Monsieur le Président de la République,

Madame la Ministre des Droits des Femmes,

Monsieur le Maire de Clamart,

Madame l'élue à la Petite Enfance de la ville de Clamart,

Monsieur le Directeur de Pôle Emploi,

 

Tout d'abord, je vous prie de bien vouloir m'excuser si ce courrier ne respecte pas les mises en forme usuelles. N'y voyez là aucun manque de respect, mais simplement un désintéressement de ma part pour le protocole et autres "ronds de jambes".

Je préfère dire ce que j'ai à dire sans détour. Mon problème est très simple. Je suis une femme et je suis une mère. Vous vous demandez certainement en quoi est-ce un problème. C'est un problème car aujourd'hui, en 2014, être une femme active et une mère est un combat.

Aujourd'hui, j'apprends que l'on me refuse une place en crèche. Entendons-nous bien, je ne suis pas née de la dernière pluie, je sais qu'il y a des personnes prioritaires et que chaque place est attribuée en fonction de critères précis (qui soit dit en passant, changent d'une municipalité à une autre). Voici donc, pour que vous ayez toutes les informations en main, ma situation, notre situation de famille.

Je suis demandeur d'emploi depuis avril 2013. Mon fils est né en novembre 2013. Depuis, je suis à la recherche d'un emploi. Je vous épargnerai les détails de cette recherche longue, fastidieuse et solitaire. Sachez simplement que j'ai réussi à trouver un emploi. Un emploi qui m'intéresse et me plait, ce qui n'est pas donné à tout le monde, comme vous le savez. Un emploi qui doit débuter le 18 août prochain. Mon mari est auto-entrepreneur. Il travaille 6 jours sur 7, y compris le week-end. Ses horaires décalés font que nous ne nous voyons que très peu en famille. Nous sommes tous les deux trentenaires, actifs et fiers de l'être. Nous payons des impôts et aimerions continuer à en payer. Nous avons tous les deux un emploi et aimerions le conserver. Oui mais voilà, nous avons aussi un fils. Un fils de 8 mois demain qui ne peut pas se garder tout seul. Un fils que nous ne pouvons pas emmener au travail. Un fils que nous allons devoir faire garder. Et c'est là que les choses se compliquent.

Notre situation familiale ne nous permet pas de demander aux grands-parents de notre fils de le garder (éloignement géographique, grands-parents encore actifs). Notre situation ne nous permet pas non plus de faire appel aux services d'une assistante maternelle (AM), encore moins d'une nourrice. Oui, car si nous plaçons notre fils chez une AM, nous perdrons de l'argent tous les mois. Ayant le droit à l'ARE, il me serait plus "rentable" de rester au chômage et de garder mon fils moi-même, que de payer une AM avec mon petit salaire. Je ne me plains pas de ce que je devrais normalement gagner. Je me plains de cette situation ubuesque où une personne demandeur d'emploi trouve un travail, et se voit dans l'obligation d'y renoncer faute de mode de garde.

Reste la crèche. Parlons-en, de la crèche. Pour 80 places, la dernière commission de la ville de Clamart a reçu quelques 240 dossiers. Peut-être que pour vous je ne resterai qu'un chiffre, une statistique parmi les autres. Car ne nous leurrons pas, cette situation vécue par des milliers de parents en France est connue de tous, regrettée par certains, moi la première. Mais moi, mère et femme, j'ai aujourd'hui besoin de vous dire que je ne suis pas d'accord. Comme je l'ai dit plus haut, je peux entendre et comprendre que certaines situations justifient l'attribution d'une place en priorité. En revanche, je ne peux pas accepter que de tels critères doivent être mis en place.

Alors quoi ? Que faudrait-il pour que nous puissions avoir une place  ? Que mon fils soit handicapé ? Que mon mari soit mort ou me batte ? Que je sois invalide ? Que nous soyons SDF ? Que je sois au RSA ? Rassurez-vous, grâce à vos fameux critères, cela ne saurait tarder. Comment, au XXIe siècle, peut-on en arriver là ?

Trouvez-vous normal qu'une personne DOIVE rester au chômage et venir ainsi grossir les rangs des demandeurs d'emploi, faute de mode de garde ? Trouvez-vous normal qu'une femme doive choisir entre être active ou devenir mère ? Soyons honnêtes, nous avons le DROIT de travailler, le DROIT de devenir parent. Oui des droits, nous en avons à la pelle, mais combien d'entre nous ont réellement le CHOIX ? On peut toujours militer pour les droits des femmes (et des hommes), l'égalité des chances, des sexes, et j'en passe. A quoi bon si nous n'avons pas le CHOIX ?

Aujourd'hui, je ne perds pas qu'une place en crèche. Aujourd'hui, je perds un travail, un salaire, un statut social. La chance de me faire des amis, la possibilité d'aller au sport ou de prendre un simple rendez-vous médical, parce que ma situation fait que je devrai être avec mon fils. Aujourd'hui, je vais devoir souffrir le regard des autres "Ah, tu es au chômage, ma pauvre !", ou pire "Encore une assistée qui ne fout rien de sa vie". Bien sûr, je ne nie pas que le fait de pouvoir s'occuper de son enfant est une chance, si c'est ce que l'on SOUHAITE. Et bien sûr, (est-ce vraiment utile de le préciser ?) j'aime mon enfant plus que ma propre vie. C'est d'ailleurs aussi en pensant à lui que je prends la plume aujourd'hui. Pour qu'il grandisse dans une société où les personnes sont respectées et où les Elus que vous êtes font ce qui est en leur pouvoir pour nous faciliter la vie.

