En relisant mon dernier billet, et en lisant pas mal d'autres ces dernières heures sur la maternité, le désir d'enfants, l'infertilité, les fausses couches… j'ai eu envie de nuancer mes propos.

Primo, qu'on se le dise, je déteste l'expression "mère indigne. Je l'ai utilisée en réponse à l'article dont je vous parlais dans mon précédent post. Et j'admets d'ailleurs qu'il y a une mode des "bad mothers" et tu sais quoi ? Parfois, elle me tape un peu sur le système, cette mode. Je crois pas qu'il y ait des typologies de Mamans. Celle-ci est indigne, celle-ci est une louve, celle-ci est inconsciente, celle-ci est parfaite. Au final, tout ça, ça rejoint un peu tous ces débats stériles autour de la parentalité : sein ou biberon, poussette ou portage, travail ou congé parental (ou encore autre chose d'ailleurs).

Alors qu'en fin de compte, pwutain de crotte, on fait TOUTES la même chose : on fait ce qu'on PEUT ! Non ? Les seules mères indignes que je connaisse, ce sont celles qui maltraitent leurs enfants. Et encore, même si c'est pas le sujet, je les plains parce qu'elles doivent atrocement souffrir pour en arriver là.

Deuxièmement, j'ai eu pas mal de retours suite à l'article en question, du style "les mères parfaites sont des connasses" et compagnie. Si tu me suis depuis un moment, tu sais que j'aime pas la violence.Peace and love, quoi. Dans mon article, je parlais de moi, de mon ressenti, et du fait que j'en ai parfois marre d'être pointée du doigt parce que j'ai l'outrecuidance de dire que mes enfants sont fatigants. Je revendique mon droit à ressentir tantôt un amour si fort qu'il m'empêche presque de respirer, tantôt un ras-le-bol intersidéral qui me donne envie de tout péter. Point. Je ne dis pas que je suis mieux ou que les autres sont moins bien. Ou que je suis nulle et que les autres sont au top.

Non, ce que je dis, et je vais le répéter parce qu'apparemment c'est pas encore limpide pour tout le monde, c'est qu'il y a autant de façons de concevoir la maternité que de mamans.

J'ai relu l'article qui avait titillé ma susceptibilité… et passé la colère et l'énervement, je me suis rendue à l'évidence. Je suis d'accord avec ce que j'ai lu (ou presque). Je suis une Maman. J'aime mes enfants plus que tout au monde. J'ai de la chance, vraiment énormément de chance des les avoir, et qu'ils soient tout simplement bien portants. Je présente mes excuses aux mamans PMA, aux femmes infertiles, aux personnes ayant traversé les affres du deuil périnatal si mes propos les ont blessées. Ce n'était évidemment pas mon but.

Toutefois avoir la chance d'être maman ne rend pas tout rose pour autant. C'est, là aussi, un débat stérile, un dialogue de sourds. Je trouve que de dire à un parent en détresse (car OUI putain, j'ai eu des moments de désespoir et de fatigue intenses, OUI j'ai été en détresse) des choses du style "Bah fallait pas faire de gosses, hein !" ou encore "Tu les as voulus donc maintenant sois heureuse et tais-toi", c'est aussi déplacé que de dire à une personne qui tente désespérement de devenir parent "sois pas pressé, profite encore un peu de ta liberté". C'est idiot, vain et culpabilisant.

J'en ai parlé 5362539 fois ici je crois. L'ambivalence des sentiments. C'est NORMAL. C'est SAIN. Y a pas de beauté sans laideur, de paix sans colère, de lumière sans obscurité, de joie sans peine… Y a pas d'maour sans haine.

Simplement, on est pas tous égaux dans la gestion de nos sentiments. Moi, par exemple, je suis hypersensible, ascendant susceptible, avec des tendances dépressives. Tant mieux si des mamans arrivent à tout gérer et à ne jamais perdre leur calme ni leur sourire (je reste convaincue qu'il y en a). Mais moi je n'en fais pas partie. Chaque situation est différente, et on ne connaît pas tous les paramètres. Partant de là, soit on se tait, soit on l'ouvre au risque d'être parfois maladroite (coucou, c'est moi que v'là).

