Et avouons-le, ça me fait suer. C'est mon ancienne boss qui m'a dit ça un jour "Nan mais de toutes façons, toi, Delph, t'es consensuelle !". Et sur le coup, j'avais pas trop compris. Mais elle avait raison. Je crois que ce qu'elle voulait dire, c'est que telle la Suisse, j'ai une sainte horreur du conflit et que donc, je suis rarement "pas d'accord", rarement en colère, et je cherche perpétuellement à arrondir les angles.

L'autre jour, je lisais l'article de ma copinaute Juliette aka Maman d'Amour, et j'ai commencé à réfléchir (enfin, plus que d'habitude, je veux dire) sur : mais pourquoi qu'on est comme ça, bordel ! Parce que tu pourrais croire qu'une personne consensuelle est dans un consensus avec elle-même (pardon mais on est lundi) et que tout va bien. Mais la plupart du temps, non. J'ai dit au début de l'article que j'étais rarement ps d'accord. En fait, c'est faux (putain, déjà je suis pas d'accord avec moi-même, où est l'asile svp ?). Les gens consensuels ont des avis. Et puis des coups de gueule, des valeurs et des principes. Un peu comme tout le monde, hein. Là où nous sommes différents, c'est que nous nous enflammons rarement lors d'un débat, nous laissons très rarement nos sentiments transparaître et s'exprimer. Pourquoi ? Dans mon cas, c'est par peur de blesser.

J'ai mis presque 30 ans à me rendre compte qu epar exemple, se mettre en colère est NORMAL. Et que d'exprimer sa colère est SAIN (bon, je te parle pas de tuer la personne qui devant toi à la caisse a décidé de payer en pièces de 5 centimes, juste le jour où tu va s acheter une plaquette de beurre enceinte de 8 mois). J'ai mis du temps à comprendre que ne pas être d'accord, ce n'est pas forcément ne pas aimer la personne qu'on a en face de soi et que même, si on l'aime vraiment et qu'on la tient en estime, alors, on peut y aller. Evidemment, il y a l'art et la manière.

Mai déjà, pour une personne "consensuelle", se dire "jai le droit de ne pas être d'accord" et surtout "j'ai le droit de DIRE que je ne suis pas d'accord", c'est énorme. J'ai souvent refuser de prendre parti. Au travail, quand les copines (oui, j'avais pas de collègues, mais des amies, souviens-toi) me demandaient "Non, mais tu trouves pas qu'elle abuse là ?". A la maison, quand ma maman et ma soeur se chamaillaient (j'ai aussi mis du temps à piger que c'était un peu leur mode de fonctionnement ahem). Lors des débats de société sur la GPA, l'euthanasie, la répartition des allocations familiales et que sais-je encore…

Il y a des choses qui me révoltent, d'autres qui me laissent indifférentes, comme tout le monde en somme. Mais mon souci, c'est que j'ai du mal à le dire. A force que vouloir contenter tout le monde, à force de vouloir jouer ce rôle de femme parfaite, souriante, aimante, bienveillante, j'en ai fini par me perdre (et c'est là que l'article de Juliette fait écho) et ne plus savoir qui j'étais, ce que je voulais… J'étais un fantôme, une machine à "Oui-Oui".

Souvent j'envie ces personnes qui militent, qui ont le courage de leurs opinions, qui vont jusqu'au bout. Sans être extrémiste, on a bien le droit d'avoir un avis et de se faire entendre. Une personne consensuelle ne s'autorise pas, ou rarement à donner de la voix. Pendant longtemps, j'ai acquiescé, j'ai dit "je pense comme toi", "oui bien sûr"… Et sans être hyperinfluençable car je fais mes choix sans en rendre les autres responsables, j'avoue que mon empathie me joue souvent des tours. Je déteste l'idée d'être en opposition. C'est fou, je sais, parce qu'on ne peut pas être en accord avec tout le monde, c'est vain, utopique et même quand on n'y réfléchit, pas vraiment souhaitable.

