Passons sur le titre, qui une fois de plus, n'avait d'autre but que de t'attirer ici (ce qui a visiblement marché, sinon tu ne serais pas là). Alors que le débat refait surface ces derniers jours, j'avais envie d'aborder LE sujet qui fâche : la fessée. Pas celle entre adultes consentants, hein, mais celle que les parents mettent parfois à leurs enfants.

Avant d'être Maman vois-tu, je n'étais pas totalement contre. Pas franchement pour non plus mais pas contre. Après tout, des fessées, j'en ai eu hein, et même des baffes et comme dirait l'autre "j'en suis pas morte" (argument favori des pro-fessées). Bon et puis, faut savoir se faire respecter et fixer des limites. Grosse bêtise = gros châtiment. Je te parle pas de faire mal hein, mais de marquer le coup.

Oui, sauf que depuis qu'Hibou est là, j'ai commencé par revoir ENTIÈREMENT les notions de "bêtise", "caprice", "limite" et compagnie. Un enfant n'a pas les mêmes droits qu'un adulte, ça me paraît évident. Tout comme il me paraît évident que ce n'est pas pour cette raison qu'un enfant est "moins" qu'un adulte. Cette pensée m'horripile et me gratte la gorge. L'enfant est une personne. Avec son caractère, ses désirs, ses peurs, ses préférences. Les enfants sont des montagnes de sentiments, ils n'ont pas encore les filtres, les clefs pour relativiser, pour hiérarchiser, pour tout comprendre. Ça, c'est à nous, adultes, parents, de leur transmettre.

Ce que nous appelons "caprice" est une envie qui NOUS paraît injustifiée, irraisonnée. Oui mais voilà, le monde de Jojo l'asticot n'est pas NOTRE monde. Quand on pique dans son assiette, c'est grave. Imagine que tu dépendes entièrement de quelqu'un pour manger. Que tu aies une confiance aveugle en cette personne et que d'un seul coup, cette même personne te lèse. Horraïbleeee ! Tes certitudes en prennent un coup. Quand Jojo l'asticot s'éclate dans le bain les doigts de pieds en éventail et qu'on le sort pour le coller dans une serviette froide, c'est GRAVE. Ça te plairait, toi, qu'on vienne te soulever de ton transat sur la plage pour te rhabiller et te coucher alors que t'as juste envie de profiter des vagues ? Non, bon ben voilà.

Et Rome ne s'étant pas construite en un jour, ça prend du TEMPS d'expliquer et de faire comprendre ça à un enfant dont les moindres besoins sont satisfaits depuis la naissance. Au fur et à mesure que bébé grandit, besoins et désirs se confondent, et c'est long, très long, d'apprendre à faire la différence. Je connais d'ailleurs des adultes qui ne font toujours pas le distingo, alors t'as qu'à voir.

Encore faut-il avoir envie de le prendre, ce temps. C'est clair que c'est tellement plus rapide de dire "Non" sans aucune explication, et de coller une baffe si jamais l'autre en face ne percute pas assez vite. Je veux dire, mettre une fessée à un enfant, c'est facile hein, il va pas se défendre ou alors en pleurant par terre (mouais), et puis dans 5 minutes, il aura oublié. Ou pas. On passe notre temps à leur dire "Fais pas ci, fais pas ça", pour au final faire ce qu'on leur interdit. C'est interdit d'agresser les gens, de les insulter, de les frapper. Et certains trouvent ça normal de le faire chez eux ? Ok, mais pas moi. Non moi, tu vois, çe me ferait bien chier qu'on me colle une fessée. Pas parce que j'ai peur d'avoir mal, non, mais parce que c'est humiliant. Déjà, quand tu fais une connerie, la plupart du temps, tu en as conscience et il suffit qu'on te foute le nez dans ta merde en te faisant remarquer que là, t'as déconné, pour que tu te sentes mal, voire que ça te passe l'envie de recommencer. Alors quel est intérêt d'en rajouter une couche ?