Pour vous parler un peu de moi, j'ai vécu un gros épisode dépressif fin 2012 – début 2013. Burn-out. Traitement médicamenteux et suivi psy. Arrêt maladie en février 2013. Démission fin mars. Grossesse découverte le 2 avril 2013. Pas prévue, en tout cas pas comme ça, pas dans ces conditions. Je suis sous anti-dépresseurs, je suis au chômage. TOUT VA BIEN. Quelle mère je vais être ? Quelle mère je suis déjà ? Une mauvaise mère, une mère en carton, une mère qui ne sait déjà pas s'occuper d'elle alors s'occuper d'un bébé en plus…

Alors oui, je voulais être maman, oui j'aime mes fils et non je ne reviendrais en arrière pour rien au monde, mais il n'empêche que c'est parfois difficile. Je n'avais aucune idée que la maternité pouvait être si… complexe, si paradoxale. Je suis sûre que plein de mamans ne ressentent pas cette ambivalence, je suis sûre que d'autres la ressentent mais la regardent passer au loin, comme dans un rêve. Mais quand on est comme moi, à vif, tout prend des proportions extraordinaires. Je n'ai pas de recul. L'ambivalence est là, très forte, un coup oui, un coup non.

J'ai aussi une situation familiale particulière, quoique courante. Mon mari est artisan et travaille 7 jours sur 7, pratiquement 20h par jour. Nos parents travaillent encore. Je n'ai pas eu de place en crèche pour Hibou (alors que j'avais une promesse d'embauche, bref) et avec le chômage, il était hors de question de faire appel à un autre mode de garde, on aurait été perdants. Nous avons voulu faire des enfants rapprochés par dessus le marché, car nous sommes issus de fratries rapprochées, et parce que nous savions que notre famille n'était pas au complet avec un seul enfant. Bref, nous avons fait des choix. Parfois la vie a aussi choisi pour nous. Chaque situation familiale est différente mais peut-être (je dis bien peut-être) que mes moments de détresse viennent aussi de cette solitude, de ce rôle de maman qui ne s'arrête jamais, jamais, jamais. Jamais.

Je ne sais même plus pourquoi je vous raconte tout ça… J'ai perdu le fil, pardon. Je voulais juste dire que rien n'est tout noir ou tout blanc, je crois. Et que souvent on croit savoir, on croit comprendre une situation dans son ensemble alors qu'en fait tout ce qu'on voit, tout ce qu'on ressent n'est qu'à l'aune de sa propre sensibilité et de son propre vécu. J'ai lu un post qui m'a agacée parce qu'il m'a fait culpabiliser et me sentir une mauvaise mère, une mère non aimante. Je l'ai lu avec mes yeux et mon coeur de femme un peu paumée, un peu dépressive, très susceptible et j'ai réagi à chaud. Je voulais juste mettre un peu d'eau dans mon vin ce soir.

Et expliquer pourquoi on devrait tous éviter de juger l'autre. Mère indigne, mère parfaite, même combat.

 

 

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16 Comments on Je suis une mère indigne – suite et (presque) fin

  1. Coucou 

    Je sais que tu auras pleins de messages d'encouragements suite à ton poSt et que le mien sera noyé parmi tant d'autres mais j'espère qu'il te donnera le sourire : 

    Je ne commente pas souvent mais lis tous mais vraiment tous tes messages…

    J'adore car je ne suis pas d'accord sur tout avec toi (comme le portage  j'ai du porte avec les les portes bébés mes enfants 2 fois lol) mais je respect ce que tu fais j'apprends même pleins pleins de choses!!!

    Tu es vraiment importante pour moi si si j'adore te suivre sur fb  instagram  et tin blog bon pour snapchat je ne comprends pas tout je suis pas trop vieille pourtant mais quand ça veut pas ça veut pas 

    Bref tout ça pour te dire allez : tu as rails sur tout, tu es 1 maman qui déchire, 1 femme qui assure 

    Merci de nous faire partager ton quotidien j'évoque souvent ce que tu racontes dans mes conversations avec d'autres mamans c'est 1 réel bonheur de te lire et d'apprendre avec toi 

    Jimagine que les commentaires négatifs ne sont pas faciles mais je pense que tu as plus souvent des choses positives écrites et c'est le plus important 

    Ne change rien stp ou svp on se connaît pas assez mdrrt

    Vraiment encore merci merci pour tout tu me redonnes espoir en moi 

    À bientôt des zoubis 

  2. bel article, écrit avec le coeur ! vous avez raison, il n'y a pas de bonnes , mauvaises, indignes, il n'y a que des MAMANS qui font du mieux qu'elles peuvent, avec les moyens qu'elles ont 🙂

    bonne soirée

    Max Val

  3. Pfiou merci de t'être livrée comme cela. Être maman cest le plus métier du monde mais aussi le plus dur! Tu es une super Mama en tout cas!