Oui mais quand on est consensuelle, on aimerait que tout le monde aime tout le monde, et surtout que tout le monde vous apprécie. Pas dans le sens que tout le monde vous adore, non, mais que personne ne trouve rien à redire sur vous ou votre comportement. Oui parce que quand on est consensuelle, on croit que si on ne suit pas le mouvement, on sera laissée sur la touche, abandonnée, rejetée. Tu le sens le mode Calimero là ?

Oui et ben n'empêche que c'est très chiant d'être comme ça. Et en plus, moi, je suis susceptible par-dessus le marché, alors t'as qu'à voir les dégâts. Enfin, une dépression, une thérapie et des discussions à coeur ouvert avec ceux qui comptent plus tard, je peux te dire que d'avoir pris conscience de ce trait de personnalité, c'est déjà énorme.

Je m'autorise à ressentir de la colère (moi qui ne voulais à présent qu'être paix et amour) et à dire quand ça ne va pas. Je ne peux pas encore le faire avec tout le monde, je n'ai pas assez confiance. En eux, mais aussi et surtout en moi. Mais j'y travaille. J'ai aussi compris que l'amour c'est bien, mais que sans haine, il n'y en aurait pas. Pas de paix sans colère, pas d'accord sans désaccord. Pas de beauté sans laideur… Oui, je suis au courant, les Chinois l'ont compris y a un million d'années avec le Yin et le Yang. Oui ben ben que veux-tu, je suis LENTE, ok ? Ça peut paraître bête, mais pour la consensuelle que je suis, c'était pas évident d'arriver à cette conclusion et d'accepter cette part d'opposition et même celle encore plus cachée de noirceur qu'on a à l'intérieur de nous. Depuis que j'en ai conscience, je me sens mieux, je me sens pleine, je me sens moi, en accord avec moi-même. Evidemment, je n'ai pas parcouru la moitié du chemin, mais quand même… C'est déjà un bon début, non ?

 

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20 comments on “Je suis consensuelle”

  1. C’est marrant, je mets enfin un mot sur ma personnalité…
    Je me disais plutôt un peu Candide, dans le sens où je crois que tout le monde il est beau il est gentil… (enfin je crois… plutôt j’aimerai)
    Je n’aime pas être en colère (enfin le montrer car je suis parfois en colère), je ne prends pas parti, je ne suis pas d’accord sur tout mais ne le dis pas forcément. Je me laissais pas mal marcher sur les pieds mais depuis que Poupette est là, je commence à changer. Bon pas pour tout, j’aimerais que tout le monde aime tout le monde (finit les guerres) et effectivement qu’on m’apprécie. Je n’aime pas entrer en conflit. Je dis oui à tout car j’ai peur de dire non, que je ne veux pas, que je ne peux pas. Je ne dis pas quand ça ne va pas.
    C’est sans doute pour ça que je n’arrive pas à demander d’augmentation ^^
    Mais à force d’être comme ça, ça commence à me bouffer…

    • Ouais au final, on a peur que les autres se sentent “bouffés” alors que c’est nous que ça bouffe !! Rébelliooooooonnnnnn !! LOL Je t’avoue que je suis quand même contente de ton com’, je pensais être un peu la seule à être une vraie Miss France à l’intérieur (stop la guerre et la famine) et je m’aperçois que non ! 🙂

  2. Tu fais écho également et je te remercie.
    La vie est devenue difficile a vivre pour moi et pourtant il faut continuer.
    Merci pour ce billet ♥ Nous avons échangé déjà et je te disais à quel point tu m’avais aidé ! Gros bisous

  3. merci de nous faire partager ce cheminement! C’est un très bon début et venir en parler te permettra de continuer d’avancer et nous permettra d’avancer aussi! une psy m’avait donné comme mantra “je me dis oui, je te dis non” et ça m’a pas mal aidé!

  4. Comme maman Breizhou, tu mets un mot sur une partie de ma personnalité. Je dis souvent de moi que je suis trop gentille, façon de dire “trop bonne, trop conne” parce qu’être comme tu dis toujours consensuelle, ça me retombe dessus à un moment ou à un autre. Les gens me marchent sur les pieds, et au lieu de dire stop, ça me bouffe de l’intérieur.
    Cela dit, depuis que je suis enceinte, je me laisse moins faire qu’avant. Je me dis que si je ne me “bats” pas pour moi, au moins je le fais pour ma fille (genre me battre pour une augmentation, c’est pouvoir lui offrir des habits ou des jouets en plus à la fin du mois !).

