Il y a quelques semaines, j'ai eu le privilège d'assister à une conférence extrêmement intéressante, animée par Henrik Norholt, expert scientifique de la marque américaine Ergobaby. Cette conférence avait pour objet la psychologie des nourrissons, l'attachement parental et les bienfaits du portage. 

Henrik Norholt est un éminent spécialiste de la toute petite enfance, qui travaille depuis plus de 15 ans dans l'analyse des effets du portage sur le développement moteur et psychologique des bébés. Il collabore avec Ergobaby depuis des années. Créée en 2003 par une maman américaine, Ergobaby est une marque spécialisée dans la confection et la revente de porte-bébés physiologiques.

Je ne vais pas tourner autour du pot : j'ai ADORÉ cette conférence. Parce que bien évidemment, le sujet me parle, parce que je suis concernée, mais aussi parce que pour une fois, un spécialiste de la petite-enfance, preuves à l'appui, a remis les choses en perspective et a affirmé haut et fort que l'attachment parenting, ou attachement parental ou encore maternage proximal ou maternage tout court, était UNE BONNE FAÇON de faire. Attention, je ne dis pas que c'est la seule façon, ni la seule bonne façon d'élever ses enfants. Et je ne suis pas dupe, je sais à quel point on peut faire dire à la science à peu près tout ce qu'on veut.

Mais en réalité, j'ai été touchée d'être reconnue dans mon rôle de mère louve, touchée qu'un docteur s'intéresse à (et légitime) des comportements qui d'habitude sont balayés d'un revers de la main par de nombreux professionnels, comme si nous formions un clan de mères hippies, laxistes et fusionnelles.

Depuis novembre 2013, ma vie a pris un tournant que jamais je n'aurais soupçonné. J'ai changé à un point que moi-même je n'imaginais pas possible. Je ne parle pas seulement d'avoir des enfants, je parle de ma façon d'être, de mes choix politiques et sociaux, qui aujourd'hui forment un tout plus cohérent que jamais. J'en parlerais plus longuement à d'autres occasions mais il me semble a posteriori que je suis ici et maintenant la vraie moi, celle que non seulement j'ai toujours eu envie d'être, mais aussi celle que j'ai toujours été, au fond. Mes enfants ont été le facteur déclenchant de tout ça. La maternité m'a tellement repoussée dans mes propres retranchements les plus intimes, les plus sombres, que pour survivre, j'ai dû me reconnecter à moi-même.

Pourquoi je vous dis tout ça ? Parce que la maternité m'a ouvert les yeux et les oreilles. J'ai enfin pu entendre cette voix qui me parlait depuis toujours, mon INSTINCT. Et c'est ce que j'ai ressenti pendant cette conférence. Mon INSTINCT a raison. Hier encore, j'expliquais en larmes à un de mes fils que peu importe si nous faisions des erreurs, qui apprend sans se tromper ? Faire des erreurs ne fait pas de nous des ratés. Je lui disais aussi que peu importent nos échecs, pour peu que nous essayions de tout notre coeur. Et c'est ce que je ressens en tant que maman. Bien sûr que je me trompe, et que je me tromperai encore et encore. Mais peu importe. Je donne tout ce que j'ai, tout le temps. Je n'ai jamais mis autant d'âme dans quelque tâche que ce soit.

Dans ce rôle qui ne me quitte jamais, je suis aidée par mon instinct. Je suis quelqu'un de très consensuel, je n'aime pas entrer en conflit et souvent je me range aux avis des autres pour éviter d'avoir à le faire. Mais la mère que je suis a une foi inébranlable en elle-même et en ses choix. L'allaitement, le portage, l'écoute et l'accueil sont mes choix et pour moi ils sont tout simplement synonymes de bon sens. 

