Cela fait longtemps que cet article me trotte dans la tête. Et aujourd’hui après une nouvelle discussion avec mon amie Ariane, je me lance. Je voudrais parler des Oubliés. 

Les oubliés de l’éducation positive, les oubliés de la parentalité bienveillante. LES PARENTS. Si tu as confiance en toi, si tu as une bonne estime de toi, si tu n’es ni hypersensible, ni hyper empathique, ou si tes parents t’ont donné les outils pour t’aimer et penser à toi, il y a des chances que cet article ne te parle pas. En revanche, si tu passes ton temps à te remettre en question, si tu doutes perpétuellement, si tu te sens perdu(e), noyé(e), alors je voudrais te dire que tu n’es pas seul(e), que je pense à toi, que je suis comme toi.

Cette nuit, mon bébé n’a pas dormi. J’ai travaillé tard, jusqu’à minuit passé. Premier réveil, minuit et demi, je n’avais pas encore fermé l’oeil et tant mieux en un sens. Deuxième réveil à 2h30, impossible de le rendormir pendant 2 longues heures. J’ai essayé, j’ai cajolé, j’ai allaité, j’ai porté puis je me suis emportée. J’ai quitté la chambre pour aller me calmer parce que c’était trop. Puis je suis revenue, j’ai repris mon bébé dans mes bras et je me suis excusée.

Pardon… Pardon de ne pas être parfaite, pardon d’être faillible, pardon de ne pas être à ta hauteur.

Ces moments, on les vit tous en tant que parent. Ce qui change, c’est notre perception, et ce qu’on va en faire. Moi quand ça m’arrive, j’ai un goût de fin du monde dans la bouche. Comme si j’étais indigne. Indigne d’avoir des enfants si merveilleux, indigne d’être maman, indigne d’être aimée et pardonnée. C’est très violent comme sentiment. La peur de l’abandon, le rejet de soi-même, l’impression de ne pas “mériter” sa famille, sa vie, sa place.

Si tu ne vois pas de quoi je parle, tant mieux pour toi, vraiment.

Mais je crois que nous sommes nombreux à traverser ces émotions. Et pourtant… Tous ces livres qui parlent des émotions de l’enfant, tous ces manuels de parentalité positive, tous ces jolis comptes Instagram qui dénoncent les violences éducatives ordinaires… A quel moment en parlent-ils ? A quel moment parlent-ils de NOUS, les parents ? De nos émotions, de ces moments de doute, de panique, de fatigue ?

A quel moment nous prend-on dans les bras en disant : “Ceci est TON espace, tu y es le bienvenu, tes émotions sont légitimes, tu as le droit”. C’est pourtant tellement nécessaire, et vital ! S’entendre dire par ses pairs que c’est OK, qu’on a le droit, qu’on peut ressentir de la rage, de la haine, du rejet, de la culpabilité sans pour autant être un monstre.

J’ai l’impression de vivre dans un monde parallèle, d’être perpétuellement sur la touche. OUI, mes enfants sont importants. OUI, je les aime plus que ma propre vie. Paie ton paradoxe d’ailleurs. Je les aime plus que ma propre vie et pourtant, sans ma vie à moi, ils ne seraient pas là…

J’aimerais que tous ces bouquins, tous ces docteurs et ces scientifiques qui défendent et se font la voix des enfants nous disent aussi que NOUS sommes importants, nous parents. Et qu’être bienveillant et positif est IMPOSSIBLE si on ne l’est pas D’ABORD envers SOI. Dit comme ça, ça a l’air stupide, et pourtant. Remettre le parent au CENTRE, car oui, c’est un monde, un roc, un abri dans la tempête et s’il prend l’eau, comment pourrait-il abriter, protéger et guider ses petits ?

Et NON, il n’y a pas de honte à vouloir se faire passer en PREMIER, au contraire. Remplir son réservoir à SOI. Je ne parle pas de se vernir les ongles de pieds tous les 6 mois. Non je parle de dormir, de manger chaud, de lire, de peindre, de rêver, de ne rien faire. Regardons nos enfants. Que nous apprennent-ils ? La curiosité, la résilience, la bonté et l’hédonisme.  Ce sont pour moi, leurs principales aptitudes et appétences.

Je ne suis pas une pro de l’enfance, ni des neurosciences. Je ne suis pas non plus psy ou coach en développement personnel. Mais un enfant n’existe pas sans parent et un parent n’existe pas sans enfant. Si seulement on pouvait considérer ce microcosme comme un tout, où CHAQUE élément a son point d’équilibre, ses besoins et ses aptitudes, alors je crois que je me sentirais mieux. Peut-être même que certains burn-outs pourraient être évités, qui sait ?

Surtout, je ne me sentirais plus oubliée sur le bord de la route. Je n’aurais plus l’impression de devoir CHOISIR entre eux, mes enfants, et moi. Et de me sacrifier. Perpétuellement.