Aujourd'hui, on me met les bâtons dans les roues. Je pourrais faire du mauvais esprit et me dire que c'est tant pis. Mais quand j'en viens à me dire que ma vie serait plus simple sans enfant, mon sang se met à bouillir. Je sais que je ne suis pas la seule et je me contrefous de passer pour une mère indigne. Je sais que j'aime mon fils, je sais ce que je veux, qui je suis et où je vais. Que faites-vous, concrètement, pour ces mères qui en viennent à penser de cette façon ? Savez-vous quelle souffrance on endure en tant que parent quand on en est au point de regarder son enfant et de se dire que peut-être, il aurait fallu attendre avant de le mettre au monde, ou qu'il aurait mieux valu ne pas en avoir ?

Tout ça à cause d'une malheureuse place en crèche. Oui, cela peut paraître ridicule. Mais en me refusant cette place, vous signez mon arrêt de mort actif et social. Tant pis pour VOUS j'ai envie de dire. Je me serai battue jusqu'au bout, usé tous les recours possible. Je n'aurai rien à me reprocher quand le mois prochain je toucherai mes aides, et encore le mois suivant, et encore celui d'après, et que lentement mais sûrement, je contribuerai à faire exploser la dette de l'Etat. Oui, tant pis pour VOUS car moi, j'aurai fait tout ce que j'ai pu.

Quoique, dans ma quête d'une vie meilleure, j'avoue ne pas avoir essayer de soudoyer les employés de la mairie. J'avoue ne pas avoir haussé le ton, ne pas avoir voulu créer de scandale. J'avoue avoir voulu garder ma dignité (même lorsque je me suis effondrée dans le bureau de Madame Cécile Boyer, pas plus tard que ce matin). J'avoue ne pas avoir voulu jouer la corde sensible. J'avoue ne pas avoir voulu vous dire que je suis en dépression. Que je me bats tous les jours contre moi-même pour me lever, m'habiller, sortir, m'occuper de mon fils, trouver un emploi, renouer avec la VIE. J'avoue ne pas avoir voulu vous dire que je vis votre refus comme une condamnation. Pas pour moi, non. Pour mon fils. A cause de ce refus, il va devoir vivre avec une mère dépressive et désormais aigrie. Peut-être que j'aurais dû. Peut-être que c'est ce que font les autres. Mais comme dirait Céline Dion, je ne suis pas les autres (un peu d'humour n'a jamais tué personne et c'est tout ce qu'il me reste). Je suis moi, mère, femme et fière de l'être.

Et vous, êtes-vous fiers de vous ?

 

 

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4 Comments on Lettre ouverte aux élus, aux institutions, au gouvernement

  1. Franchement : Bravo !!

    J’ai envisagé la même chose, je me suis projetée : Je n’ai jamais travaillé car je ne trouvais rien, ni patrons pour quelconque formation, ni un ridicule CDD de 15 jours parce que sur l’annonce il est marqué “3 mois d’expérience exigés” et ce depuis l’obtention de mon diplôme.

    Je souhaite m’occuper de mon bébé du mieux que je peux quand il sera parmi nous, je compte en profiter mais notre situation familiale et financière (surtout financière) me rend amère parce qu’on s’en sort peut-être comme ça, à deux. Mais dans quelques mois nous seront 3 et les dépenses vont monter en flèche et je tiens a donner une vie descente à mon bébé.

    J’envisageai de trouver un emploi, je ne sais pas quand (fin de congés mat’, quelques mois/années après le congé mat’, quand il ira a l’école…) Mais compte tenu de la situation, Chéri travaille toute la journée et ne rentre que le soir, les futurs beaux grands-parents qui sont les plus proches sont encore actifs et je n’ai pas envie d’encombrer les futurs beaux arrière-grand-parents à les fatiguer à garder le bout de chou toute la journée (ou demi journée, admettons que j’ai un mi-temps) BREF !

    Pour que mon projet de travail/ évolution de vie sociale aboutisse, il faudrait trouver un moyen de garde PAYANT pour que je puisse travailler, n’ayant qu’un petit bac pro datant déjà de 4 ans bientôt et qui correspond au temps que j’ai passé à chercher une p*tain de formation/travail, moins 1 année car ben étant tombé enceinte (voulu ET programmé !) j’ai laissé tomber délibérément mes recherches d’un quelconque gagne-pain. J’aurais donc un petit salaire à la hauteur de ma qualification et ce fameux salaire passerait en totalité dans le salaire/paiement du mode de garde choisit. Et qui en plus d’avoir trouvé un travail, cela modifie ma situation auprès de la CAF donc les allocations vont en changer aussi en diminutions, ce qui n’arrange personne, du moins, surtout pas moi.

    Franchement, c’est prise de tête et je me dis qu’au final c’est presque plus rentable de rester dans ma situation actuelle et advienne que pourra… J’attendrai que le bout de chou ira à l’école, j’aurai rien foutu pendant 6 ans en tout depuis l’obtention de mon diplôme, il faudra que je retourne en formation pour adulte (si on veut bien de moi, car bon, j’avais déjà cherché pendant 3 ans auparavant) pour avoir une expérience et un diplôme récents pour pouvoir travailler… Si non je me ruine en ticket de Loto et attends de gagner le gros lot.

    Pour conclure j’ai envie de dire : YOUPI !

    • Ouais… voilà… Et on est juste des MILLIERS dans cette situation, c’est ça qui me rend ouf !!! Et encore, j’ai vécu d’autres épisodes depuis dont je n’ai pas parlé ici mais qui valent leur pesant de cacahuètes, entre autres la fois où mon conseiller Pôle Emploi m’a engueulée parce que j’avais trouvé un job mais que je n’avais pas de mode de garde. Il m’a quand même sorti “Non mais pourquoi vous cherchez si vous avez personne pour garder votre fils ??” comme si j’étais débile ou folle. J’ai vraiment apprécié…

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