Pourquoi ne pas nourrir mon enfant avec ce que la nature me donne ? Pourquoi ne pas le garder sur moi quand je vois qu'il ne pleure plus et dort enfin d'un sommeil apaisé ? Comment enseigner qu'on ne se montre pas violent envers les autres en donnant soi-même des châtiments corporels ? D'aucuns diront que je juge. Et bien soit. Je ne cherche pas à me hisser sur un piédestal ni à dévaloriser qui que ce soit. J'affirme juste haut et fort que les valeurs de l'attachement parental sont les miennes, celles en lesquelles je crois, depuis le premier jour du reste de ma vie, celui où je suis devenue mère.

Je suis désolée, je voulais "juste" introduire cette conférence, et me voilà à vous raconter (encore une fois haha) ma vie. Revenons donc à nos moutons. Au cours de cette conférence passionnante, étayée par de nombreuses études réalisées par d'éminents professeurs de la communauté internationale (dont les spécialistes français Antoine Guedeney, Michel Odent et Caroline Eliacheff), j'ai eu confirmation que le comportement que nous adoptons avec nos enfants a de lourdes conséquences sur leur développement neurologique et affectif.

Oui, je sais, cela apparaît comme une évidence et pourtant, je pense qu'il n'est pas inutile de le rappeler. Je sais aussi qu'on fait comme on PEUT et peut-être pas toujours comme il faudrait ou comme on le voudrait. Je suis bien placée pour le savoir hein. Je crie, je fais du chantage, je mets même mes enfants au coin quand ils vont trop loin. Cela étant, il est édifiant de constater qu'en fonction de la façon dont on se comporte, nos enfants vont grandir avec assurance et empathie, ou au contraire développer des traits de caractère peu épanouissants qu'il s'agisse de leur propre sphère intérieure ou des relations avec autrui. 

Durant cette conférence, l'accent a également été mis sur la psychologie infantile et l'importance de la reconnaissance de l'existence d'une personnalité chez l'enfant, dès sa naissance. Un bébé, dès le premier jour, dispose de tout un panel d'aptitudes, d'émotions et de ressenti. Il est donc crucial de prendre le temps d'apprendre à écouter ce que nous dit notre bébé. Certes, nous ne pourrons pas toujours décoder ce dont il a besoin, mais le simple fait d'être à l'écoute est primordial.

Et le portage, et le peau-à-peau, et l'allaitement dans tout ça ?

De nombreuses expériences ont démontré que ces pratiques avaient des effets bénéfiques, non seulement sur les enfants mais aussi sur les parents. Ainsi, dans un groupe test, les mères ayant pratiqué le peau-à-peau au moins une heure par jour la première semaine de vie de leur enfant, puis 3h par semaine les semaines suivantes, le taux de dépression post partum a été réduit de moitié. Cela ne veut pas dire que vous ferez une dépression si vous ne pratiquez pas le peau-à-peau. Ni que vous n'en ferez pas si vous le pratiquez. Cela signifie simplement que ce geste animal, naturel, et indispensable à la survie des autres mammifères a des conséquences sur votre cerveau et sur celui de votre bébé. 

C'est la même chose pour le portage. ATTENTION, je suis intimement convaincue que ces effets bénéfiques interviennent UNIQUEMENT lorsque l'envie est là. Si vous n'avez pas envie de porter, d'allaiter ou de faire du peau-à-peau avec votre enfant, ne vous forcez pas. Ecoutez-vous, écoutez-le. 

Pour en revenir au portage, des expériences ont démontré que des nouveaux-nés portés dès la naissance développaient un attachement sécuritaire (secure attachment) contrairement à ceux placés en cosy, qui eux développaient des schémas d'attachement potentiellement à risques pour le développement neurologique et affectif. Encore une fois, tout n'est pas noir ou blanc, ce n'est pas parce qu'on opte pour l'une ou l'autre des options que votre enfant sera forcément bien dans ses baskets ou plus fragile. Mais pour ma part, c'est inscrit dans mes tripes.