  4. Et bien moi je suis une lectrice en mode petite souris, une de celles qui te lit avec plaisir sans jamais signaler ma présence par ici..

    ce soir je t écris juste parce que j intègre à 100% ce que tu viens de dire ! Je suis une maman comme toi qui est comblée, je suis la plus fière de mes enfants, je donnerai tout pour eux mais il M arrive comme bcp de maman d en avoir marre, d être fatiguée, de souhaiter qu une chose : des vacances seule sur une île déserte à siroter un petit mojito, ou mieux boire un café chaud (pas refroidi puis réchauffé au micro onde !) et pourtant je suis une mamange, j ai perdu un de mes 3 enfants, je mesure plus que quiconque la chance d avoir mon fils et ma fille en pleine forme à mes côtés mais Voila je suis tout simplement humaine, je suis comme toi .. 

  5. Ni indigne, ni parfaite, juste un coeur de maman..beau de tout l'amour qu'il renferme. Non ne pas se culpabiliser, juste croire en soi, à ses propres valeurs et être indulgente avec soi. Hold on, la roue tourne.

  6. J'en ai les larmes aux yeux, je viens de passer un an avec mes deux loulous à la maison (1 an et 3 ans 1/2). Je ne regrette rien mais j'avoue que j'en ai bavé, bosser 24/24 7/7 c'est épuisant malgré tous les bonheurs. Courage à toi, merci de dire ces choses, de decrire si bien cette ambivalence et de respecter chacune d'entre nous… 

  7. J'adore ton article ! Je m'y retrouve beaucoup 

    "Moi, par exemple, je suis hypersensible, ascendant susceptible, avec des tendances dépressives"

    on dirait ma description, je commence un traitement prescrit par ma psy, harçelement du taff je suis pourtant en conge …bref je suis censé être heureuse avec mon fils mais je suis au fond !

    mon homme est dans la restauration je ne le voit pas beaucoup non plus mais on s'accroche à notre fils ! Bon courage à toi et de toute façon on ne peut pas plaire à tout le monde 🙂

  8. Je crois que c'est le plus beau de tout tes articles… Tu nous ouvres ton coeur avec une générosité qui ne doit quasiment plus exister…

    Tu nous fais du bien mais t'imagines même pas à quel point! Tiens tu devrais même être remboursée par la sécu !

    Pourvu que tu récupères tout ces petits moments de bonheur que tu nous donnes un peu plus à chaque fois…<3

  9. Et bien, merci. Merci de dire tout haut ce que personnellement je vit aussi merci de partager ca je me sens moins seule. Je suis tres isolée contrairement à toi je ne vois que mon conjoint mais cest tout. Je vis dans une maison isolée sans permis et je m'occupe de mon fils qui est pour moi loin d'être facile 19mois et je suis fatiguée donc jai des moments de battement ou jai juste envie d'être tranquille seule mais ca n'arrive que quand il dort et cest moi qui l'endors 2/jour attendre à côté de lui 30min voir 1h meme plus des fois j'attends cette sieste avec impatience pour pouvoir me reposer cest pas bien? Tant pis j'aime mon fils je l'ai voulu mais je suis incapable pour le moment de le laisser à quelqu'un et pourtant j'en aurais besoin contradiction tu a dis? … 

    Sur ce après une belle terreur nocturne je vais essayer de me rendormir 3.11 cest tot ou tres tard

    Je t'ecourage vraiment à partager ce genre de chose tu jettes une bouteille à la mer, et tu tends une main réconfortante à des inconnues Merci  

    Desolée pour le #jeracontemavie.com

     

  10. Je me retrouve totalement dans cet article

    C'est ce que je vis en ce moment meme

    Voila 4 semaine que j'ai retrouvé du travail.Mon loulou de 17 mois a commencer chez la nounou hier nous devons egalement trouvé une 2eme personnes pour les matin et les soirs.

    Car oui j'ai trouvé du boulot mais en usine et cheri bosse aussi en usine donc il y aura deq semaines ou ca va coincé.

    Et pour ça je me sens coupable. Est ce que j'ai bien fait de reprendre le travail si tôt de devoir laisser mon bébé chez la nounou ma fille a la cantine TOUT les jours,une inconnue viendra quand ca coincera est ce qu'il seront bien.

    Toute ses questions sont pour moi sources d'angoisse et de crise d'angoisse.

    Mais nous n'avions pas le choix financierement ce n'etais plus possible ne pas pouvoir faire plaisir a sa fille a son mari.

    Bref comme a chaque fois tes articles sont vrailent tres bien ecrit et tres bien tourné

    Non tu n'et pas une mauvaise mère ou alors moi aussi j'en suis une(ca ne m'empeche pas de le penser si fort d'etre une mauvaise mere qui n'a aucune patience!!)