    • Haha, j’ai hésité à intituler l’article “Trop bon, trop con”, mais au final, même si ça rejoint ce que je voulais dire, je voulais plus axer les choses sur ce besoin d’être aimée et sur le fait que j’ai peur qu’on ne m’aime pas si je dis que je ne suis pas d’accord !
      Complètement d’accord avec toi, avoir des enfants fait bouger les choses et nous fait sortir de notre zone de confort, et perso, j’apprécie !

  5. JE me retrouve tellement aussi dans ton message. Je déteste le conflit, je voudrais ne décevoir personne ce qui est très dur et qui met énormément de pression. J’ai toujours été la petit fille sage à l’école, au boulot. Depuis Poupette, je me laisse moins faire et je me laisse aller à dire quand quelque chose me contrarie ou ne convient pas. Je me rends compte que finalement comme la formulation est bonne et bien tout se passe bien. C’est quand même pas facile de se mettre la pression tout le temps. je suis toujours avec une nette tendance bisounours mais petit à petit je me soigne 🙂

    • Oui voilà, c’est ça ! La peur de décevoir ! Moi aussi, je me suis rêvée fille modèle, et ça m’a menée… ben, à la dépression lol ! (Mieux vaut en rire hein) Donc depuis que j’en ai conscience, j’essaie petit à petit de ne pas refaire les mêmes erreurs ! 😉

  6. Ton texte me parle complètement!
    J’ai ce trait de caractère également et je sais qu’il vient de ma peur du conflit, la peur de ne pas savoir gérer une situation de désaccord, ce besoin de me sentir apprécier de tous. On crée alors des évitements, et comme tu le dis on vit en pleine utopie et je m’en rend compte d’ailleurs, même en essayant de contenter tout le monde il arrive parfois qu’on me reproche des choses!

    Et je répondrais “oui” à ta toute dernière question, un très bon début qui signe le début d’un chemin, d’un travail intérieur qui aboutira à une meilleure prise en compte de tes vrais désirs et opinions!

    • Oui c’est ça le pire ! A vouloir ménager la chèvre et le chou, personne n’a son compte finalement !! Je ne sais toujours pas gérer les désaccords, c’est pénible, et le besoin (plus qu’une envie, j’ai l’impression que c’est un besoin chez les consensuels) d’être appréciée de tous me guette, mais au moins j’en ai de plus en plus conscience et c’est déjà ça !

  7. Et bah voilà, grâce à toi, j’ai trouvé le mot !! Ma psy, quand à elle, m’a fait répéter “J’ai le droit de dire oui” “J’ai le droit de dire non” “J’ai le droit d’être heureuse” ; ça aide un peu 🙂

  8. Mon Dieu que cela fait du bien de voir des mots posés sur ce qui ce trame dans ma petite tête ! J’avais tellement l’impression d’être toute seule dans ce cas ! Toute seule à ne jamais vouloir froisser ou blesser les autres. Toujours tout garder au fond de soit et encaisser parfois ce que les autres ne retiennent pas.
    Merci beaucoup pour ce bel article qui, si il ne donne pas de solution miracle, aide à poser des mots sur des émotions pas toujours faciles à définir.

    Merci Merci 🙂

    • Je te confirme que nous ne sommes pas seules ! Bon, moi ça m’a quand même conduite chez le psy, ce que je ne souhaite pas à tout le monde (encore que ça me fasse du bien lol), alors de temps en temps, être moins affable, dire ce qu’on veut, ce qu’on pense et même dire merde, c’est INDISPENSABLE !

  9. Merci bcp de ce bel article. 

    Qqn qui ne me connaissait qu'à peine m'a dit que j'étais une femmeconsensuelle, cela m'a intriguée, j'ai cherché et j'ai trouvé votre article. Tellement le sourire de me reconnaître enfin ..  vous avez mis les bons mots sur ce problème enfin cet accord avec nous même.  Merci 

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