C’est fini.

Et rien que d’y penser, mon cœur se serre dans ma poitrine, et je ressens ce tiraillement dans mes entrailles, cette pulsation qui me remue les tripes.

J’ai tellement de mal à le dire, peut-être que l’écrire noir sur blanc me fera du bien, me permettra de passer à autre chose, de LACHER PRISE, enfin.

Après avoir représenté pratiquement 3 ans de notre vie, le portage touche à sa fin chez nous. C’est difficile, je redoutais ce moment. Il y en a d’ailleurs d’autres à venir, que je redoute tout autant. Les 3 ans du Gluts. La fin de la crèche. L’entrée à l’école.

Oh pas grand-chose à voir avec le fait qu’il grandisse, ça fait partie du cycle de la vie, après tout. Je suis même contente de le voir s’affirmer (enfin peut-on dire ça du Gluts, l’enfant qui, à 2 minutes de vie, avait déjà le caractère le plus affirmé du monde ?), parler de mieux en mieux, devenir autonome.

Je souffle, même. Je peux aller aux toilettes, cuisiner et même parfois, lire 5 ou 6 pages d’un livre. Incroyable. J’avais oublié cette sensation. Oui, la fin de la toute-petite enfance a du bon.

Et pourtant. J’ai le cœur si lourd…. Qu’est-ce qui ne va pas chez moi, bon sang ?! Pourquoi je ne suis juste pas capable de me réjouir, de vivre l’instant présent et d’ACCEPTER les choses ?

Dans mon précédent article, je vous parlais de mon souci avec les fins. A ma grande surprise, nous sommes nombreuses à ne pas aimer finir les livres, les plats, les films, et les tubes de gloss. Alors, imaginez un peu ce que je ressens, quand je dis que « le portage, c’est fini ».

Oh, il y aura toujours des câlins, peut-être même quelques câlins portés, mais le portage quotidien, ce repère, ce pilier de notre relation mère-enfant n’est plus.

Et ça me fait quelque chose. Et surtout, surtout, ça me renvoie à ce désir ardent qui me consume et me ronge, celui que j’essaie de refouler jour après jour, depuis ce mercredi de septembre. Celui de devenir mère à nouveau, de donner la vie à un nouvel enfant, de le porter, de le cajoler, de l’allaiter, de le sentir. Force est de constater que je n’y arrive pas.

Ce bébé, mon bébé me manque tellement.

Parfois j’ai même l’impression de devenir folle. Pourquoi, pourquoi je n’y arrive pas ? Un bébé s’est installé, il est parti, c’est la vie.

Dans mon roman préféré (Shoggun, de James Clavell, au cas où tu te demandes), il y a cette phrase en japonais, difficile à traduire « Shikata ga nai ». Ça veut dire « on ne peut rien y faire ». Quand j’ai lu ce roman, j’ai été marquée -entre autres- par la résilience dont font preuve les personnages, cette capacité à accepter la vie telle qu’elle est. Ce n’est pas du fatalisme ou de l’immobilisme, non, pas du tout, juste une aptitude à accepter que les choses sont ce qu’elles sont.

Notre conception occidentale de la vie est tellement différente. Nous concevons la vie comme quelque chose de linéaire et binaire. Noir, blanc. Oui, non. Début, fin. Vie, mort. On oublie bien souvent qu’en réalité, la vie est un cercle et que l’un ne va pas sans l’autre. Chaque début est une fin et chaque fin et un début (excuse-moi si je saoule avec la minute philo de Maître Dong mais 1/ j’ai bu un bon gros verre de vin blanc, 2/moi ça m’apaise ces minutes philo).

Alors pour 2018, je ne prends pas de résolutions, je ne fais pas vœux, mais je me souhaite, à moi, que cette fin soit le début d’autre chose. Que ces aurevoirs laissent la place à des bienvenues. Que la tristesse laisse la place à la joie et aux sourires tout neufs. Que la fin du portage signe le début de nouvelles aventures, car après tout, là où une chose s’arrête, une autre commence, et ainsi va la vie.

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5 comments on “Shikata ga nai”

  1. Chaque début a une fin et chaque fin a un début. La fin du portage mais le début d’une autre forme de relation que vous allez construire au fil du temps.
    Ton article est une nouvelle fois très touchant, émouvant et me donne juste envie de te prendre dans mes bras et te dire que tout ira bien…

  2. Je te souhaite de beaux débuts à venir pour cette année qui s’ouvre.
    Tes mots raisonnent en beaucoup de tes lectrices tu sais .
    Ils sont sûrement quelque part pour l’une d’entre elles, le début de la guérison, d’un chemin etc…
    Merci.

  3. J’ai pas connu cette fin encore puisque je portais Ouistiti quand j’étais enceinte. Mais te lire me projette et je comprends déjà ce que tu ressens.
    Je déteste les fins. Impossible d’enchaîner avec une autre série juste après en avoir fini une qui m’a scotchée.
    J’aime voir mes garçons grandir mais je n’aime pas qu’ils ne soient plus Bébé (allo, Mme la psy, bonjour !)
    J’aurai du mal lorsque ce jour arrivera pour nous, car ce sera le dernier. Mes écharpes et porte bébés s’en iront pour aller vivre d’autres aventures avec d’autres bébés (et moi là, j’ai les larmes qui montent).
    Ne faisons pas de plans sur la comète pour 2018, mais je vais croiser tout ce que j’ai pour que les tiens ne restent pas trop longtemps rangés.

  4. Tes mots me touchent toujours autant et j’aimerais être ces bras qui puissent te réconforter et te rassurer. Je te souhaite d’être heureuse et que ce que tu souhaites au fond de toi puisse se réaliser.
    Nos enfants nous font réaliser que le temps passe et qu’il faut profiter de chaque instant de leur vie.. quand je vois que ma 1ere loulou va entrer en septembre prochain en CP alors que j’ai encore en moi son tout 1er regard quand elle est née: c’est gravé en moi… mon petit 2ème: idem entrée en maternelle en septembre dernier, et j’ai l’impression que c’est encore mon bébé..
    Ne parlons pas de mon petit dernier: c’est mon petit bébé mais, qui grandit trop vite.. j’ai eu du mal à laisser tomber le cosi.. C’est c.. mais, je n’y peux rien car je sais qu’il n’y aura pas d’autres bébés.. faire le deuil de ne plus avoir de grossesse; ça aussi, ce n’est pas simple… et surtout c’est une autre histoire..
    En fait, voir grandir mes loulous, les voir progresser, évoluer, découvrir le monde est beau à voir et cela m’aide et m’apprend dans mon rôle de maman et à la fois, j’aurais aimé qu’ils restent mes tout petits bébés…
    Bref je te souhaite de découvrir de nouvelles pages de ta vie de femme et de maman qui seront belles àvivre et j’espère ne pas t’avoir dérangé dans mes propos.
    Bonne nuit

  5. Très émue de lire tes textes anonymement d’habitude, le fait de partager profondément ce sentiment avec toi me pousse à t’ecrire pour t’envoyer un gros gros câlin. Tu ne les porteras plus physiquement mais tu continueras de les porter, à bout de bras, de toute ton âme et de toutes tes forces, toute leur vie. Je n’y suis pas encore, j’ai déjà du mal à me séparer de certaines écharpes… alors que je porte encore (ma Alice, petite puce de 4 mois) alors pour toi je n’imagine pas… courage pour ce prochain pas.

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