J’y peux rien. J’ai beau lutter, je me sens comme sur un petit radeau de fortune, en proie à la houle. 3 rondins et 2 bouts de ficelle au cœur de l’océan. Peu importe ma détermination, les vagues reviennent et finissent toujours par m’engloutir.

J’ai le cœur qui pince et le ventre qui pleure, et j’y peux rien.

2 mois et 3 jours. Dans 2 mois et 3 jours, ça fera un an. Un an de toi, mon beau William, et un an de dernières fois.

Je suis pas née de la dernière pluie, je SAIS que les dernières sont synonymes de premières. Mais, vois-tu, ces dernières fois-là ont ce goût, ce goût doux-amer qui nous ramène sans cesse dans les souvenirs. Comme un roulis d’images, de parfums et de sensations incessant. Les souvenirs reviennent comme le bruit des vagues.

Les derniers coups du dedans. La dernière rupture de la poche des eaux. Le dernier accouchement (qui en un sens fut aussi le premier, peut-être aurai-je la force d’en parler un jour). La dernière montée de lait. Le dernier petit corps chaud et glissant couvert de vernix. Le dernier parfum de la vie d’avant. Le dernier regard d’Outre-Monde.

J’y peux rien. J’ai le cœur qui pince et les yeux qui se noient. Ça me prend à la gorge et je bois la tasse.

La tasse de mes souvenirs, si doux, si puissants. Ils me broient les os. Les souvenirs d’une vie. Et finalement, j’arrête de lutter, et je m’abandonne. Et je bois la tasse. C’est si bon. C’était si bon. Et c’est fini.

Curieuse petite chose que l’être humain qui s’accroche et ne parvient pas à lâcher prise. Ça me fait penser aux pattes des scarabées, quand elles s’accrochent à la peau. Elles ne font pas mal, mais toujours est-il qu’elles tiennent contre vents et marées.

D’ailleurs, c’est mal foutu ce mot. « LÂCHER ». Ça sous-entend que c’est facile. Qu’il suffit d’ouvrir la main et de regarder les souvenirs et la nostalgie s’envoler, comme si c’était de gros ballons encombrants qu’on serait ravi de voir disparaître à l’horizon.

Je vois des femmes enceintes et je bois la tasse.

Je vois mes fils et je suis pleine.

Je vois des ventres ronds et j’ai le cœur qui pince.

Je vois de futurs hommes et je gonfle la poitrine.

Je t’en foutrais, de la sororité ! Je suis seule sur la rive de mes souvenirs, en train de me délecter du poison qui fait couler mes larmes. Je suis seule avec et contre moi. Ces souvenirs, je ne veux pas les laisser partir. Ces souvenirs, je ne veux plus qu’ils me fassent souffrir.

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5 Comments on Nostalgie

  1. c est pour ça que j ai osé retenter l aventure en faisant un quatrième enfant; je n arrivais pas à me dire que c était finit. Alors que maintenant oui

  2. Comme bien souvent, tes mots trouvent une résonance en moi. Je partage ces sentiments ambivalents… merci d’avoir posé ces mots si justes et si forts !

  3. Je me retrouve souvent dans tes mots.. Dans 3 semaines numéro 3 aura un an, je n’arrive toujours pas à me dire que tout ça sera finit, la grossesse, l’allaitement. . Un accouchement trop rapide et sans peri qui m’a révélé à moi même presque. .. bref je me sens pareil c’est dur de tourner la page je sais que j’aurai toujours un pincement au coeur en regardant les autres femmes enceinte mais bon…

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