Mardi 9 octobre 2018. 7h02.

Les gars mangent leurs céréales devant TFOU, pendant que je cogite. Aujourd’hui, je suis à 39 SA, je suis contente, j’ai atteint le même terme que pour Hibou, soit mon record personnel en 3 grossesses. Je sens que je peine à me remettre physiquement de mes trois allers-retours à l’hôpital Bichat en fin de semaine dernière. Je peine aussi et surtout, mentalement. Allez mon bébé, encore quelques jours et on aura les résultats, qui j’en suis sûre, montreront que je n’ai rien. Juste quelques jours.Hier, j’ai encore eu l’anesthésiste de la maternité au téléphone et je ne décolère pas.

” – Non, je n’ai pas les résultats du Holter, on m’a dit que ça prenait une semaine à peu près.

– Très bien, je vais appeler directement, bonne journée…

– Euh docteur, si j’accouche cette nuit, concrètement, ça se passe comment ?

– Ah bah, ce sera péridurale d’office, dès le début du travail !

– Non mais docteur, je vous ai dit que je n’en voulais pas ! J’imagine qu’en plus, si on me la pose, je devrais rester allongée sur la table ?

– Oui… Effectivement, comme le produit affaiblit les jambes, ON AIME BIEN que les Mamans soient allongées et ne bougent pas…

– Le produit ? Quel produit ? Vous m’aviez dit “On peut poser le cathéter, mais libre à vous de libérer la dose ou pas” ?

– Oui alors non, dans tous les cas, on est obligés de vous injecter une dose, pour être sûrs que ça fonctionne…

– OK merci…”

Je crois rêver ! Elle est bouchée ma parole !!! Qu’est-ce qu’elle ne comprend pas dans ” JE NE VEUX PAS DE PERIDURALE” ? Je suis tellement énervée et déçue. En plus, elle me manipule et me ment pour parvenir à ses fins. Je ne supporte pas. Demain, c’est mon anniversaire. Je suis à 39 SA. Tout ça se mélange et puis d’un coup, la décision. Delphine, personne n’a le DROIT de t’imposer ce que tu ne veux pas. Ca c’était avant. Quand tu pliais devant les figures d’autorité, sans jamais poser ta voix. Fais-toi entendre. C’est MAINTENANT ou jamais. 

On est le mardi 9 octobre, il est 7h02 et j’ouvre le document word intitulé “Projet de naissance”. Je change 3 lignes, et je mets en gras souligné “Vous n’avez pas mon consentement pour la péridurale, je suis consciente des risques que cela comporte, et je refuse qu’elle me soit posée”.

J’imprime mon projet, en deux exemplaires, j’en mets un dans mon sac “salle de travail” et l’autre, je le garde avec moi, sait-on jamais, des fois que j’accouche dans la rue ou dans le camion des pompiers. Mais le mieux, mon bébé, ce serait vraiment que tu attendes quelques jours de plus avec moi, comme ça, l’anesthésiste nous laissera tranquilles.

8h00, nous partons pour l’école.

8h03, on entend les cloches de l’église au loin. On passe devant le marronnier que les garçons aiment tant. le Gluts me dit ” T’as vu Maman, y a plus de marrons ?” Alors je réponds “Eh oui, demain, c’est mon anniversaire, les marrons tombent toujours avant, tu sais. Là les arbres vont perdre leurs feuilles, c’est bientôt l’hiver, et ils seront tout nus”. Les garçons s’esclaffent et pouffent, je ris aussi. Je les filme en train de ricaner, avec le Gluts qui chantonne ‘Tout NU, tout NUUUU huhuhu !!”.

Je n’ai pas le temps de poster ma vidéo.

PLOUC.

O DIO comme disent les Italiens. Je ne connais que trop bien cette sensation. Je le sais, je l’ai déjà vécu deux fois. Je me fige sur place, de l’eau coule entre mes jambes. Je serre la main de mes fils.

“Oh merde, putain. Putain, putain, putain, merde !” J’ai un fou rire. “Oh mais Maman, tu as dit un gros mot !! – Oui je sais mon Amour, mais le bébé va sortir aujourd’hui, il vient de craquer sa petite bulle d’eau…”.

Les garçons me dévisagent, médusés. Je comprends qu’ils s’attendent à me voir accoucher là, sous leurs yeux, sur le trottoir. Ah non, non, hein ! Je veux un accouchement respecté et le moins interventionniste possible, mais pas sur le bitume mon bébé !

J’hésite. Je n’ai pas de contractions, juste un pantalon trempé. Je fais quoi, je rentre à la maison avec les garçons ? Ou je vais jusqu’à l’école ? Après deux secondes de flottement, je reprends mes esprits, j’inspire et je leur dis “Bon, allez, on va à l’école”. En marchant comme un canard, j’appelle mon amoureux : “C’est pour aujourd’hui, je viens de perdre les eaux sur le chemin de l’école. Je dépose les gars et on se retrouve à la maison. T’as le temps, je contracte pas encore”.

8h15, on est devant l’école. Merde, les portes n’ouvrent qu’à 8h20, c’est bien le jour à arriver en avance tiens ! Je prie intérieurement pour que le travail ne commence pas maintenant. Et accessoirement pour qu’on croise une maman ou un papa de l’école qu’on connaît, à qui je puisse confier les garçons, parce que ce matin, je ne monterai pas les 2 étages jusqu’à la classe du Hibou, ni même un étage pour déposer le Gluts.

J’ai les mains moites et le coeur qui bat la chamade. C’est aujourd’hui !

J’aperçois le papa et la maman du petit copain du Hibou : parfait, ils ont aussi un fils en petite section et on a super bien sympathisé à la réunion la semaine dernière !

“Bonjour, j’ai un immense servie à vous demander. J’ai perdu les eaux, il faut que j’aille accoucher (Mon Dieu, que je ris en repensant à ce moment “il faut que j’aille accoucher”), je peux vous demander de déposer mes fils en classe ?

Mais oui, évidemment ! Allez-y, bon courage !!”

Dans la folie du moment, j’oublie presque d’embrasser mes fils, je me baisse, je les serre très fort et je leur dis que je les aime. C’est aujourd’hui !

L’oeuf s’est ouvert…

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6 comments on “L’oeuf”

  1. C est tellementbeau ces premiers moments ! Ces jolis mots qui décrivent le bonheur et les premisces de l arrivée de William ! ❤️❤️❤️

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