et que tu arrives à te rendormir tout seul. Il y a le changement d'environnement, le changement de rythme, tous ces progrès monstres que tu fais jour après jour : te tenir assis, marcher à quatre pattes, te mettre à genoux, debout, parler, interagir avec la famille, les cousins. Mais il y a aussi encore et toujours ces foutues coliques. Ou maux de ventre. Ou gaz. Bref, je me contrefous pas mal de savoir comment on les appelle.

Des nuits à geindre et à te tortiller pour sortir deux malheureux pets et te rendormir aussi sec. Des nuits à t'arc-bouter en arrière, en hurlant de douleur, où câlins et berceuses ne servent à rien. Des nuits, où perdus face à toi, nous te faisons un biberon dans l'espoir qu'il calmera ta faim, si tant est que ce soit ce que tu réclames. On pense souvent que le plus démuni dans l'histoire, c'est Bébé. Je ne suis pas d'accord. Avec Papa, nous sommes suspendus à tes lèvres, à tes gestes, à ta respiration. On essaie de te comprendre, de communiquer, de te soulager. Je n'aurais jamais pensé que ce serait si difficile.

J'espère que tu comprendras nos faux-pas, nos incompréhensions (oui, je sais, je t'en demande beaucoup), nos malentendus. Je veux juste que tu saches qu'on t'aime, que je t'aime à en mourir. Alors oui, ça n'excuse pas tout, mais sache que ma colère et ma fatigue sont ce qu'elles sont justement parce que je t'aime, parce que je tiens à toi, et que le resentiment et la hargne que je peux parfois ressentir à ton égard n'ont d'égal que mon amour pour toi.

Je t'aime mon fils,

Maman.

 

Note: j'ai longtemps hésité avant de publier cet article. C'est très personnel et pas forcément évident d'assumer les sentiments parfois très violents que l'on ressent envers son propre enfant. Je ne l'ai pas relu, alors je m'excuse s'il y a des fautes (plus que d'habitude, je veux dire). Mais je me dis que si je peux "aider" une seule maman, ou au moins faire qu'elle se sente moins seule en me lisant, alors ça en vaut la peine. Je ne garantis pas que ce post restera en ligne longtemps, je ne sais pas. En attendant, bonne lecture.

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27 Comments on Cette nuit

  1. Je pense que tu as bien fait de publier ton article. Sache que tu n’es pas seule à ressentir ces émotions pour ton enfant. Ici également je pète les plombs et j’ai aussi envie de claquer la porte et de la laisser se débrouiller seule par moments. Courage, j’espère que ça va aller… 🙁 Grosses bises.

  2. Je crois qu’on y passe tous à un moment donné (une fois minimum …). Ce qui nous empêche de jeter bébé par la fenêtre c’est l’amour tout simplement. Tu as le droit de craquer c’est clair mais l’amour t’empechera de lui faire du mal. Fais toi confiance !

    • J’espère que tu as raison ! C’est quand même dingue de voir à quel point on peut les aimer et à quel point ils peuvent nous rendre fou… Mais je crois que l’un ne va pas sans l’autre en fait… (minute philo).

  3. Voilà un article si réaliste. Moi, ce qui as fait que je n’ai pas franchi la ligne, c’est cette nuit où hors de moi, j’ai pris mon Petit Prince plus violemment que d’habitude, sans caresses, rien… Mais sans le secouer attention! Et il s’est mis à hurler de si peu de tendresse. Ca m’a fendu le coeur, et je me suis dit que jamais, au grand jamais, il n’y aura une faille dans ma façon de m’occuper de lui. Un électrochoc en soi.

    • Il a dû sentir que tu étais au bout du bout… Je ne sais pas en fait. Hibou, lui, quand je le prends en lui soufflant dans les bronches que non, c’est pas le moment de la fête du slip et que oui, la nuit, TOUT le monde dort, il me regarde d’un air goguenard et se fend la poire (archi-archi-horripilant quand t’es déjà bien énervée, mais bon). Comme on dit, un sourire et tout est oublié (enfin presque).

  4. Avec la fatigue et la peur parce que tu ne sais pas ce qu’à Hibou, ta réaction est normale. Je ne sais pas si ça existe une maman qui resterait zen dans ces conditions (je pense que je réagirais comme toi, vu comment j’ai pu réagir quand Poupette ne voulait pas faire ses siestes et qu’elle devenait insupportable la journée…).

    Mais en plus, deux semaines dans la même chambre, ça doit aggraver les choses pour ton sommeil. Je ne supporte pas de dormir dans la même chambre que Poupette tout simplement parce que le moindre petit bruit qu’elle fait en dormant me réveille (et j’ai un mal de chien à me rendormir). Alors deux semaines… en plus des vrais réveils de Hibou, tu dois en plus te coltiner des petits réveils que, si tu n’étais pas dans sa chambre, tu n’aurais pas entendu… Toi, ça te réveille et t’horripile, d’autant plus qu’il y a les vrais réveils où il ne va pas bien et où tu ne vas pas bien parce que tu es fatiguée (exténuée, au bout du rouleau) et que tu as peur pour lui.