Ah oui, pour "marquer le coup" comme je pensais AVANT. Ah ça, pour marquer, ça va marquer hein. Y a pas besoin de faire mal pour faire du mal (tu me suis ?). J'ose espérer que rares sont les parents qui lèvent la main sur leurs enfants "pour faire mal", et pourtant, m'est avis qu'ils leurs font du mal. Mal à l'âme. Et souvent, ils se font du mal aussi à  eux-mêmes. J'ai du mal à croire que des parents qui donnent des fessées ne se sentent pas coupables, ou en situation d'échec. Je sais pas vous, mais moi, je ne trouve pas ça hyper agréable et déjà tellement inévitable par ailleurs, que ce n'est pas la peine d'en rajouter inutilement.

Alors, je vous vois venir "Rhooooo mais faut arrêter hein, moi je mets pas de baffes, juste une tape sur la couche… c'est pas pareil !" Moi je ne fais pas de différence. Et j'irais même plus loin, je n'ai pas besoin d'avoir mal à mon corps pour me sentir en souffrance. Quand on me bousucle et que je proteste, qu'on me répond "ta gueule, salope", ça m'agresse, ça me fait pas mal au corps, mais au coeur. Fessée, tape sur la couche, sur la main, baffe, giffle, tarte, insultes, il n'y a pas de différence. Pas pour moi. Tout ça, c'est de la violence. Et c'est grave. Parce que, pardon d'enfoncer des portes ouvertes, mais la violence, ça fait mal, ça laisse des traces.

Alors évidemment, nous n'avons pas tous la même sensibilité. Et les enfants non plus. Mais je reste persuadée qu'ils sont un milliard de fois plus sensibles que nous. Tout est exacerbé chez eux, tout prend des proportions incroyables. Il n'y a qu'à voir les colères dans lesquelles ils peuvent entrer. Et alors quoi ? On va mettre une fessée à Jojo l'asticot s'il ne se calme pas ? Et nous, on est jamais en colère peut-être ? Jamais frustrés dans nos désirs et nos envies ? Et qui nous met une claque à nous ? Personne. Personne parce qu'on ne l'accepterait pas. Et surtout, qu'aura retenu Jojo de l'exéprience ? Rien. Enfin si, la trahison. "Cette main si douce, qui m'accompagne jour après jour dans l'apprentissage de la vie, celle qui sèche mes larmes, celle qui me donne à manger et me cajole, elle vient de me faire mal. Très mal."

Je préfère le dialogue. Bon dans mon cas, Hibou a 1 an et s'en carre pas mal de mes explications d'adulte sur pourquoi qu'on peut pas manger les restes de la poubelle et pourquoi qu'on peut pas faire plouf plouf dans la gamelle du chie, et pourquoi qu'on peut pas danser la macarena debout sur la table à langer ou rouler des pelles au robinet. Mais n'empêche. Le dialogue met des mots (tiens encore une porte ouverte… entrons !!), il met de la DISTANCE. Et souvent, quand on est à deux doigts de la fessée ou de la claque, c'est qu'on a perdu cette distance. Distance, reviens ! j'ai besoin de toi !!!

Je suis loin, bien loin d'être un exemple. J'ai levé la main sur mon fils, une fois. la fois de trop. Ça m'a remis les idées en place vite fait bien fait et depuis, je SAIS que je suis contre la violence, physique, verbale, psychologique. C'est dur, très dur car d'une part j'ai la gueulante et la baffe facile (surtout vis-à-vis d'un enfant, c'est si facile, pour ne pas dire lâche) et d'autre part, Hibou, comme tous les enfants, a le don d'appuyer là où ça fait mal quand ça fait mal. Bien sûr que j'hausse le ton (je te rappelle que je passe 12h par jour avec le susnommé Hibou), et même, je lui fais les gros yeux, et puis si ça suffit pas les grosses narines, OUH ATTENTION !!!

