Je regarde cette photo et elle me soigne. Elle panse mes plaies.

Qui d’autre ? Qui d’autre pour te porter à l’intérieur pendant 39 longues semaines ? Qui d’autre pour te porter à l’extérieur pendant tout le temps nécessaire ? Qui d’autre que MOI ?

D’un seul coup, je me sens si forte, si belle. Alors oui, je pleure depuis deux jours, j’ai l’impression que j’y arriverai jamais, que je suis nulle. Je perds patience, je perds bienveillance, ça déborde, ça crie, ça coince, « ça me tragique, ça me cruelle, mais j’y peux rien »*.

Et puis je vois cette ligne brune sur mon ventre. Je la regarde. Elle est si belle. Comme un fil qui relie tous les mondes. Le tien, le mien, le dedans, le dehors. Ah ça oui, je voulais l’immortaliser cette ligne, cette ligne de vie.

Et puis je vois mes bras qui t’entourent. Mes grands bras, toujours trop ci et pas assez ça. Et pourtant. Mes grands bras, ta première maison. Celle où tu seras toujours, TOUJOURS le bienvenu, quoiqu’il arrive.

J’ai pas beaucoup de certitudes, mais que c’est bon de pouvoir compter sur celle-ci, au moins. Pour vous mes fils, je serai toujours présente.

Et puis je vois mon cœur qui bat. Qui bat chaque minute un peu plus fort depuis que tes frères et toi êtes entrés dans ma vie.

Cette photo, c’est le symbole de ma puissance, de ma force. Oh, je ne suis pas bien riche, j’ai un job précaire, les fins de mois sont difficiles et on vit entassés à 5 dans un 3 pièces, mais j’ai confiance.

J’ai confiance en moi. L’autre jour, je me demandais si plus tard, vous seriez en colère ou déçus de nous, vos parents. Et puis j’ai pensé « Mes choix sont les BONS parce qu’ils ME rendent heureuse ».

Voilà le cadeau que je vous fais. Apprendre à faire les choix qui vous rendent heureux, même si évidemment viendra forcément le jour où vous douterez -comme moi aujourd’hui.

Bien sûr, d’autres te porteront, bien sûr, des milliards de femmes ont porté, portent et porteront la vie. Mais ont-elles conscience de leur force, de leur puissance ? Sont-elles fières d’elles ? Se rendent-elles compte à quel point, jour après jour, elles gravissent des montagnes ?

Ce n’est pas parce que d’autres l’ont fait que c’est plus facile. Ce n’est pas parce que tout va bien en apparence que c’est plus facile. C’est une histoire de moi à moi. Une histoire de mère, et de tempête intérieure.

Je suis mon propre capitaine, je suis mon propre vaisseau-mère, à la fois mère et mer, je navigue tantôt sur une mère** d’huile, tantôt sur une mère agitée, houleuse ou carrément déchaînée.

Ainsi va la vie. La vie qui, finalement, ne suit que rarement la ligne de la photo.

Je contemple cette photo et je fais la paix avec mes blessures. Je suis si forte. Bien plus forte que personne ne le verra jamais.

 

Photos par ma tendre amie Marion Leuger : https://www.marion-leuger.com/seance-photo

* Bénabar

** Oui, c’est écrit mère à la place de mer, c’est fait exprès.

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