Mamouchka,

Aujourd’hui, tu aurais dû fêter tes 88 ans. Déjà 16 longues années que tu es partie, un jour du mois de mai, et tu me manques comme au premier jour.

Mamouchka, tu n’as pas eu une jeunesse facile, comme bon nombre de nos grands-parents, à nous, la génération Y. Le jour de tes 12 ans, Hiroshima fut rasée de la carte par une bombe nucléaire. Je me souviens de l’effroi que j’avais ressenti, le jour où tu me l’as raconté.

Et pourtant, tu n’étais qu’amour.

Je me souviens de ta peau, si douce, qui sentait le lait de toilette à la gelée royale. Je me souviens de tes yeux bleus si perçants qu’ils me faisaient parfois penser à ceux d’un oiseau de proie. Je me souviens de ta chevelure, blonde quand j’étais petite fille, puis blanche, après. Je me souviens de ton amour pour la couleur turquoise, le violet aussi.

Je me souviens de ton sourire, si beau, et de tes dents comme des perles.

Tu me manques.

Quand tu es morte, je me suis demandé si un jour je t’oublierai ou si j’aurai moins mal après. 16 ans après, je pense qu’on peut dire que non, on n’oublie pas.

Je me souviens aussi de tes lunettes demi-lunes, que tu portais avec une petite chaine autour du cou. À table parfois des miettes ou de la nourriture tombaient dedans et tu nous faisais rire en disant que c’était ton petit bavoir ! Quand tu disais merde et qu’on te disait “oh la la, t’as dit un gros mot !”, tu répondais “ah non vous avez dû mal entendre, j’ai dit merle”. Ça me faisait tant rire.

Tu nous as appris des chansons un peu paillardes sur les bords (dont le hit incontournable “Cunégonde, veux-tu du fromage ?) et tu disais toujours “LA” Nutella. Des années après, je n’ai toujours pas percé ce mystère.

Le matin, tu buvais de la chicorée, je croyais que c’était pareil chez tout le monde, mais apparemment pas, je ne l’ai su que bien plus tard !

On a fait des dizaines de brocantes, tu nous emmenais E. et moi dans ta 2CV rouge et blanche (la Dolly), sur les routes de campagne. Les joints ded fenêtres étaient refaits au mastic et on pouvait pas enlever la capote, parce que tu avais peur qu’on ne puisse jamais la remettre. Tu prenais les dos d’âne à 1000 à l’heure, du moins c’était la sensation que j’avais ! Je regardais tes mains changer les vitesses, c’était incroyable. Tu avais passé le permis dans ta jeunesse, à Menton, sur une 2CV.

J’ai toujours cette bague achetée 5 francs chez Emmaüs à Cognac, avant que ça devienne un repaire de hipsters en mal de vintage et j’entends encore ta voix qui résonne : “qui sait, c’est peut-être un vrai diamant que tu as trouvé là ?!”. Les voleurs ne l’ont pas prise en 2019, et j’espère la garder encore de longues années, même si je ne la porte pas (soyons honnête, elle est affreuse)(mais je l’aime).

Quand tu faisais des crêpes, tu avais 4 crêpières sur la gazinière, tu étais une héroïne à mes yeux.

Où trouvais-tu toute cette douceur et tout cet amour ?

Je ne t’ai jamais vue faire du vélo et toute ma jeunesse je t’ai entendu me répéter que “4 roues valent mieux que 2, ma chérie, je l’ai toujours dit !”. Mais c’est toi et rien que toi qui m’a appris à faire de la bicyclette, à 12 ans. Tes conseils, tes précieux conseils. Ta patience et ton amour, quand Papa est parti et que Maman était cassée. Tu étais LÀ.

Tu étais là, pour le vélo, et pour tout le reste.

 

Tu me manques tant.

Joyeux anniversaire Mamouchka ❤️

Je t’aime.

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