    Je ne peux que te conseiller de très vite en parler au pédiatre (des nuits de Hibou et de tes nuits parce que toi aussi tu es importante) car si ça ne se calme pas, c’est qu’il y a peut-être un petit quelque chose qui dérange Hibou (le cout de l’intolérance peut-être).
    Tu as sans doute tout essayé (homéopathie, ostéopathie…), je ne peux que t’envoyer mon courage par la pensée.

    Sinon, essaye de lui donner du mojito dans son bibi, ça l’aidera peut-être 😉
    (petite note d’humour pour tenter de te faire sourire)

    • Ah mais grave !! C’est pas par snobisme que je ne supporte pas de dormir dans la même pièce que Hibou ! Je suis pareille que toi. Et pourtant, je DORS et avec des boules Quies en plus… mais j’entends tout, comme si tous mes sens étaient perpétuellement en alerte ! Donc côté repos, on repassera hein !
      Tu as raison, j’ai tout essayé (ou presque !) mais pas le mojito dans le bibi, allez c’est parti mon kiki !! 😀

  5. Je pense qu’à un moment, tout parent est susceptible de péter un câble. Sans compter que le manque de sommeil est une torture sans nom… le fait de se sentir impuissant, l’accumulation de plein de petites choses qui isolées sont anodines…

    J’ai fait mes nuits à 9 mois. Ma soeur avait 2 ans quand je suis née. Et puis mon père n’était pas du tout présent. Un jour, ma mère nous a embarqué sous son bras toutes les deux chez le médecin et elle lui a dit : “pitié, donnez-moi quelque chose ou je vais en balancer une des deux par la fenêtre”.
    Ca a été pourtant une très très bonne mère.

    Bref, tout ça pour te dire, courage. C’est dur, être maman, même si c’est aussi super chouette (ou super Hibou ahahahahahah).

    • **cerveau éteint qui lit** **”J’AI FAIT MES NUITS A 9 MOIS”** **cerveau en ébullition : code rouge, code rouge !!!! 9 MOIS !!!** Mais v’là t’y pas qu’on s’en approche avec le Hibou !!??!! ESPOUAAAAAARRRR !!!

      Tu m’as fait rire avec le super hibou ! C’est vrai que je changerais pour rien au monde et que j’aime Hibou de tout mon coeur, mais n’empêche, je n’aurais rien contre une bonne grosse nuit de sommeil. Ou deux. Ou trois. Ou quatre. Bref, tu vois le truc ! 😉

  6. C’est un très bel article. Merci de l’avoir écrit et publié. C’est exactement pour cela que je savais que tu pourrais coucher sur “l’écran”, avec ta franchise et ta délicatesse, ce que tant de parents ressentent mais n’osent pas dire de peur de passer pour des “mauvais parents”.
    Je ne m’en suis jamais voulue de ressentir de la hargne, d’être brutale ou de crier à mon tour quand, au milieu de la nuit Crapaud hurlait et pleurait depuis 2 bonnes heures pour la Xème nuit de suite. Parce que je savais très bien que c’était normal et que c’était en reconnaissant cet état que ça passerait. C’est ça qui fait qu’on ne franchit pas la ligne: reconnaître notre ambivalence vis à vis de nos enfants, reconnaître qu’il y a aussi de l’agressivité et de la haine c’est pouvoir l’appréhender et commencer à le gérer. Faire l’autruche, être dans le déni, ne jamais poser un genou à terre en disant que LÀ, on n’en peut plus, c’est attendre dangereusement que la cocotte minute explose et de péter les plombs jusqu’à commettre l’irréparable.
    Par contre, je me souviens parfaitement de ma détresse d’être dans l’incapacité de le soulager, de le calmer parce que j’étais moi-même hors de moi. On s’en veut d’être “méchant” alors que lui, il a juste mal/faim/peur/pas sommeil. Oui mais quand on n’en peut plus, on n’en peut plus et c’est tout. Alors on sort faire un tour, on fume une clope, on ferme la porte et on fredonne un air qu’on aime bien par-dessus les cris, on boit une tisane/un café/… tout pour sortir de l’infernal pendant au moins dix minutes, le temps que la pression redescende un peu.
    Et je ne saurais que trop te conseiller, puisque tu es en vacances en famille, de confier le Hibou une nuit à ses grands-parents afin que ce soit grass’ mat’ pour vous. A l’impossible, nul n’est tenu, passe le relais de force s’il faut, arguant qu’un de vous 3 y restera si ça continue.
    Pour finir, je t’aime très fort et Hibou aussi même s’il rend folle ma grande sœur adorée! <3 <3 <3

