15h, maternité de l’hôpital Antoine Béclère, service des urgences obstétriques. “Bonjour, je viens accoucher”.L’infirmière au comptoir lève les yeux et me sourit. “Enfin, j’ai perdu les eaux, alors je devrais finir par accoucher quoi…” Elle prend mon numéro d’inscription et sort mon dossier en me demandant d’attendre qu’on vienne m’examiner. Mon mari roule des yeux et soupire “Non mais dis-lui A QUELLE HEURE t’as perdu les eaux, parce que bon…”

Mais je veux pas ! Je veux rien dire, parce que sinon ils vont lancer leur compte à rebours tout pourri et puis après, ils vont me faire un tas de trucs que je veux pas si le bébé ne sort pas assez vite à leur goût. Et puis j’aime pas l’hôpital ! C’est tout blanc et ça pue le désinfectant. En plus, ils vont me peser, et avec mes chaussures ! J’ai pas envie ! On peut s’en aller ? C’est Beyrouth dans mon cerveau. Je suis surexcitée “C’EST AUJOURD’HUI BORDEL” mais j’ai peur “Et s’il sort pas tout seul, si je n’arrive pas à dire ce que je veux et à tenir tête aux soignants qui voudront me piquer ?”

Au lieu de dire tout ça, je grince des dents : “A 8h.” – “Pardon ?” (regard incrédule de l’infirmière) – “Bah, j’ai perdu les eaux à 8h ! Sur le chemin de l’école quoi, voilà !”. Elle le note dans mon dossier. Pfffff traîtresse !

On me pèse, avec mes chaussures. Est-ce que quelqu’un peut me dire pourquoi j’ai été accoucher en Stan Smith svp ? Dieu merci, j’ai la version à scratch, c’est déjà ça. Parce que j’ai pas fini de les enlever et de les remettre.

Je m’allonge pour que la sage-femme vérifie si j’ai bien perdu les eaux. Mais ma bonne dame, on me la fait pas à moi, c’est la 3e fois ! Alors oui, pour Hibou, j’ai cru être devenue incontinente stade 12, mais depuis, j’ai progressé en reconnaissance de liquide amniotique. Je te dis que j’ai perdu les eaux. Je baisse ma culotte et là “Ouh la, ah oui, bon pas la peine d’aller plus loin, en effet”. AH TU VOIS.

Elle regarde quand même mon col. “Il est ouvert à 2, bien mou mais le travail n’a pas commencé”. Ce voyage au coeur de mon intimité vous est offert par l’APHP.

Et là, sans prévenir, LA question. Celle que je redoute entre mille. “Vous voulez la péridurale ?”

NON. NON. NON. Je tremble un peu mais c’est maintenant ou jamais : je lui tends mon projet de naissance. Souviens-toi, celui que j’ai modifié et imprimé le matin-même, à 7h02. Je lui dis “Non merci”.

Et elle me répond un truc extraordinaire, auquel je ne m’attends pas du tout : “Très bien, je vais regarder ça, pas de péri, c’est noté.”

OH PUTAIN !!!!Je sais pas si elle a lu mon dossier, si des pages se sont perdues ou quoi mais rien, pas un “Mais avec votre coeur, là, on devrait…, on aimerait…” juste un bon gros OK, tout simple.

J’ai les mains (et le sillon inter-seins disons-le aussi) moites, et la gorge toute sèche. Ils sont OK ! Je vais accoucher sans péridurale. Je n’ai même pas de mots pour exprimer la joie intense que je ressens, j’ai envie de sauter partout (et aussitôt le poids indiqué par la balance me revient en mémoire : mauvaise idée). Personne n’a essayé de me faire changer d’avis ou pire, de me forcer !

Je fais un petit monito de contrôle et ô -fausse- joie, j’ai 3 grosses contractions ! Et puis plus rien… Dis-donc bébé, on a un créneau là, je sais pas combien de temps ils vont mettre à se rendre compte que l’anesthésiste a écrit en police 32 rouge souligné “PERIDURALE INDISPENSABLE” dans le dossier, alors sors nom de Dieu !

“Bon, le travail n’a pas commencé et puisque vous ne voulez pas de péri, vous pouvez aller vous balader. Vous voulez un ballon pour vous asseoir ?”

OH PUTAIN !!!! La dame me propose un ballon ! Un ballon quoi ! Viens-la que je t’embrasse, toi ! On est dans une maternité niveau 3, hier l’anesthésiste m’a traumatisée au téléphone pour m’obliger à prendre la péri et toi tu me dis “Ok pas de péri” et tu me files un ballon ? Mais je t’aime !

Au lieu de dire tout ça, je prends le ballon et on s’installe dans le patio de l’hôpital. Mon mari me fait rire, il me prend en photo. Moi qui ne m’aime pas tellement, je me trouve désormais si belle sur ces clichés, les derniers des derniers de moi avec toi dans mon ventre, mon bébé.

Il est 17h, je n’ai pas de contractions, mais j’ai le coeur qui bat la chamade et le sourire aux lèvres. Pas de péridurale. Mon rêve est en train de devenir réalité…

Dans le patio, avec mon gros ventre, perchée sur mon gros ballon, j’installe une appli pour chronométrer les contractions, peut-être que ça les fera venir…

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5 Comments on Bonjour je viens accoucher

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