Copyright Marion Leuger

J’ouvre Instagram et c’est une avalanche de photos, de posts, de poings brandis en l’air. Je vois des mères allaiter leurs enfants et crier, oui, crier, que ce geste de nourrir son enfant est tout simplement vital et naturel. Je vois des mères en souffrance, peinées de se voir une fois de plus rabaissées et insultées.

Je regarde, je lis. J’écoute quelques extraits d’une émission que de toutes façons je n’aime pas vraiment parce qu’à part donner un avis sur tout sans réfléchir avec l’intelligence du cœur, il ne s’y passe pas grand-chose. Le journalisme est mort depuis longtemps, ça on le savait déjà. L’info, ça ne fait pas gagner d’argent. Les polémiques, les putaclic, ah ça, c’est bien mieux ! Un enfant mort brûlé, une femme virée d’une réunion Pôle emploi pour avoir osé allaiter, un spectacle antisémite interdit par Monsieur le Maire ou des supporters homophobes et racistes, ça, c’est parfait.

Voilà pourquoi, je fuis ce genre d’émissions, où de façon non assumée on nous matraque de messages toxiques, méchants et clivants.

Je ne vais même pas m’étendre sur le vaste sujet de l’allaitement, non, ça, je vais juste continuer d’allaiter mon fils, quand nous en avons besoin, aussi longtemps que nous en aurons envie. Ce sera mon acte militant, tiens.

Non, aujourd’hui, je voudrais juste revenir sur deux choses. La première, c’est la cruauté dont peuvent faire preuve certaines femmes envers d’autres. Quand j’entends « elle n’avait pas le droit d’allaiter son fils, c’est un acte intime, un peu de respecte, un peu d’élégance ! » dans la bouche d’une femme à propos d’une autre, les bras m’en tombent. De l’élégance ? Est-ce que basher une sœur en direct à la radio est faire preuve d’élégance ? Je demande ! Est-ce que dire à QUI QUE CE SOIT, homme ou femme, ce qu’il doit faire -ou pas, est faire preuve d’élégance ?

Quand j’entends « Ouais, moi aussi j’ai allaité hein, tu prends un tire-lait et … <tu fais pas chier>* » (*j’extrapole mais on comprend bien le message en substance hein), les jambes m’en tombent (si t’as bien suivi, j’ai déjà plus de bras). Que dire ? Que dire face à tant de condescendance et d’ignorance ?

Et d’ailleurs, la question, c’est même pas l’allaitement ma bonne dame. C’est la place de la FEMME.

La place de la femme dans cette putain de société de merde, qui est capable de te montrer 12 meufs à poil à la minute pour vendre des lunettes ou des pastèques mais qui crie au scandale dès qu’on donne à manger à son enfant. C’est la place des MERES qui doivent sans arrêt CHOISIR entre leurs enfants, et une vie sociale épanouissante, parce que tu comprends « les gosses, ils ont rien à faire là ». C’est le BURN-OUT de celles qui sont seules avec leurs moutards all day long, sans relais, et qui n’ont pas de travail rémunéré avec de jolies fiches de paie, mais qui le font exprès hein, et qui en plus ne foutent rien.

Sein ou biberon, là maintenant tout de suite, je peux te dire que je m’en carre sévère parce que ce qui me fait sortir de mes gonds, ce qui fait que je suis choquée et outrée, c’est ça : LA FEMME.

Ce qui me fout en l’air, c’est cette mentalité de merde qui consiste à dire à la femme : « Tu te mets là et tu fais ce qu’on te dit. Et avec le sourire s’il te plait. Et surtout, surtout, quoiqu’il arrive : 1- tu te tais, 2- tu as interdiction formelle de réfléchir – de toutes façons, c’est pas gênant, tu ne SAIS pas réfléchir. »

MAIS ALLO. Et je suis là, et je regarde ces gens autour de cette table, participer à cette émission connue, et les auditeurs applaudir, femmes et hommes, à l’unisson. I repat : MAIS ALLO.

Tu sais qu’en vrai, on peut réfléchir, hein, tu le sais, ça ?

D’ailleurs tu vois, j’ai réfléchi. J’ai fait un tour sur l’Instagram de Kim Kardashian. Et puis celui de Doutzen Kroes, qui milite pour les éléphants. Et puis celui de Caroline Receveur, qui a des millions de followers. C’est rigolo, des photos en maillot, des photos explicites de seins, de fesses et de cuisses en veux-tu en voilà, il y en a des tas.

Alors je me suis posé la question. Qu’est-ce qui fait qu’on peut montrer des seins à longueur de temps sans offusquer personne mais qui déclenche un tollé général dès qu’on nourrit un bébé ?

Et ma conclusion, ma bonne dame, c’est que dans le premier cas de figure, les seins (et donc la femme) sont A DISPOSITION. Forcément, quand les seins servent à nourrir un bébé, c’est moins vendeur, parce que l’autre ne peut pas/ plus se les approprier. Y a comme une barrière psychologique. It’s agacing, comme dirait la pub. Enfin, pas pour moi, ni pour celles qui nourrissent leurs enfants sans se poser de question, mais pour les autres. Ceux qui aimeraient s’approprier la femme, son corps, et ses mystères. Ceux qui en ont BESOIN, oui besoin, pour faire du fric. Parce que les seins, c’est vendeur. Sauf si évidemment, tu t’en sers pour faire un truc gratuit, qui fait que t’achètes rien et que t’emmerdes la société de consommation. Là, ça ne va plus du tout, voyons, il faut se ressaisir ! Porter un décolleté et un wonderbra, mettre du mascara et du rouge aux joues, cacher ses cheveux blancs et ôter ses poils. S’éloigner le plus possible de ce que la nature nous offre, parce que, sait-on jamais, on pourrait ne plus consommer et se mettre à penser.

Mais, rends-toi compte, bordel de Dieu, que si la femme n’avait pas eu de seins pour nourrir tes ancêtres (tout comme si elle n’avait pas eu d’utérus pour les porter), ben tu serais pas là pour débiter toutes ces conneries. Alors un peu de respect.

Un peu de respect et par pitié, DU BON SENS. Et de la solidarité. Et de l’humanité. Ah, j’en demande trop ? Au temps pour moi, l’espace d’un instant j’ai cru que comme nous étions faits de chair et d’os, on pourrait sinon s’entendre, du moins se respecter. Faut croire que j’avais tort.

Néanmoins, tant que je serai vivante, je continuerai : 1- de parler, 2- de réfléchir. Je suis une femme, à la tête bien faite. Ce qui, de ce que je vois, vaut bien mieux que d’être une Grosse Tête bien vide.

Je suis une femme, et mes seins m’appartiennent, que je choisisse de les utiliser pour vendre des pastèques ou nourrir mon enfant.

Je suis une femme et j’emmerde les patriarches et cette société gangrenée.

Je suis une femme, et une mère, et je suis libre.

Je suis une femme et si demain je dois donner le sein chez Pôle Emploi, au Vatican ou dans le métro, je le ferai. Parce que c’est ce que font les femmes. Et ouais.

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1 Comment on Femme(s)

  1. Mais tu as tellement, tellement, TELLEMENT raison ! L’indécence est dans l’oeil de celui qui regarde. Et les femmes potiches devant des décapotables au Salon de l’Auto me dérangent, pas celles qui nourrissent leur bébé. Et comme tu le dis, ce qui est grave, c’est notre échelle de priorités.

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