    • <3 <3 <3 Tout est dit quand tu parles d'ambivalence. Rien d'autre à ajouter ! On a beau savoir que c'est normal, ce n'est pas agréable et ça fait peur de savoir qu'on a tous cette part d'ombre en nous, gloups ! Mais effectivement, je pense que ce n'est qu'en l'identifiant et en l'acceptant qu'on peut avancer et vivre heureux et serein ! :)

  7. Ne te sent pas coupable des mots ou des gestes que tu pourrait avoir en ton hibou . il y a a un moment donner cette envie de tout claquer quand rien ne vas . certe il y a la fatigue ( je sais c pas une excuse) mais il y a tjs la meme question qui trotte chez tout le monde et j’en suis sur : pk moi ?? qu’es ce que j’ai fait ou pas fait correctement ?? j’ai rate quelque chose avec lui ou elle ?? tu n’es pas la seule , moi aussi en ce moment mon fils (22 mois ) se reveille la nuit pourquoi j’en sait rien . jai essayer l’homeopathie pour les troubles du sommeil , sans succes sur lui evidement car ta l’impression que rien fonctionne sur lui , pfff c’est usant . mais ton hibou es le fruit de votre amour , essaye ( je sais plus facile a dire qu’a faire ) de penser a autre chose , de rester calme peu etre que ca le soulagera . es ce que tu a essayer une bouillante sur son bidou ?? ca aide je les fait sur ma fille et ca la soulagais quand elle avais des gaz .aller courage , tu es forte et ton hibou le sait , il te connais mieux que personne . bisous et dis toi que tu n’es pas seule on es bcp . bonne journee <3 <3

    • Oh merci Laura ! Ça me fait vraiment plaisir que tu me lises et que tu prennes la peine de laisser un commentaire pour me remonter le moral. Je ne pensais pas recevoir autant de soutien en écrivant cet article, mais franchement ça fait chaud au coeur. Tu as raison, il vaut mieux souffler un bon coup et rester calme, ça aidera plus que de s’énerver… Même si laisser sortir sa colère est parfois nécessaire justement pour pouvoir se calmer après ! 😉

  8. Coucou
    très bel article, comme d’habitude… Tu sais si bien mettre les mots sur des choses que tu es loin d’être la seule à vivre!
    La fatigue peut rendre fou… Qu’est ce qui nous empêche de franchir la limite? je ne sais pas…
    Une fois ça a été vraiment tendu, papa était au travail (de nuit) et petit Caramel ne voulais pas arrêter de hurler, rien à faire… j’ai “craqué”, je l’ai mis dans son lit je suis sortie de la pièce j’ai fermé la porte et je suis allée m’asseoir au salon 5 minutes le temps de reprendre mon calme, reprendre mes esprits avant de lui hurler dessus ou de le secouer comme un prunier…
    Je ne l’ai pas fait bien sur mais j’ai du m’éloigner de lui et je m’en suis beaucoup voulu… parce que j’ai eu peur de cette violence que je sentais sous-jacente, de ces cris que j’ai eu énormément de mal à réprimer, ce “mais pourquoi tu me fais ça? pourquoi tu ne veux pas arrêter? mais ARRETE!”
    Bref juste ce débordement qu’il fallait contenir et qu’on garde en soit je ne sais pas comment…
    Merci de nous montrer que nous sommes juste humain et que ça peut arriver à tout le monde, même s’il n’y a pas d’explication, même s’il n’y a pas d’excuses…
    Nous ne sommes pas seuls….
    Belle soirée

    • On a tous eu cette nuit (ou ces nuits en ce qui me concerne), où on a juste envie de DORMIR et où en face, Jojo l’affreux pleure, râle, joue, mord, piaffe mais ne dort pas. Franchement, la privation de sommeil, moi je gère très mal. J’ai toujours eu besoin de 8h par nuit, et même si depuis la naissance de Hibou, je suis passée à 6h, j’en ai VRAIMENT besoin !

  9. vécu ici il y a quelques nuits… merci d’avoir le courage de dire ces mots là, pleins de justesse… la technique du Papa, par ici, c’est l’humour ; il me regarde d’une certaine façon et je ne sais pas comment il fait mais pif paf pouf je me retourne comme une crèpe et je me rends compte de l’absurdité totale de ma colère. Ca ne résout pas tout mais ça aide….!!

    • Ah l’humour est souvent LA solution ! Tu as bien de la chance d’arriver à te retourner comm eune crêpe ! moi je peux me montrer tellement obstinée que des fois, ça en devient limite flippant. Enfin, merci de ton com’ qui prouve une fois de plus que nous ne sommes pas seules !! 😀

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