En fait, je devrais plutôt dire tes naissances. Je crois que tu es le bébé qui a eu le plus de naissances au monde.

Il y a d'abord eu la toute première. Ce jour (celui de l'anniversaire de Papa), où nous t'avons vu pour la toute première fois. Devant l'écran, je me suis écriée "Oh mais c'est un VRAI bébé !!"… petit flottement dans la salle d'examen. "Oui, en effet, vous n'attendez ni un raton laveur, ni une Barbie, mais bien un vrai bébé, félicitations Madame". Bon en vrai, l'échographiste n'a pas dit ça, évidemment, mais c'était pas loin. Genre "mais tu t'attendais à quoi en fait ?" Bah je sais pas, moi !!! Mais pas à voir un petit bébé, avec des pieds, un nez, des mains, un cerveau… enfin tout quoi.

D'un seul coup, la grossesse devient réelle. On voit un bébé, SON bébé à l'écran et on entend son coeur. Incroyable. C'est ce jour-là que tu es né dans ma tête. Nous avons même eu la chance d'apprendreque tu étais un garçon (et sans aucun doute possible n'est-ce pas !) lors de cette toute première échographie. Un moment exceptionnel. Pendant longtemps, j'ai regardé ta "photo" tous les jours, tous les soirs, en essayant de t'imaginer dans mes bras, plus tard.

Et puis, il y a eu ta naissance dans mon coeur. Quelques semaines après cette échographie, affalée dans le canapé, je sens un muscle qui saute dans mon bas-ventre. Glouglou. J'arrête de bouger, de respirer, de tout. Je retiens ma respiration parce que je sais que c'est toi mais en fait j'en sais rien. Glouglouglou. Tu recommences. Cette fois, je sens bien que c'est toi.

Et là… j'en ai des frissons tout partout, je pleure et je glapis "IL BOUGE" !! Evidemment, Papa ne sent rien quand il pose la main sur mon ventre. Pour l'instant, je suis la seule à sentir. Quand tu te mets à bouger, moi, dehors, je me mets à sourire comme une demeurée, c'est notre secret. Dans le bus, sous la douche, en pleine conversation avec la famille. "Glouglouglou… je suis là". Tu es là… Comme je t'aime !

Ta naissance "dans mon coeur" a mis du temps, beaucoup de temps, je sais. Je ne sais pas pourquoi en revanche. Mais te sentir bouger là, à l'intérieur a certainement été la meilleure expérience de toute ma grossesse. A partir de cet instant, je n'ai plus eu de doutes. De nombreuses mamans te diront qu'un bébé qui bouge beaucoup, surtout le soir ou la nuit, c'est pénible, ça empêche de dormir. Moi, c'était tout le contraire. Quand ça nous arrivait, je savourais chaque seconde, je te parlais, je te caressais à travers la peau de mon ventre. C'était l'osmose. J'étais tellement détendue par tes ronds de jambes, là, dans ton aquarium que c'était l'inverse : te sentir bouger m'apaisait, me berçait…

Ensuite, il y a eu ta venue au monde. Tu es sorti vite, très vite. J'ai attendu que tu cries mais tu n'as pas crié. J'ai à peine eu le temps de sentir ta peau et de voir que tu étais tout violet qu'on t'a enlevé. Pour te sauver la vie. Comme j'étais faite comme un rat sous péridurale, je n'ai pas eu peur. J'ai juste ressenti le VIDE. Mais je savais qu'on s'occupait bien de toi, alors ça allait. De toutes tes naissances, c'est celle qui m'a laissé le souvenir le plus lointain. Curieux, non ? C'est celle qui "compte" pourtant, celle qu'on fêtera tous les ans. Mais pour moi, elle est synonyme de… ben je sais pas de quoi en fait. Bizarre. Pas de joie, en tout cas. Enfin si, parce qu'après toute cette attente, tu étais là, enfin. Mais d'un autre côté, non, parce que tu es arrivé et reparti aussi sec, et bien mal en point. Pauvre Hibou !

Quelques heures après, j'ai ENFIN pu te tenir contre moi quelques minutes, te serrer, te sentir, te regarder. J'étais encore en salle de travail. Comme tu allais mieux, les infirmières t'ont amené. Si petit, si fragile, si frêle… Notre bébé. J'ai ressenti la même émotion que lorsque je t'ai senti bouger pour la première fois. Les larmes ont coulé à flot, tu étais si beau, si parfait… Rien qu'en y repensant, je me mets à pleurer, l'émotion est encore si vive, si poignante. Enfin, tu étais là, avec ton nez écrabouillé en patate, tes ongles de sorcier crochus et ta pelade de vernix un rien poisseux. En un mot : le bonheur. Pour moi, tu es né -en-dehors de moi- à ce moment là (certainement aussi parce que les effets de la drogue péridurale commençaient à s'estomper et que donc ça percutait un peu mieux là-haut).

