Je me suis jamais vraiment positionnée pour ou contre la fessée. Je veux dire, dans le débat sur l'interdiction de la fessée, je me suis jamais vraiment prononcée clairement. Telle la Suisse, je préfère dire "je sais pas, chacun devrait être libre de faire ce qu'il veut". Oui je sais, c'est lâche. Sauf qu'aujourd'hui, mon cerveau a vrillé. Un vrai bon gros 360. J'étais dans le couloir quand j'ai entendu "Non, Gustave, pousse-toi !", 3 fois le bruit d'une claque, puis Gustave se mettre à hurler.

Mon coeur de Maman s'est mis à battre tellement fort, j'ai fait les trois pas qui me séparaient de la chambre, et j'ai mobilisé toutes mes ressources, j'ai été puisé au plus profond de moi-même pour ne pas hurler à mon tour sur Oscar. J'ai ramassé Gustave, et j'ai demandé, le plus calmement possible "Qu'est-ce qu'il s'est passé ?" "Z'ai tappé Gustave, Maman." Je ne suis pas sûre, je n'ai rien vu, je ne veux pas réprimander Oscar s'il n'a rien fait. Je lui redemande "Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Montre-moi ce que tu as fait", avec une voix toute douce, pour l'encourager à se confier.

Il me répète "Z'ai tappé Gustave. Comme ça". Mon coeur s'est brisé en mille morceaux, j'ai dû me retenir pour ne pas fondre en larme en le voyant mimer. J'ai couché ustave qui est malade depuis 3 jours et qui n'en pouvait plus et je suis venur m'asseoir à côté d'Oscar. Je lui ai fait un câlin et je lui ai dit "personne ne peut taper personne. C'est IN-TER-DIT. Oscar ne peut pas taper Gustave, Gustave ne peut pas taper Maman, Maman en peut pas taper Papa. Personne. C'es interdit."

Et c'est à ce moment-là que j'ai compris. Je ne me suis jamais positionnée ni pour ni contre l'interdiction de la fessée car en réalité, c'est déjà tout bonnement interdit. Personne n'a le droit de frapper qui que ce soit. Je veux dire, c'est dans le code civil, quoi. Si demain je me lève et que je frappe mon voisin (noooon je n'en ai pas du tout envie, non, non, non), il portera plainte et j'aurais de gros soucis. Si demain une mamie agacée par le bruit de mes gosses aux square arrive et leur fout une tarte, elle aussi aura de gros ennuis (avec moi mais aussi et surtout avec la justice). Si demain, la maîtresse gifle un enfant, pareil. Si demain un parent met une fessée à son gamin, par… Ah ben non.

C'est quand même bizarre. Que ce soit le fait qu'il s'agisse de son propre enfant qui donne le droit d'en disposer. Je ne suis pas d'accord. La loi est très claire et c'est la même pour tout le monde. Du coup je m'interroge, d'où vient le débat en fait ? Ah oui, certainement rapport au fait que les enfants ne peuvent ni ne savent se défendre seuls au début de leur vie. Certainement rapport au fait que quand la baffe vient de la personne même qui est censée t'enseigner que "non, personne ne peut frapper personne", y a un truc qui déconne.

En discutant avec Oscar, j'ai compris. J'ai compris qu'on ne pouvait pas décemment justifier un quelconque geste violent envers son enfant. Sinon, comment lui faire comprendre que lui-même ne peut pas céder à ces pulsions (que l'on ressent tous et qu'il est normal de ressentir) ? J'entends d'ici les "Ouais, mais ça a jamais tué personne" Pardon, mais outre le fait que si, des enfants sont déjà morts sous les coups de leurs parents, et pas qu'un peu malheureusement, je trouve cette justification particulièrement stupide et abjecte. Et puérile. Encore que non, même pas, parce que les enfants justement, n'ont pas ce raisonnement. J'entends aussi les "Oui, mais bon, y a fessée et fessée hein. On est pas obligés de sortir le fouet non plus". Mais putain les gras, on parle pas d'intensité, ni de forme, on parle du fond, du GESTE.

Honnêtement, je serais curieuse d'entendre comment les parents qui donnent la fessée expliquent à leurs enfants qu'eux ne doivent pas tapper leur voisin, à la crèche ou à l'école. Ne dit-on pas que charité bien ordonnée commence par soi-même ? J' m'interroge.

Attention hein, je jette pas la pierre, et étant loin d'être un exemple, j'ai déjà craqué, j'ai déjà giflé Hibou (j'en avais parlé sur le blog d'ailleurs). Et il m'arrive encore de sortir de mes gonds, de lâcher une tappe derrière les oreilles, un peu comme Gibbs si tu vois de quoi je parle, de crier, de vociférer. Je pense qu'on a tous nos limites, et que c'est aussi important de l'expliquer à nos enfants, ma foi. On est pas de smachines et quand on est à bout, ça pète. C'est une leçon de vie. Et c'est notre job de leur apprendre (un peu) la vie. Mais au fond du fond de mon coeur de Maman, la fessée, c'est NON.

