Si tu peux voir détruit l'ouvrage de ta vie
Et sans dire un seul mot te mettre à rebâtir,
Ou perdre en un seul coup le gain de cent parties
Sans un geste et sans un soupir ;

Si tu peux être amant sans être fou d'amour,
Si tu peux être fort sans cesser d'être tendre,
Et, te sentant haï, sans haïr à ton tour,
Pourtant lutter et te défendre ;

Si tu peux supporter d'entendre tes paroles
Travesties par des gueux pour exciter des sots,
Et d'entendre mentir sur toi leurs bouches folles
Sans mentir toi-même d'un mot ;

Si tu peux rester digne en étant populaire,
Si tu peux rester peuple en conseillant les rois,
Et si tu peux aimer tous tes amis en frères,
Sans qu'aucun d'eux soit tout pour toi ;

Si tu sais méditer, observer et connaître,
Sans jamais devenir sceptique ou destructeur ;
Rêver, mais sans laisser ton rêve être ton maître,
Penser sans n'être que penseur ;

Si tu sais être dur, sans jamais être en rage,
Si tu sais être brave et jamais imprudent,
Si tu sais être bon, si tu sais être sage,
Sans être moral et pédant ;

Si tu peux rencontrer Triomphe après Défaite
Et recevoir ces deux menteurs d'un même front,
Si tu peux conserver ton courage et ta tête
Quand tous les autres les perdront,

Alors les Rois les Dieux la Chance et la Victoire
Seront à tout jamais tes esclaves soumis,
Et, ce qui vaut bien mieux que les Rois et la Gloire,
Tu seras un homme mon fils !

— Rudyard Kipling —

 

Mes fils, mes amours, ma vie. Je n'ai pas de mots. Juste des larmes et ce noeud dans la gorge. J'ai peur. Et je suis tellement, profondément, triste. Je vous demande pardon. Pardon de vous faire grandir dans ce monde. Pardon de ne pas pouvoir vous protéger autant que je le voudrais. Pardon de devoir un jour vous apprendre les mots guerre, lâcheté et terreur.

Mais, au fond de mon coeur de Maman meurtri, une promesse. Celle d'être là, toujours. Celle de faire de vous des hommes. Dignes. Et bons.

Share Button

6 Comments on Si

  1. J’ai pleuré en voyant se poème et tes paroles parsque c’est se que je me dit depyis hier soir et cette nuit ,jme fait honte d’avoir était aussi égoïste d’avoir mis au monde 2 petits êtres innocent qui vont grandir dans un monde de terreur ,j’en ai mal au ventre se matin de les voirs si insoucients mais en même tps mon aîné à 27mois et pour la préserver je met des dessins animé à la tv pour mettre de la douceur de l’amour des couleurs ds son coeur et je porte mon tout petit de 1mois ds mes bras en lui demandant pardon. .. parsque nous adultes notre coeur et remplie de larmes aujourd’hui de terreurs et d’angoisse. …

  2. C’est curieux, j’ai eu besoin, ce matin, de relire ce poème…il fait du bien, il donne un peu d’espour je trouve (je ne saurais expliquer pourquoi!).
    Je suis égoïstement contente que mon fils soit trop petit (10 mois) et donc, de ne pas avoir à lui expliquer cela… Ils sont la relève, et il faut leur faire confiance pour qu’ils bâtissent un monde meilleur (comment pourraient ils faire pire?!).
    Bises

  3. Je ne suis pas encore une maman, y’a juste une graine qui pousse les parois de mon ventre. Je ne sais pas si ce sera un garçon ou une fille, à l’heure actuelle. Dans quelques semaines,Je je saurais.
    Et vendredi, mon cœur d’artichaut blindé d’hormones, c’est serré. Comment ai-je pu me sentir heureuse de porter la vie alors même que nous vivons dans l’horreur? Voilà, je me suis sentie coupable d’offrir la vie dans un monde morbide. Puis j’ai culpabilisé en pensant que le bébé avait ressenti ces regrets face à ce désespoir et pour la première fois, j’ai eu peur pour lui, pour tout.

    Mais tes mots m’ont consolée, c’est l’espoir que nous portons, que nous faisons grandir.
    Bravo.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.