Mais surtout, surtout, je mets un point d'honneur à lui expliquer pourquoi il ne peut pas faire telle ou telle chose, pourquoi je ne veux pas. Lui il s'en fout, mais moi, ça m'aide. Ça remet de la distance comme je disais mais ça permet aussi de voir ce qui est justifié de ce qui ne l'est pas. Genre aller dans la poubelle, c'est pas possible, "tu veux avoir bobo ventre ?" mais vider les livres des étagères, pourquoi ça ne le serait pas ? Ils sont mobiles, c'est rigolo ! A moi d'expliquer qu'un livre, ça peut être fragile, précieux, et que non, ça ne se mange pas ! Parfois il faut savoir distinguer ce qui est vraiment interdit (faire le zouave sur la table à langer =  danger) de ce qui est juste pénible pour NOUS (aller se rouler par terre sur le tapis du chien = juste horriblement crade mais pas de risque particulier).

Evidemment qu'il y a des jours où je beugle sans rien expliquer, je ne suis pas infaillible, je ne suis pas une machine ! On a tous des jours de merde, où on est fatigués, où le boss nous a cassé les pieds, où on se rend compte qu'il ne reste plus qu'un seul rouleau de PQ (de préférence un jour de gastro, le soir à 21h) et où ça fait chier. D'ailleurs, c'est souvent dans ces instants pénibles que Jojo l'asticot décide que c'est le moment idéal pour vider le baril de lessive (en poudre bien entendu) dans toute la maison façon Petit Poucet. Et bien justement, et si ce n'était pas lui qui faisait son relou, mais toi qui es bien fatiguée ??

Voilà, en cette journée mondiale des Droits de l'Enfant, j'avais envie de partager ma vision des choses. Et le premier qui me dit que pour quelqu'un qui s'en fou des journées mondiales à la noix, j'en parle souvent sur la blog, je lui fous… pas une baffe ! Hahaha !

 

Share Button

15 Comments on Histoire de fesses

  1. Je suis entièrement d’accord avec tout ce que tu as écrit.

    Mon seul problème est que mon conjoint est plutôt de l’école “une petite fessée n’a jamais fait de mal à personne, je me suis pris quelques coups de pieds au cul ils étaient mérités”.
    Il me dit “tu verras si tu arrives à te contenir quand elle fera quelque chose qu’il ne faut pas”. Genre il ne me croit pas capable de me retenir de donner une fessée…
    Je lui donnait l’exemple de Poupette qui traverserait la rue alors qu’on lui a dit de ne pas le faire. Lui me dit que pour lui faire comprendre qu’il ne faut pas le faire il lui mettrait une petite fessée, moi je lui dis que je ne veux pas qu’il le fasse et que je ne le ferai pas. Lui de me répondre “ben tu verras si tu ne la lui mets pas quand tu auras eu une peur bleue”. Donc par peur de ce qui aurait pu arriver on met une fessée pour ne plus que l’enfant recommence ?
    Bref je ne sais pas comment faire car nous ne sommes pas d’accord, du coup j’ai peur de ne pas me retenir de lui mettre des fessées et j’ai peur que lui lui en mette alors que je ne suis pas d’accord…

    • Mais ??? On a le même mari ou quoi ?? 😀 Le mien est pareil, et puis lui, il a même reçu des coups de canne quand il était plus jeune et comme tous ceux qui ont été violentés “il en est pas mort hein”. Et puis, c’est difficile car c’est un parti-pris intime et surtout, ce n’est pas parce qu’on fesse ou pas (haha) qu’on n’aime pas ses enfants. Je pense qu’il n’a pas tort dans le fait de se retenir, seule l’expérience nous dira si on en sera capable ou pas. j’avoue qu’en cas de grosse frayeur en effet, ou alors le jour où il me crachera dessus par provoc, je ne sais pas comment je réagirai. J’ai écrit mon article en étant très détendue lol mais qu’en aurait-il été si Hibou m’avait tapé sur le système pile à ce moment là ? Tout ce qu’on peut dire, c’est que nous n’aimons pas l’idée, que nous sommes contre. Je suis sûr que plus on s’attache à parler avec ses enfants tôt, plus ça devient un réflexe et moins l’épée de Damoclès de la fessée pend au-dessus de nos têtes… Wait and see !