 

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6 Comments on La fessée

  1. C'est pas si simple de prendre position sur ce sujet sensible… Mais que tu as mille fois raison! La loi est la même pour TOUT le monde.. Pourquoi peut-on encore taper son enfant sous prétexte de l'éduquer?

    Comment faire comprendre à l'enfant qu'il est interdit de taper si soi-même on le tape? Quelle logique apprend t-on à son enfant?

    Bien sûr que c'est pas simple… faut lutter contre sa propre éducation et contre la violence qu'on a tous au fond de nous… Enfin bref.
    Merci pour ton article 🙂

  2. Bon je suis pas encore maman, j'espère ne jamais être hors de moi (on peut rêver) mais y'a un truc que je differencie c'est la baffe et la fessée. Pour moi une fessée c'est sur la couche, protégé par des vêtements et effectivement ce qui reste c'est le geste, pas la douleur…disons que pour moi la fessée surprend et fait mal uniquement à l'égo de l'enfant, il a honte de se faire punir pour une betise, mais il n'a pas mal (c'est ce qu'il me reste de mes fessées en tous cas)…le même geste peau à peau me gène terriblement par contre… après je reconnais que même dans ma conception de la fessée il reste l'acte physique pour réprimander, qui pourrait se faire avec encore moins de violence, à la voix, de manière encore plus pédagogique. Pour avoir vu la femme la plus patiente du monde tenter de raisonner en vain son enfant qui hurlait pour un caprice pendant plus d'une heure, je suis pas non plus convaincue que ce soit la meilleure solution du monde…

    • Je ne vois pas en quoi c'est constructif et utile pour l'enfant d'être humilié et d'avoir mal à l'ego, comme tu dis. 

      Je suis contre toute forme de violence, qu'elle soit physique, verbale, ou psychologique encore. Et pourtant, des fois je perds patience face à mon fils, comme tout le monde. Mais n'importe quel parent qui a déjà eu une attitude violente envers son enfant comprend tout de suite que c'est n'était pas la solution, tout au plus un défouloir de façade.

      C'est quand même terrible qu'avec l'argument "ce sont nos enfants, on fait bien ce qu'on veut", certains parents pensent que cela les autorise à faire du mal à leur enfant, physiquement ou psychologiquement. Et dans le fond, avant d'être "nos" enfants, ce sont de petites personnes à part entière qui ont le droit au respect et à la protection de la justice, comme n'importe quel adulte!

      Comme dit dans cet artcile, il ne devrait même pas y avoir à légiférer sur la fessée ou la clque, parceque la loi dit déjà qu'on a pas le droit de frapper quelqu'un, point barre. 

       

  3. Juste un mot, MERCI. Je suis contre la fessée et toutes formes de geste violent depuis le jour où mes nerfs ont pris le dessus et que j'ai donné une tape forte sur la main de mon fils, je n'ai pas contrôlé l'intensité de mon geste, OK je lui ai pas dezingué la main non plus, mais j'ai vu son visage changer d'expression, se crisper et pleurer… de douleur. Et je m'en suis voulue au plus profond de moi même la seconde d'après parce que oui j'ai craquée, oui c'est la vie, oui nous ne sommes pas des machines mais je ne voulais surtout pas lui faire mal hors c'est ce que j'ai fait parce que j'ai pas contrôlé. Moi ça maman, qui lui ai promis d'être toujours là et de ne jamais lui faire du mal j'ai fait l'inverse. Alors je me suis dit "plus jamais"… je sais qu'il n'est pas malheureux pour autant mais je n'en veux pas de cette violence parce que oui, même une simple tape sur les mains c'est violent. alors lire ton article est une véritable bouffée d'air qui me déculpabilise et ça fait du bien! je sais que mes nerfs prendront le dessus parfois mais je ferai en sorte de palier à ce mode d'éducation dont  je ne veux pas. 

  4. Bonjour à toi, je découvre ton blog, vraiment sympa! Cet article me parle, je ne m'étais jamais trop posé la question auparavent, j'ai été éduquée avec des fessés, et je me disais "je vais bien je suis équilibré…", oui mais trés timide, et encore aujourd'hui à presque 30 ans je n'ai aucune confiance en moi (ou trés peu, je me soigne.. lol) , alors devenu récemment maman, je me pose des questions, je réfléchis, je dit a ma puce qu'elle ne doit pas taper que ça fais mal…. Comment lui expliquer ensuite que je lui donne des fessés pour son bien, car désormais, pour moi, douleur ou non le geste est là….Devenir maman rend (un peu) philosophe. Encore merci !

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