Si t'as bien suivi, tu sais que je viens d'arriver en salle de travail, à peu près 6h après avoir perdu les eaux, et 4h après être arrivée à la maternité. (Si t'es en retard, passe donc ici et )

On m'installe, je suis dilatée à 4, j'ai mal. On me dit que l'anesthésiste va bientôt venir. Mamma mia ! J'ai peur… La péridurale, je n'en voulais pas. Mais j'ai une malformation du dos, et si jamais il y a des complications et que ça se termine par une césarienne en urgence, ce sera sous anesthésie générale si je ne prends pas la péri. Je veux voir mon bébé naître, moi. Alors à contrecoeur, au nom du sacro-saint principe de précaution, j'accepte qu'on m'enfonce une paille dans la colonne vertébrale (si j'avais su !). Rien que d'en parler, j'ai la nausée et le palpitant qui s'emballe.

Je t'ai parlé de ma phobie des aiguilles ? Des piqûres ? Des hôpitaux ? Bon, ben voilà, maintenant t'es au courant. Alors comment te dire que quand l'anesthésiste arrive et demande à Papounet de sortir, je m'effondre. Déjà on va me perforer le dos, mais en plus personne n'est là pour me soutenir !! Ah si, il y a cette petite infirmière qui se met en face de moi, qui me parle avec sa voix douce et qui me dit de bien faire le dos rond. Je lui laboure les avant-bras et j'explose en sanglots. Des gros pleurs de bébé, en mode limite le nez qui fait des bulles quoi. Elle me regarde compatissante et me dit "Ne vous en faites pas, on va vous anesthésier pour vous poser la péridurale". (Aparté : euh, y a que moi que ça fait délirer qu'on m'anesthésie pour m'anesthésier ? Hahaha !) Bref, je la regarde et j'essaie de lui expliquer : "M-m-m-mais, j-j-j-j'ai pas p-p-p-peur d'av-v-v-voir m-m-m-mal !!! J-j-j-j'ai peur d-d-d-d-des p-p-p-iqûres !!"…

Le plus affreux, c'est qu'effectivement, ça ne fait pas MAL, mais qu'on sent tout, En tout cas, moi je me souviens très bien de la sensation d'un truc qu'on enfonce dans le dos, BEURK.  Mais au moins, Papounet peut revenir, ouf.

D'un coup, tout le monde s'en va, on nous laisse un peu d'intimité… Et là… Et là commence mon voyage aux pays des bisounours ! Oui, oui tu as bien lu, au pays des bisounours. Ou de Candy si tu préfères. J'étais arrivé à 4 de dilatation sans trop de difficulté. Vers 14h, injection du produit miracle de la péri. 14h08, je me sens comme Jacquouille dans les Visiteurs, quand il est empoisonné par la sorcière. Alors non, je ne vois pas Papounet avec une face de rat (Dieu merci !), mais par contre, je vois mes jambes s'allonger, s'allonger, s'allonger encore et encore. Je dis à Papounet : "Wouaaaah, t'as vu mes pieds ?? Ils sont looooooin !!" Mais oui mais oui… L'anesthésiste repasse la tête par la porte pour me demander si tout va bien. "Dites-moi, docteur, dans la perf, c'est pas JUSTE pour endormir les jambes ??" Ah ben non, il y a aussi un petit décontractant à base de morphine ! Aaaaah mais oui, bien sûr ! C'est donc ça…

Une infirmière vient et me dit que je peux appuyer sur le petit bouton, là, pour remettre du produit si je sens la douleur revenir… La dou-quoi ? Meuf, je sens plus mes jambes, je suis en mode Intouchables, donc si tu veux la douleur… Mais bon, elle insiste, me dit que je suis grande et que je ne dois pas attendre d'avoir mal pour appuyer. Dès que j'ai des sensations "désagréables" qui reviennent, je dois peux appuyer. OK ma bonne dame !

Tiens, c'est moi ou il fait froid ici ? Aaaaah une petite couverture, youpi. Bon et tant qu'à faire, je suis sur un lit, alors… "Papounet, tu peux éteindre la lumière, please ?" Aaaaah parfait, je vais pouvoir piquer un petit roupillon.