      • Il me semble que la difficulté lorsqu’on est convaincu que frapper les enfants n’est pas une bonne façon de les éduquer est qu’il faut réfléchir. Tu l’as très bien dit dans ton article : “Ça remet de la distance comme je disais mais ça permet aussi de voir ce qui est justifié de ce qui ne l’est pas.” Ne pas mettre de fessée, ça va avec expliquer, et pour expliquer, il faut d’abord comprendre. Mettre une fessée, c’est bien plus facile. Mais à mon gout, bien moins intelligent.

  2. Oh bien sur que je suis d’accord avec toi, sur toute la ligne!!
    Mon problème est malheureusement le même que toi et Maman Breizhou : l’Homme ne voit pas le mal dans une fessée. Il y voit même un moyen de se faire respecter (je sais pas ce qu’il fume mais j’en veux bien un peu ça à l’air sympa), de se faire obéir……et là encore, on est pas d’accord, je ne veux pas faire de la Bouille une personne obéissante coute que coute, je veux en faire quelqu’un qui comprend ses actions et leurs conséquences, quitte à désobéir!
    Bref.

    Comme tu le dis, on est pleine de belles convictions pour l’instant, nos enfants sont en plein apprentissage et ce que nous définissons comme bétise, eux le voit comme découverte. Comment on va réagir le jour où, comme tu dis, ils nous provoqueront délibérément?…..

    • Franchement, j’avoue que j’appréhende GRAVE le jour où ce sera la provoc à fond… Je ne sais pas si j’aurais la patience ou le recul nécessaire pour ne pas péter les plombs, surtout à l’usure quoi… Mais je suis biend ‘accord avec toi, pour avoir été moi-même trèèèèèès obéissante, au final je n’étais pas très épanouie (sans le savoir hein), donc je préfère un gosse qui fait des conneries mais qui en prend conscience au fur et à mesure et surtout bien dans ses pompes ! Et puis un gosse moins consensuel que moi, merde !

  3. Entièrement, complètement adhérente à ton article!
    Tout comme toi, avant de devenir mère, je me disais que bon, une fessée c’est pas mon truc mais que c’était pas la mort. Aujourd’hui, mon regard à complètement changé après une introspection, après avoir compris les marques intérieures que laissent toutes ces mini violences. La violence éducative ordinaire comme on l’a nomme, elle est interdite chez moi!
    Si tu dis ça aux autres, la réponse est presque toujours la même “ah ouais, t’es une maman hyper laxiste en fait”. La bonne blague pourrie… mais oui messieurs dames, mon fils chie dans le salon et peint mes casseroles! Ils n’ont absolument pas la réflexion de se dire qu’il y a d’autres manières de faire respecter les règles de vie sans en venir à la violence.
    Merci pour cet article!

  4. “Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants “.Merci pour ce bel article qui me parle beaucoup. A bientôt pour une nouvelle lecture et coucou à l’adorable petit Hibou.

  5. Le problème avec la fessé c’est surtout qu’on enseigne à un enfant que parfois la violence est une réponse appropriée. Alors que non, ça ne devrait jamais être la réponse, quel que soit le problème !

    Par contre je peux aussi comprendre les parents qui en désespoir de cause se laisse aller exceptionnellement à un petit dérapage. C’est juste des humains, avec des failles, des limites et des fois, bah non, il n’ont plus d’autre réponse en stock. Mais attention hein, je ne cautionne pas pour autant, mais je ne juge pas non plus.

    • Je suis tout à fait d’accord ! Je crois que c’est ça qui me gêne le plus en fait : montrer que la violence est une réponse acceptable. Par qu’un adulte arrivera toujours à convaincre l’enfant que son acte est justifié en lui retournant le cerveau alors que si c’est l’enfant qui tape, son acte sera toujours injustifiable ! Y a quelque chose qui ne va pas quoi…
      Et je comprends tout à fait les dérapages, ayant moi-même craqué. Mais le plus naze dans tout ça, c’est que l’enfant le vit mal, mais le parent aussi !! Mieux vaut y penser à 2 fois du coup, même si c’est parfois vraiment très difficile.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.