Ca y est, les enfants sont à l’école, je me sens soulagée. Je rentre à la maison, je sais que je ne vais pas accoucher dans la minute : je n’ai pas l’ombre d’une contraction.Mon mari arrive, avec deux énormes pains aux raisins tout frais, mes préférés. Je les dévore, parce que bon, ON SAIT PAS. On sait pas quand, ni n combien de temps, ni rien du tout. Alors dans le doute, j’avale les deux. Je finis mes valises, je me prends en photo, là dans le miroir de la chambre en jachère. Je suis belle. Je me tiens plus où moins là où on a prévu de mettre le lit du bébé. Ah oui tiens, on a pas encore le lit. Le lit cododo, dessiné par moi et fabriqué par Papi et ses mains experte. Bon ceci dit, il a encore 3 ou 4 jours pour le terminer, pendant qu’on sera à la maternité.

A la maternité… je ne veux pas y aller avant le début du travail. Comme ça, personne me fera chier avec la péridurale, personne ne m’interdira de manger, de bouger ou de me laver.

D’ailleurs, je vais prendre une douche de ce pas. Parce que, c’est comme pour les pains aux raisins, ON SAIT PAS. On sait pas quand ni comment je pourrai me laver une fois à l’hôpital. Par contre on sait que dans la maternité, il fait approximativement 120 degrés. Donc se rafraîchir avant d’y arriver, c’est pas du luxe, c’est plus stratégique tu vois.

Il est 10h30. L’oeuf est ouvert depuis 2 heures et demi. Je suis propre, rassasiée, et mes valises bouclées. Mon amoureux est là. Et rien. Pas l’ombre d’une contraction, toujours pas.

On se mate un truc en replay. Puis deux, puis trois. On s’ennuie. Mais hors de question de partir maintenant. De la naissance du Gluts (perte des eaux à 5h du matin, contractions à 19h, naissance à 21h03), je garde ce souvenir : mieux vaut se faire chier chez soi qu’à la maternité !

Bon alors, les contractions, vous venez ?!

Tant qu’à rester à la maison, je vais changer les draps des gars, tiens. Et puis lancer une lessive. Et puis vider le lave-vaisselle et en lancer un autre. Ah, puis y a ces trucs à ranger là. Et ici aussi. Et puis tiens, je vais changer nos draps aussi, comme ça en rentrant de la maternité, j’aurai des draps propres.

L’amoureux va dormir. Parce que, c’est comme pour la douche, et les pains aux raisins : ON SAIT PAS. On sait pas quand ni où ni comment on pourra dormir la prochaine fois. On sait surtout qu’on risque de pas dormir avant un certain temps. Et puis bon, les draps sont tout propres.

Moi, je ne dors pas. Je suis excitée comme une puce à l’intérieur. C’est aujourd’hui. C’est aujourd’hui que je vais rencontrer mon bébé ! Enfin… si mon utérus se décide à entrer en mouvement.

Les heures passent, je perds confiance momentanément de temps à autres. Et si… Et si jamais je chope une infection ? Et si le cordon est mal placé ? Et s’ils me déclenchent à l’hôpital ? A chaque fois, bébé bouge, comme pour me dire “Fais-moi confiance, je suis là, tout va bien”.

14h, je suis au bout du rollmops de l’ennui. Toujours rien. Ca fait 6 heures, je sais que le temps est compté avant que mon amoureux se mette à flipper et m’embarque pour la maternité.

Alors je prends les devants, je vais aller faire des courses. Peut-être que marcher, faire la queue, porter, ça fera avancer le schmilblick. Je ne veux pas aller à la maternité avant le début du travail… S’il te plait mon bébé, c’est important pour moi.

14h11 “Chéri, je vais au super U”. L’amoureux se réveille en sursaut : “Hein ? Quoi ?! Mais t’es ouf ??? – Bah non, juste en train d’accoucher… enfin presque. Enfin j’aimerais bien”.

Et je m’éclipse. J’avoue, j’ai fini le Nutella et le beurre de cacahuètes que j’avais achetés pour le séjour à la maternité. Il m’en faut d’autres, du coup.

Dans le magasin, je flâne, je traîne, je prends ce qu’il me faut mais je prends surtout le temps de faire touuuuuus les rayons. Sait-on jamais. Je ris intérieurement : je suis en train d’accoucher quoi. Mais personne ne le sait, c’est mon secret.

A la caisse, une gentille dame veut me laisser passer : “Oh non, merci Madame, mais vraiment je peux attendre mon tour ! – Non mais allez-y, je sais ce que c’est ! (On parie ? Tu sais ce que c’est de vouloir faire la queue dans l’espoir de te mettre à contracter parce que c’est AUJOURD’HUI ?) – Non, non, vraiment, non merci ! (mais LAISSEEEEEE-MOI faire la queue je te diiiiiis)”.

Toujours rien. Je remonte à la maison. C’est cool, y a une bête de côte, je sens qu’elle va tout débloquer et je vais accoucher en arrivant chez moi. Hashtag éternelle optimiste.

14h35, je suis devant l’immeuble. Et rien. Je ne veux pas aller à la maternité avant le début du travail, ils vont me saouler, ils vont me forcer, je le sais, je veux pas.

Mais quand même. Je suis pas médecin, ni sage-femme. Est-ce que tout va bien pour mon précieux bébé ? Et son coeur ? On sait pas. Je dégaine mon téléphone et j’appelle ma sage-femme (une femme exceptionnelle soit dit en passant) pour lui faire part de mes doutes et de mes craintes. Très calmement,, avec beaucoup de douceur, elle me dit ce que je n’ai pas envie d’entendre : “Delphine, allez à la maternité pour contrôler que tout va bien. Posez votre voix, ne vous laissez pas submerger par l’émotion, les blouses blanches et le reste, restez-vous et tout ira bien. Mais il faut y aller”.

Chiottes. Le travail n’a pas commencé, et on part à la maternité.

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1 comment on “L’ennui”

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