Papounet me regarde, je crois qu'il trouve ça très drôle de me voir planer, dans la mesure où je suis moi-même zen et avec la banane. Il regarde le monito et me demande, incrédule : "Mais tu ne sens vraiment RIEN là ?? Nan parce que les contractions elles en rentrent même pas sur la feuille…" Je sens rien de rien mon bon ami. R-I-E-N. Ah si, ça me démange. De ouf. Alors je commence à me gratter les jambes (enfin les cuisses, hein parce qu'à 9 mois de grossesse, comment te dire… Tes mollets, tes pieds, tes genoux ne sont plus qu'un lointain souvenir) et le bide. Sauf que là, Houston, nous avons un problème : je ne sens RIEN. Je sais que tu sais, mais imagine : t'as des démangeaisons de folie, tu te grattes sauf que tu sens pas que tu te grattes… Ubuesque ! Bon ça sert à rien, j'abandonne !

Je crois que je commence à ravoir des sensations… Je sais que je ne voulais pas de la péri, mais bon… foutu pour foutu, j'appuie sur le bouton en mode vénère. Je ne plane plus, je suis en ORBITE. De temps en temps, une sage-femme vient (pfff relou, faut rallumer, ça me sort de ma transe reposante) vérifier que tout va bien (traduction : que le col s'ouvre au max). A 16h30, elle vient nous voir et me dit "Ah ben vous êtes à 8, vous avez bien travaillé ! La prochaine fois qu'on se voit, vous allez pousser ! A plus !" Euh… là comme ça, tu me sors que je vais pousser : AAAAAAAAAAAAHHHHHH !!! Mais j'ai peur ! Vais-je arriver à mettre mon Pois Chiche au monde ?? (Oui, je suis au courant qu'à ce jour, aucun enfant n'est resté dans le ventre de sa mère, hein, mais sur le moment…)

17h, elle revient avec tout un tas de personnes, pour moi c'est Chemise-Bleue ou Chemise-Rose, je te rappelle que je suis droguée à balle sous péridurale. Et là, après 8 mois à te faire trifouiller la schneck dans tous les sens et où tu crois que t'as plus de dignité parce que ta poche des eaux a fui sur le sol de la salle d'examen des urgences, tu perds VRAIMENT ta dignité : on te vide la vessie. Je te passe les détails mais moi, j'y ai eu droit 2 fois (oui, parce que j'avais grugé, j'avais bu pendant le travail, alors que normalement, faut SURTOUT pas boire quand t'as la péri, une autre raison pour laquelle j'en voulais pas d'ailleurs).

Je te passe le fou rire quand il a fallu mettre les jambes sur les étriers et que toute la salle a eu un temps d'arrêt parce qu'ils étaient réglés sur la position "femme d'1,50m" (je pense) alors que je fais 1,80m !! Bref, les derniers réglages effectués, on me demande d'attendre une contraction et de pousser. Nan mais ouhooouuu, t'as pas entendu quand je t'ai dit que j'étais une femme-tronc ?? Bref, heureusement qu'on me dit quand c'est le moment, et là, je donne tout ce que j'ai. Une deuxième fois, je suis à fond.

STOP. On arrête tout. "Vous ne sentez rien Madame, en fait ?" Mais naaaaaan puisque je vous dis qu'une moule a plus de sensibilité que moi en cet instant précis. Et là, re-adieu à ma dignité bis : "Eh bien, il va falloir pousser, comme si vous alliez faire caca…" Et moi de répondre (toujours sous l'emprise de la drogue péri) : "Aaaaaaah mais oui, je vois !!"

20 secondes plus tard, mon bébé était là. Et toutes les mamans du monde seront d'accord pour dire qu'il n'y a pas de mots assez forts. Donc ça sert à rien que je m'épanche sur le sujet, d'autant plus que les choses se sont vite gâtées (mais résolues ensuite, ouf) à partir de là. Je vous en parlerai bientôt (ou pas, je sais pas encore, car c'est assez dur, encore aujourd'hui…).

Bref, Oscar est né à 17h30, après un travail rapide (et sans douleur puisque sous morphine), sans instruments, sans épisio. Avec juste 4 poussées (dont 2 inutiles, n'est-ce pas), 2 pauses-pipi imposées, 3 fous rires et du bonheur à ne plus savoir qu'en faire. LE PIED.

 

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1 Comment on Le jour où j’ai accouché #3

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