grincheuxCrédit photo : Shardayyy – Flickr

Ça me rappelle un peu ces jours où j'avais pas envie d'aller bosser. Ceux où tu souffles parce que le train a du retard. Où tu as envie de mitrailler ces 2 copines qui se font la bise DEVANT les portes de la rame de métro (note donc que certaines envie subsistent, y compris les jours où tu n'as pas envie). Où tu as envie de te taper la tête contre un mur parce que tu viens de renverser ton café sur ta blouse préférée… You see what I mean.

Bon, sauf que j'ai pas l'excuse du boulot. Bah ouais, je "travaille pas". Enfin, laisse-moi rire parce que quand on y réfléchit, je suis blanchisseuse, cuisinière (on va pas dire chef parce que je suis pas Robuchon non plus, soyons lucide), femme de ménage, puéricultrice, coursière, gouvernante, femme de chambre, dog-sitter…. Et je suis sûre d'en oublier ! Ne nous méprenons pas, c'est notre choix à Papounet et moi, et j'assume. Mais, un peu comme les personnes qui ont choisi leur boulot, il m'arrive parfois de ne plus avoir envie. Ou alors si, l'envie de tout envoyer bouler.

Y a des jours comme ça, où j'ai juste plus envie d'être Maman. Ni épouse. Ni enceinte. Je voudrais juste être moi, avec moi-même. On pourrait croire que je me la coule douce, que je n'ai de comptes à rendre à personne comme je n'ai pas de patron. Ah mais excusez-moi, j'ai un patron. Le plus exigeant de tous d'ailleurs : mon Hibou. Et puis j'ai aussi un N+1 : moi. Désolée pour le dédoublement de personnalité, mais si tu me suis, quand on est maman à plein temps, la personne à qui on rend le plus de compte, c'est soi-même. Et franchement, c'est DUR.

Y a donc des jours comme ça, où je regarde cette maman qui est en moi et où j'ai juste envie de lui dire : "MAIS DEGAGEEEEEE !!!!", où je regarde mon gros ventre bigornesque et où je me demande ce qui à bien pu nous prendre à Papounet et moi pour avoir l'idée de faire un deuxième baby. Des jours où j'ai envie de péter la machine à laver qui dégueule nos mutains de chaussettes propres à étendre (mais faut pas, elle est neuve et nous a coûté un bras), où le lave-vaisselle cherche lui aussi la merde à ne jamais désemplir, où le lit me gave parce que ses petits draps ont besoin d'être changés, ouiiiinnnnn ! -__-

Et tu sais quoi, le pire, c'est que je déteste ces journées, parce que bien entendu, elles vont de paire avec ce formidable sentiment qu'est la culpabilité. Je vais pas rester à la maison sans rien faire. C'est MON job. Si je baisse les bras, ça risque pas de s'arranger.

Et que dire que cette non-envie d'enfants ? C'est pas que je voudrais les voir disparaître, mais en fait si. T'inquiète Zézette, je sors de chez la psy, et il paraît que c'est NOR-MAL. Ça s'appelle l'ambivalence des sentiments. Tu aimes tes enfants. Tu es heureuse. Et puis de temps en temps, tu en as ras-le-cuq et tu aimerais être seule (pas au monde hein, mais dans ta vie), pas d'attaches, pas de responsabilités, pas de liens. Aaaaaah rien que d'en parler, je me vois au bar de la plage avec un bon mojito bien frais. Rien d'autre à faire que de choisir la couleur de mon bikini et l'indice de ma crème solaire…

Bref, je hais ces journées parce que je vois mon petit Hibou qui me réclame les bras, qui aimerait jouer encore et encore avec moi, qui voudrait que je ne sois QU'avec lui, que je ne m'occupe QUE de lui (y compris quand je mets du mascara ou que je vais pisser) et je me vois moi, à sec. Incompatibilité de besoins, d'humeurs… Comme je lui dis dans ces cas-là : "Maman n'a plus de jus, je ne peux plus". En général, 2 secondes et demi plus tard, je pleure, parce que ce n'est pas cette Maman que j'ai envie d'être. Je voudrais être cette Maman souriante et disponible, toujours à l'écoute, calme, rigolote et détendue. Quoi, comment ça, elle existe que dans la pub Kinder ? PUTAIN mais on m'avait pas prévenue moooooiiii !!!!!!

Ceci dit, d'un autre côté, je pense qu'il vaut mieux être lucide et avoir conscience de ses limites, pour pouvoir un jour les accepter, et surtout pour éviter de devenir chèvre. Je rêverais d'être une sorte de Bree van de Kamp sans le côté noir. D'arriver à avoir une baraque digne du dernier Marie-Claire Maison, des repas qui pourraient figurer en une de Saveurs, le tout avec un look et un brushing à faire pâlir d'envie la nénette en couverture du Elle. Mais comment vous dire ? Je crois que c'est juste pas possible. Pas pour moi en tout cas.