Et puis, tu as dû repartir. Tu étais fatigué et encore bien faible. Et moi, et bien il fallait que je finisse de me vider, telle une grosse truite (bon appétit, bien sûr). Certaines personnes appellent ça la "délivrance", c'est juste une façon d'enjoliver la réalité, mais passons. C'était long. Très long. Maintenant que je t'avais vu, senti, embrassé, j'en voulais encore, j'en voulais plus. J'ai souffert d'être séparée de toi.

J'ai fini par monter dans ma chambre. Ma chambre vide. Oh, qu'elle était vide cette chambre sans toi. Heureusement, Papa ne m'a pas laissée une seule seconde, il était là, avec moi, tout le temps. Sinon, je pense que je me serais sentie vraiment mal. De longues minutes plus tard, on toque à la porte : "c'est Oscar !!" Une infirmière aussi douce qu'impressionnante (paie ta carrure de rugbyman) nous tend notre fils et me dit "je crois qu'il a faim…" Oh mon petit coeur, mon bébé, mais où avais-je la tête !? Evidemment ! Viens là, tout contre moi, viens boire ton lait. Après t'avoir senti en moi, puis sur moi, je sens le lait qui passe de moi en toi. Plus de 3h après ta venue au monde mouvementée, nous sommes enfin tous les 3, seuls, en famille. Tu es calme, posé, tu t'endors là, au sein. Quand je te vois aujourd'hui, si grand, si fort, si dynamique et curieux, je me demande si je n'ai pas rêvé tous ces moments.

Après ces brefs instants de grâce, tu as dû repartir une énième fois pour te reposer. Inquiète, j'ai demandé quand je te reverrais. La gentille infirmière me dit de ne pas m'en faire, que tu es à 2 portes d'ici et que l'unité Kangourous est ouverte toute la nuit si je le souhaite. Me voilà rassurée. Jusqu'à ce que j'essaie de me lever. Assise, ma tension chute à 9, debout, on passe à 7, je vois plus, j'entends plus. On me recouche. "Mais je veux voir mon fils !!". Oui, oui, plus tard. "Vous me l'amènerez quand il aura faim, hein ?". Oui, oui, on vous l'amènera. Tu parles, Charles ! Je crois que l'idée était que je me repose… Non mais LOL ! J'ai accouché en 4h, en pleine journée, sous péri : je ne suis pas fatiguée !! Je veux mon bébé ! Toutes les heures, je sonne, pour qu'on m'aide à me lever, toutes les heures, on me recouche car ma tension chute. Vers 4h, j'ai arrêté de sonner, j'ai eu un peu honte de déranger alors que je ne pouvais pas me lever (si je devais revivre cet épisode, je sonnerais encore et encore et encore)

A 6h, je me suis levée seule (paaaaaas bieeeeen), je me suis maquillée et coiffée, je voulais que tu me vois belle. Et puis j'ai été te voir, là, tout nu sous ta petite lampe chauffante avec tous tes capteurs partout. J'ai à peine eu le temps de me mettre à pleurer en te reconnaissant et de dire "c'est mon bébé" en te pointant du doigt (oui, comme dans les films) que je me suis effondrée par terre. Trop chaud (imagine 10 bébés chacun sous une lampe chauffant à 37 degrés), trop d'émotion, pas assez de tension ! Allez, hop, retour à la case départ, dans ma chambre, toujours vide. Groumpf…

Vers midi, toc toc toc, une infirmière passe la porte en poussant un petit berceau avec dedans… le plus beau cadeau de toute ma vie : mon bébé, enfin !! Le début de notre vie de famille…

Bref, mon Hibou, tu es né une bonne demi-douzaine de fois !

 

Pardon pour cet article décousu et un peu fourre-tout, mais j'avais envie de me taper une petite séquence souvenir…

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16 Comments on Ta naissance.

  1. Magnifique!
    Avec une émotion particulière pour ton récit de la 1ère écho car je l’ai vécu hier pour rencontrer N°4! C’est toujours aussi émouvant de découvrir ce tout petit être!
    Bravo pour ce très bel article avec une pointe d’humour qui me permet de ne pas fondre en larmes (mais j’ai quand même une larmichette!)

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