Ne croyez pas que je ressasse sans arrêt cet événement de ma vie, ce n'est pas le cas. Je suis passée par tout un tas d'émotions différentes depuis ma fausse couche et certaines personnes ont eu des actes, ou des mots, qui m'ont touchée, m'ont apaisée, m'ont réconfortée.

Je pose ça là, parce que quand ça m'est arrivé, j'ai couru sur la toile lire tous les témoignages que j'ai pu trouver. J'apporte ma pierre à l'édifice en quelque sorte. Voici ce qui moi, m'a aidée, quand j'ai perdu mon bébé.

Être écoutée et respectée dans ma douleur par mon mari, le père de mes enfants, mon roc, qui a tout de suite compris ma détresse et n'a pas un seul instant minimisé l'événement. Je m'attendais à des arguments très terre-à-terre, mais j'ai eu le droit à ce regard mouillé que je n'oublierai jamais et cette voix, à la fois douce et puissante qui m'a dit "ça va aller". Oui, ça va aller. 

Mettre des mots sur mes maux. Tout le monde n'a pas un blog, mais à peu près tout le monde est capable d'écrire une lettre. L'écrire, à soi, à son enfant perdu, à un proche, ou bien à personne, mais écrire, ça met de la distance, ça permet de vider son sac et de se sentir soulagée sans être top à vif. 

En parler autour de moi, sortir du silence. Pas facile d'être au fond du trou sans expliquer ce qui ne va pas, pourquoi on pleure et pourquoi on est en colère. Le problème avec une fausse couche précoce, c'est qu'a priori peu de personnes sont au courant que vous attendez un enfant. Moi j'ai eu besoin de le dire à me soeur, à ma meilleure amie… A des gens à qui je prévoyais d'annoncer cette grossesse en grand pompe, avec des blagues ou des devinettes pourries. C'est très douloureux sur le moment, ça remue le couteau dans la plaie mais le fait d'avoir une épaule (féminine, c'était important pour moi) sur laquelle pleurer a été un vrai réconfort.

Entendre cette sage-femme en qui j'ai une confiance presque aveugle me demander si posément "Et vous, comment vous sentez-vous ?". On lit, on entend un milliard de choses sur les fausses couches. Les risques, la douleur, les cas qui dégénèrent. Au même titre que j'ai su que tout était fini ce mercredi matin, j'ai su que DANS MON CAS, ce n'était pas grave. Ecoutez-vous. J'ai personnellement refusé d'aller aux urgences, parce que je SAIS que je n'aurais jamais pu le supporter, pour tout un tas de raisons. Je SAVAIS que je ne faisais ni hémorragie, ni septicémie, ni rien de grave. De triste oui, mais de grave, non. On est tellement déconnecté de soi aujourd'hui, comme déresponsabilisés de nous-mêmes. J'ai choisi d'écouter ma voix, et je remercie ma sage-femme pour m'avoir aidée à l'entendre. Je me suis entourée de professionnels de santé que je connais, qui me connaissent et connaissent mes enfants, mon passé, mon vécu de femme et de mère. Pour moi, c'était essentiel. 

Ma soeur, qui m'a dit très sérieusement "Euh, non, c'est pas ça, la vie", quand je lui ai annoncé dans la même phrase ma grossesse et sa fin si brutale. J'ai fait comme beaucoup d'entre nous, j'ai dit "C'est la vie, y a pire". Une autre personne m'a dit aussi "Certes, y a pire, mais enfin y a mieux aussi". C'est bateau, c'est cliché, c'est tout ce que vous voulez, mais quand un tiers redonne une dimension dramatique à votre propre vécu, d'un coup ça rend votre souffrance légitime, et ça fait du bien. On s'autorise à aller mal. C'est temporaire, mais selon moi, nécessaire.

Mes copines, celles avec qui je discute souvent, celles que je vois de temps en temps, celles que je n'ai pas vues depuis 1000 ans, qui sont venues prendre de mes nouvelles, me dire qu'elles partageaient ma peine. Comme toujours dans ma façon de voir la maternité, il y a quelque chose de sauvage en moi. Je me suis sentie comme un animal blessé, et la meute est venue, nous avons pleuré ensemble, et ri aussi, et ça m'a fait énormément de bien.

Cette phrase que j'ai lue et à laquelle je repense souvent "Remercie ton corps. Il ne t'a pas fait défaut, au contraire, il a parfaitement fonctionné, comme c'est prévu par la nature, pour t'éviter de mauvaises expériences". Cette phrase me met en colère car c'est si injuste, et en même temps elle m'apaise tellement. Elle tourne en positif quelque chose de tellement négatif.

Et pour finir, le geste qui m'a le plus touchée, c'est ce petit ange qu'on m'a offert hier en me disant "C'est ton petit Ange, il veille sur toi maintenant". Avoir quelqu'un qui pense à votre deuil, à votre perte, je n'ai pas de mots pour décrire ce que j'ai ressenti à ce moment-là. Comme si ce bébé perdu avait compté, pas seulement pour moi, mais aussi pour quelqu'un d'autre. Je conserve ainsi une trace de son passage parmi nous. Je ne dis pas que chaque fausse couche mérite un mausolée, mais chacune compte. Si vous me lisez à travers vos larmes, le coeur en miettes, sachez que la vôtre aussi. 

 

 

 

 

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5 comments on “Surmonter une fausse couche précoce – ce qui m’a aidée”

  1. Merci….

    Mais tellement merci!

    De tes mots si justes…. il résonnent en moi si fort… en 2015 j aibvécu une fause couche précoce de jumeaux, moi qui rêvait famille nombreuse du haut de mon statut d enfant unique. Je m etais projetee si fort, totalement, intensément… que j ai pleuré toutes les larmes de mon corps et meme davantage lorsqu on m a dit que ce n etait pas grave….

    Alors merci de tes mots sur mes maux.

    Merci.

    Avec mon coeur, mes larmes et mon humanité, merci ❤

  2. Passer à autre chose oui, mais en effet on ne peut pas faire comme si rien ne s'était passé. Alors je suis d'accord avec toi, il faut garder une trace comme on le peut. J'ai fait un FC en mars, bébé aurait dû naître fin août. Et il y a quelques jours j'ai appris que j'étais à nouveau enceinte. Enfin. Je crois que j'ai enfin tourné la page. Et je vous le souhaite aussi

  3. Bonjour Delphine

    Je viens de lire votre message a travers mes larmes car moi j'ai perdu mon fils il y a 7 mois à 34 sa, est ce ta douleur est légitime oui parceque ce bébé vous l'avez porté rêvé commencer à l'introduire dans votre vie alors oui vous étiez sa maman et je suis d'accord avec votre soeur ce n'est pas ça la vie, je vous embrasse 

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