Alors, pour aujourd'hui, je décide de ne pas avoir envie, de m'écouter, de ronchonner, de bouder, de grumpyfier, et de laisser la maison devenir un champ de bataille, de regarder mon four dégueulasse et de lui dire d'aller se faire voir chez les grecs, d'ouvrir mon frigo pour décider quoi faire ce soir et de le refermer en concluant qu'on se fera livrer à dîner, de dormir une nuit de plus dans des draps qui ne sont pas immaculés et de SOUFFLER.

Et demain… demain, l'envie sera revenue, je me connais ! Enfin… sauf si je me retourne vers la pile de linge à repasser, rien que d'y penser…

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8 Comments on J’ai pas envie

  1. J’adore !!!! Même si t’as pas la patate tu arrives à nous faire rire !!! Je me retrouve tellement dans ton texte. Il y a des moments où j’ai juste envie d’être moi, sans avoir une poupette qui me suit jusque dans les toilettes, dans la salle de bain mais comme toi je culpabilise ses pensées car elle est tellement adorable. Continue à nous faire partager ces moments qui nous font bien voir que nous sommes toutes pareilles. Pas parfaite juste nous même mais des mamans aimantes et attentionnées.

  2. La femme+maman+amante+citoyenne parfaite est un mythe, et je lui crache sur le pif!
    Je te comprends, je repense souvent au temps insouciant où je n’étais pas maman, et, parfois, je rêve d’y retourner, me recentrer sur moi, moi et moi seule.
    Je le dis souvent à mon homme quand je râle: tout le monde me sollicite (au boulot, mon fils, mon chat, mon homme, ma famille), je dois m’occuper de tout le monde, et moi qui s’occupe de moi?? hein??
    Surtout, tu vois, ce besoin primordial, je dirais même primitif, de solitude, ce besoin de ne plus voir mon fils devant moi, j’ai parfois envie qu’il sorte de ma vue, hop, dégagé, plus de bruit, plus de morve, SEULE avec moi même, haaaaaa je fantasme… Merci pour cet article. Vivement demain 🙂

  3. Tu décris très bien ces journées ras-le-bol qui semblent en plus duuuuurer des heeeeeuuures jusqu’au soir ! Et cette culpabilité de se dire “je suis à la maison, il faut au moins que la maison tourne sinon ça fait vraiment feignasse..” ( alors que franchement, qui est TOUJOURS motivée pour se taper ménage, lessive et tout le tintouin ?).
    Moi aussi je me surprends souvent à vouloir arrêter, à en avoir MARRE d’être sonnée toute la journée par mon petit bout, marre de faire l’esclave sous peine de crises ou de pleurs, marre d’être deux dans mon corps et de me déplacer comme une baleine, il y a des jours comme ça !

    Et juste pour le côté “ménager” de la chose, tant pis si ça fait poulette de luxe de l’avouer, mais une ou deux fois par mois je fais appel à une femme de ménage et franchement, franchement, ça c’est un booster de moral. Je fais taire la petite voix qui me dit qu’étant au foyer “c’est mon taf” et blablabla, c’est mon petit luxe du mois, retrouver un appart nickel après une grande ballade avec mon loulou ! Bon deux minutes après il a déjà tout mis à sac mais au moins ça me remet à jour dans le gros ménage/ repassage et pfiou, c’est un soulagement.

  4. Si tu regardes, tu pourras m’apercevoir au bar de la plage avec mon mojito! Mais je ne dirais rien,je savoure aussi 😉
    En ce moment on fait des constructions avec les caisses et sac de vêtements propres mais pas pliés qui s’entassent dans le salon… je me dis que ça fait une nouvelle activité pour les enfants… c’est un mal pour un bien!
    Sinon j’espère que le courage et l’envie reviennent par bribes quand même chez toi! Courage!

  5. Bon alors, comment dire… je vois TELLEMENT bien ce que tu veux dire… Si tu veux, là, j’ai une patte en moins (accident bête, une aiguille plantée dans le genou, je me traine comme une vieille depuis 3 semaines à la maison… MAIS je passe mon temps à faire le repassage, des bonnes choses à manger, ranger, laver, nettoyer… alors que j’ai mal… Bref, je n’arrive pas à me dire “repose toi” et mon N+1 (moi) me GAAAAAVE 😉 Donc voilà, j’enchaine les journées à la onc où je me dis “arrête, t’en as marre” / “tu vas quand même pas rien foutre, feignasse” / “j’en peux plus snifff”
    J’ai jamais été aussi contente de retourner bosser lundi (en boitant pourtant…).
    On est graves, quand même..;)

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