    Merci Delphine

  11. juste envie de vous faire un gros calin car je vous comprend et vous n’êtes pas seule <3
    amour et tolérance le début de la sérénité ( bon ok le chocolat et la glace à la vanille ça aide pas mal aussi 😉 )

  12. Je connais pas le blog depuis lgtps mais "j aime bcp ce que vous faites" comme on dit. Cette capacité à mettre en mots rigolos des choses qui sont pas Tjs vécues comme telles c pas simple. Et il est là le recul et il me semble que tu n'en manques pas. Et malgré tte l énergie qu on peut mettre à essayer d être une bonne maman tendance wonderwoman (tendresse patience douceur disponibilité écoute … et surtout jamais d impatience ou de colère) faut pas oublier qu on est pas seules ds l histoire et qu en particulier les mini nous ont parfois juste en tête de nous chercher jusqu'à nous trouver… Et que des fois ben ils arrivent juste à leurs fins.

  13. Merci. Merci de nous livrer tout ça. Je ne ressens pas exactement les choses comme toi et pourtant je te comprends. Je veux dire, je comprends ta façon de voir les choses. Elle est différente mais pas pire ou mieux que la mienne… Devenir maman c'est tellement bouleversant. Et pas toujours dans le bon sens. 

    J'ai aussi vécu des épisodes dépressifs, j'ai eu bcp de bas. Ma fille m'a donné une raison de vivre, pas parce que j'étais au bord du suicide avant elle! Mais parce que grâce à elle, je me suis rendue compte que je pouvais faire des choses bien. Qu'elle est LA chose bien que j'ai faite dans ma vie. Et j'en suis fière à un point….

    Merci encore. Merci mille fois. Ton écriture est superbe…. 

  14. ❤❤❤❤❤(j'espère que t'aimes les coeurs)

    Il est beau ton article ! Il est rempli de toi touteentière et il a un goût universel ! On fait toute comme on peut, là ou l'on en est dans nos têtes et avec ce que la vie nous apporte. 

    Je dis souvent que je suis unemère en carton. Utile,pratique etc… mais parfois je lâche, je craque… on fait au mieux et c'est souvent bien assez. 

  15. Ton post date un peu mais il m a fait tellement de bien…

    j ai commencé le TBC 3e semaine avec rééquilibrage nutritionnel sauf que j ai fait mes 2 dernières séances sous les cris de Mon fils de 11 mois qui ne supportent pas que je ne sois pas collée à lui tout le temps 🙁

    j en ai pleuré ce soir et je souffre terriblement de l ambivalence dont tu parles … je culpabilise terriblement j en veux parfois à Mon bebe de me rendre comme ça … puis je le serre dans mes bras en me demandant comment je peux penser une chose pareille il … 

    j ai failli aller voir un Psy 3 mois après l accouchement en pensant que je faisais du mal à Mon fils ( psychologiquement) mais des femmes m ont avoué être pire que moi laisser z leur mari tout gérer pour travailler plus tard … moi je ne peux pas il travaille 6/7J et parfois tard …

    on ne m avait parlé que de l accouchement … LOL … oui j ai eu mal oui mais c'était extraordinaire c'est indescriptible je revivrai cela demain s'il le fallait et avec le sourire

    Mais personne ne m a dit qu après ca… le mot ambivalence deviendrait mon pire cauchemar et pourtant Mon compagnon de vie…

    bref tout ça pour dire qu on se sent bien seule quand on ressent cela … Le Papa ne peut pas ou ne veut pas comprendre … les grands parents ont été élevés dans l idée de la dévotion de la femme à ses enfants et parfois à son mari… la société voit la mère comme une femme une épouse une Maman … la modernite quoi !!! Oui mais elle réussit à mener tout de front et est épanouie !

    ba non c'est dur atrocement dur … mais j aime Mon petit chou qui aura meme peut être un petit frere ou sœur un jour … j apprend juste à organiser ma vie comme JE l entends quoi qu en pensent les gens !

    je ne peux même pas imaginer la souffrance des femmes qui n arrivent pas à avoir d enfants ce doit être intolérable ( et j en connais dans ce cas) ! Mais ca n empêche pas de dire que c'est difficile la maternité d ailleurs aussi pour de nombreuses femmes ayant pourtant attendu des années pour y parvenir !

    ET Le TBC … MERCI !!! Seulement 3 semaines mais je réapprends a m aimer à aimer Mon corps à canaliser mes émotions à avoir confiance en moi … je maîtrise enfin quelque chose et j ai un but : 12 semaines de lutte pour Mon bien et non d autodestruction !

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