Aujourd’hui, je ME choisis. Je choisis de mettre mes besoins au même niveau que ceux de mes enfants. Il nous reste le plus difficile : accorder nos violons. Parce qu’évidemment, dans la vraie vie, je suis l’adulte et certaines responsabilités m’incombent, j’ai aussi certaines possibilités qu’eux n’ont pas encore… Mais je me choisis, moi.

De faire ce que j’aime. De vivre. De respirer, de bouger. Et ce qui est génial, c’est qu’en faisant ça, j’entraînerai mes fils dans ma ronde. Je leur enseignerai que chaque être est important, chaque être a sa place, chaque être a son rôle à jouer. D’égal à égal. Je leur apprendrai à s’aimer, à se choisir, à ne pas s’oublier.

Et toi, tu t’es déjà senti(e) “oublié(e)” ?

 

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7 Comments on Les oubliés

  1. c’est l’histoire de ma vie: faire passer les autres avant soi même (vive l’hyper emphatie/ hypersensibilité 🙂 ) mais j’en ai pris conscience et petit à petit je chemine et j’accepte de me faire passer en premier.
    Oui, je suis aussi importante que les autres. Oui j’ai des envies , des besoins comme tout le monde et oui, je dois les prendre en compte.
    Non, cela ne fait pas de moi un monstre d’égoisme.
    Et oui, c’est être maman qui m’a appris ça car je ne veux pas que mon enfant aie ce cheminement (de s’oublier au dépend des autres) donc c’est à moi de lui montrer, et mon exemple est essentiel.
    Bonne journée 🙂

  2. Encore une fois : merci! J’en parlais avec une amie on ne laisse pas assez l’occasion aux parents de dire bordel ils me saoulant j’en ai marre. Si on ale malheur de le dire on est des mauvais parents toxiques immonde mal traitant. Mais de le dire ça permet d’évacuer, qu’on nous réponde :”si t’as besoin on trouve un moyen que tu soit seul(e) et rien que de savoir que c’est possible ça soulage. Je reste persuadé que si les parents qui ne savent garder leurs calme en toute circonstances n’étaient pas juger beaucoup de drame serait éviter. Je crie beaucoup moins en mode hystérique depuis que j’ai dit “j’ai parfois envie de les emplafonné” (Mes parents étaient mal traitant c’est le modèle que j’ai malheureusement) et qu’une amie m’a répondu “moi aussi parfois” Et voilà c’est juste normal de pas être parfait et donc je relativise et c a marche mieux. Parlez parents avant éducation ça serait bien. Encore merci!!!

  3. Comme toujours, tes mots font écho. Je passe mon temps à me remettre en question, la culpabilité est ma meilleure amie.
    Annuler mes rdv doc au profit de ceux des filles, annuler les soirées, travailler tard le soir/la.nuit pour être avec elles la journée…..
    ici, j ai dû dire stop. Je n y arrivais plus. Je me suis offert un We pour me ressourcer. Prendre du tps pour moi. Et accepter de déléguer… tt nouveau aussi

  4. Je comprends ton article et pour ma part je suis un groupe d’échange autour de ces sujets. Et ce qui ressort toujours en principe premier : la bienveillance commence par soi même. Donc on ne peut pas prendre soin des autres si soi même on se maltraite/oublie… alors perso, je ne suis aucun compte IG dédié à ces sujets car c’est juste du flan,du paraître. C’est bien beau les jolies photos et les conseils mais l’essentiel c’est de.trouver sa.voie et de se placer soi même dans la bienveillance. Je ne dis pas que je ne crie jamais ou que je suis parfaite. Non mais j’essaie de comprendre le besoin que j’ai oublié quand je me fâche et de remettre en perspective les actions de mes.enfants (non ce n’est pas dirigé contre moi…).
    En gros, les accords tolteques.
    Donc chez moi, c’est lecture/yoga/fitness pour moi, et, je suis open pour les enfants. Si je m’oublie, ça gigotte dans ma tête et je n’aime pas la maman que je deviens.

  5. Oh comme je me reconnais… Je n’ en suis malheureusement pas au stade où j arriverais à faire passer mes besoins au même niveau que ceux des autres… Mais j’ en ai conscience et j essaie…
    Grosse pensée à toutes ces personnes comme toi et moi Delphine !!

  6. Tiens là aussi ça fait écho…

    Ici aussi j’ai eu des périodes difficiles, et j’ai eu une sorte de gros bug/déclic “STOP, occupe toi de toi. Ton enfant ne PEUT PAS aller mieux si toi tu ne vas pas mieux”.

    Même si j’en suis convaincue, ça reste parfois difficile à assumer, pas forcément socialement, mais par rapport à soi-même… non ce n’est pas indigne de payer une baby-sitter pour se libérer un soir par semaine pour des loisirs, par exemple. Si c’est vital pour les parents, c’est vital pour l’enfant aussi.

    Bref je pense que ce que tu dis là est largement répandu, c’est juste plus ou moins assumé… et tu le dis avec des mots très justes et très apaisants, j’ai vu des articles l’évoquer de manière bien moins bienveillante… 🙂

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