Un jour, j’ai été en boîte de nuit. J’étais contente, c’était la soirée mousse, un truc à faire au moins une fois dans sa vie non ? Ma copine avait réussi à emprunter la voiture de son père et ma mère, malgré son instinct de (sur)protection m’avait donné son accord.

Ce soir-là, j’ai dansé dans la mousse, j’ai perdu une chaussure (bonjour l’angoisse) et j’ai mis un coup de poing à quelqu’un (pour la première et dernière fois de ma vie). Ce soir-là, je suis rentrée chez moi en gloussant, assise sur un sac plastique Monoprix en petite culotte, torse nu sous mon blouson en fausse fourrure parce que « tu comprends, mon père va nous tuer si on trempe ses sièges avec toute cette mousse ».

Ce soir-là, je me suis vraiment amusée, j’adore danser au milieu d’autres gens qui dansent, je me sens libre.

Ce soir-là, dans l’espèce de piscine où tout le monde chahutait dans la mousse, je suis tombée en arrière. Pendant que je me relevais, quelqu’un a mis sa main sur mon sexe et l’a frotté plusieurs fois. (D’où d’ailleurs le coup de poing, qui a atteint une personne qui n’avait rien à voir dans l’histoire, oups).

Ce soir-là j’ai été sexuellement agressée, privée de mon consentement. Longtemps, j’ai pensé que c’était de ma faute. J’étais en boîte. Je dansais. J’avais un dos-nu rose décolleté. Je suis tombée. Il y avait de la mousse. Je suis une femme.

Mais sérieusement, comment peut-on oser justifier une agression en avançant comme raison « Je suis une femme » ?! Je suis victime et j’ai moi-même pensé que, parce que j’étais une femme, c’était normal, c’était ma faute.

C’est là qu’on voit comme le patriarcat a bien travaillé, depuis Adam et Eve jusqu’à Harvey Weinstein.

Je ne crois pas qu’un homme (à moins d’avoir été sexuellement agressé, je ne nie pas que cela existe, hélas) puisse comprendre ce que ça fait. Se faire reluquer, se faire toucher les parties intimes sans son accord, se faire insulter, se faire violenter sexuellement, simplement parce qu’on a un vagin.

Souvent, je me demande « Pourquoi trois fils ? Pourquoi pas de fille ? ». Je crois qu’au fond, je n’aurais pas su, je n’aurais pas pu élever une fille en étant une femme. Lui donner les clefs, lui donner les armes. Je n’étais pas prête. Peut-être qu’aujourd’hui ce serait différent, je ne sais pas.

J’essaie de faire ma part en élevant des fils respectueux de TOUS, ni plus ni moins. Mais ce que je veux dire, c’est que je n’ai pas cette peur chevillée au corps qu’ils subissent ce que j’ai subi.

Je suis une femme. Mon consentement n’est PAS une option. Mon corps n’est PAS un objet, et de ce fait, il n’appartient à personne. PERSONNE. Ni les hommes, ni la médecine, ni mon mari. Personne.

Je suis une femme et malheureusement des agressions de ce genre, j’en ai subi bien d’autres. Du vieux qui fait semblant de trébucher pour te palper la poitrine au parfait inconnu qui demande sous l’abribus si tu portes un soutien-gorge.

Ce n’est ni normal, ni ma faute.

Je suis une putain de femme. Je porte la vie, je la mets au monde et je la nourris. Et j’ai cette phrase de Rupi Kaur qui tourne en boucle :

“you want to keep

the blood and the milk hidden

as if the womb and breast

never fed you”

Tu ferais ça à ta mère ou à ta sœur ?

On en est là.

2020. Un violeur, un pédophile, est récompensé pour son travail. Un doigt. Voilà ce que c’est : un bon gros doigt à la face de toutes les filles, de toutes les femmes, de toutes les mères. Une récompense qui dit que c’est normal, que c’est de notre faute, que nous ne sommes QUE des femmes. Une négation, une de plus.

Ironie du sort, le film césarisé s’intitule « J’accuse ». Doit-on rire ou pleurer ?

Tiens d’ailleurs, dans 2 jours, c’est la journée des Droits des Femmes. Mais j’y pense, y a-t-il une journée des droits des hommes (pas de l’Homme en tant que représentant de l’humanité, mais des représentants de la gente masculine, évidemment) ? Non ? Oh, comme c’est curieux…

Alors je vais poser la question, encore une fois : « Mais c’est quoi cette société DE MERDE ? ». C’est ça que vous voulez pour vos enfants ? Des bourreaux récompensés et des victimes silencieuses ? Que les uns soient rois et les autres anonymes, dans un sens comme dans l’autre, est-ce acceptable ?

Nous ne sommes ni faibles, ni hystériques et encore moins revanchardes (car sinon je crois que l’humanité se serait éteinte il y a fort longtemps) : nous sommes des FEMMES (oh, le gros mot). Nous sommes tout simplement vous et vous êtes nous. Des humains. Avec une conscience, ou pas.

Je ne suis pas non plus misandre, non. Et j’en ai marre qu’on brandisse ce mot comme un bouclier dès qu’une femme ose briser le silence. J’en ai marre qu’être féministe soit considéré comme une tare. C’est beau, le féminisme. Car enfin, que serait le monde sans femmes ? Un non-sens…

Nous ne vous appartenons pas, pas plus que vous n’appartenez à qui que ce soit. Nous avons droit au respect, à l’écoute, à la considération et à la réparation quand il y a faute. Pas parce que nous sommes des femmes, non. Mais parce que nous sommes là. Juste là. Au même titre que tous les êtres humains.

 

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3 Comments on Soirée mousse

  1. MERCI.

    Merci pour ton article, encore une fois si juste. Je suis maman d’un garçon ET d’une fille… et je flippe pour les deux. J’ai peur de faillir à ma mission dans l’éducation de mon fils… parce que je ne suis pas seule, qu’il y a aussi son père et qu’il n’est pas forcément aussi investi que moi dans cette mission, parce qu’il n’a pas forcément la même vision du consentement que moi, en tout cas pas aussi étendue que la mienne… parce que pour lui, si je lui refuse un câlin, c’est comme si je refusais la preuve d’amour qu’il voudrait me donner et ça le blesse. Alors c’est pas toujours évident de conjuguer cela avec l’image du consentement que je veux que mes enfants intègrent. Et puis évidemment pour pimenter encore plus le truc, la vie s’est dit “tiens gère l’autisme en plus!”… Ca facilite rien, vraiment rien… Mais faut jongler avec.
    Et puis évidemment j’ai une trouille sans fin par rapport à ma fille… elle qui est capable de filer un coup de poing si on la cherche, mais aussi de s’écraser totalement… Je ne veux pas qu’elle soit comme moi. Je ne veux pas qu’elle accepte l’inacceptable. J’ai une peur pas possible de ce qui pourrait lui arriver en grandissant, juste parce qu’elle a un vagin et des seins…

    C’est flippant… On vit dans une société pourrie. On ne devrait même plus avoir à se battre pour ça… et pourtant…

  2. Même analyse ici aussi,une histoire douloureuse…et j’ai 3 garçons. Je les élève dans le respect de tous, homme et femme confondus. Ce doit être une des mes missions sur cette Terre.
    Merci !

  3. Que peut-on dire ? Rien à part « BRAVO » ! Tu as bien résumé la situation. Et « Continue comme ça, » : élever tes fils dans le respect des autres, partager, …
    Je ne m’attendais pas à ça, étant arrivée sur ton site par le biais d’une recette de pain maison !
    Hasta luego !
    Lisa

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