J'ai déjà exposé à plusieurs reprises ce que le portage représentait pour nous. Je n'éxagère pas en disant que le portage m'a sauvé la vie. Dans des moments de grande fatigue, d'incompréhension mère-fils, des moments où le dialogue était rompu et où j'ai cru devenir folle, porter mes fils m'a apaisée, calmée, comblée, rendue disponible à nouveau. Pour eux, ils ont pu grandir en se sentant littéralement épaulés, soutenus, portés, au sens propre comme au sens figuré. Je n'espère qu'une chose en écrivant ces lignes. Que demain ils soient à leur tour des adultes équilibrés, confiants et heureux, disponibles pour leurs enfants et pourquoi pas, si tel est leur choix, qu'ils les portent comme je les ai portés.

Merci à Ergobaby pour ce rendez-vous.

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8 comments on “La théorie de l’attachement (attachment parenting ou maternage) selon Ergobaby”

  1. J'avais deux questions, une première bête : le peau-a-peau, c'est forcément "nu" ou c'est le fait de laisser l'enfant reposer sur nous? 

    Et je suis tout à fait d'accord sur le bénéfice du portage, mais il ne faut pas oublier de direqu'il faut que ce genre soit quelques choses dont la mère ai envie … mais aussi le bébé !!! J'ai découvert avec mon deuxième fils, le bébé importable en porte-bébé type écharpe, mei-tei ou préformés physiologique  … tout juste si le sling passe … (bon depuis, j'ai aussi appris que son RGO en était la cause, mais ça m'a beaucoup chagriné.)

    • Tu as raison. je ne l’ai pas dit parce que je pars du principe qu’un parent qui souhaite porter un enfant qui n’en a pas envie/ besoin saura identifier les besoins de son bébé et y répondre. Le parent est déjà dans une démarche d’accueil et d’écoute je pense.

      Pour le peau-à-peau, comme son nom l’indique, c’est peau contre peau 😉

  2. Merci pour ce texte, merci de me faire sentir moins seule dans ce portage que beaucoup trouve excessif. Et oui je confirme, mes deux enfants ont été voir un psy à 4 et 2 ans suite au décès de leur papa. Et après le rdv seul avec l'enfant,   la psy s'est étonnée de la sécurité affective de ma fille au vu des circonstances, je lui ai dit qu'elle était porté depuis la naissance, elle a tt de suite mieux compris. Et aujourd'hui encore grâce au p4, elle en a tjs besoin et moi aussi ! 

  3. Tu vois j'étais super convaincue de tout ça avant la naissance de mes enfants (2 ans 1/2 et 7 mois) … Je les ai allaité, porté jusqu'à en avoir mal partout, petits et grands, accompagné leurs pleurs de douleurs avec le RGO, leurs pleurs de "je sais pas ce que j'ai mais je me sens mal", de " je voulais ouvrir touuuut seul le bouchon du dentifrice "… Et aujourd'hui je suis vidée, au bout du roul', plus rien à donner. En congé parental ET en burn out maternel. Je me fais aider psychologiquement et matériellement depuis un mois quand j'ai craqué après des jours passés à pleurer à côté de mes 2 petits seule à la maison. Mais je ne m'en sors pas. Je me sens complètement aliénée par mes enfants, en particulier ma fille de presque 8 mois qui est en pleine angoisse de séparation et refuse catégoriquement autre chose que le sein pour boire. Je n'en plus de l'allaiter et je n'ai pas le choix, car je ne supporte pas l'impression de la faire souffrir que j'ai quand je refuse et lui propose le biberon (qu'elle prenait un peu jusqu'à il y'a peu). Je le vis presque comme un viol à ce stade. 

    Aujourd'hui je me dis que je souffrirais certainement moins si je n'avais pas opté pour le maternage proximal…

    • Mais pour moi maternage proximal n’a pas à rimer avec aliénation. Comme tout dans la vie, il y a un équilibre à trouver je pense, c’est pas tout ou rien, noir ou blanc, plein ou vide. Sinon effectivement on va droit dans le mur. Je le sais, moi aussi j’ai fait un burn-out maternel. Cependant, à aucun moment je ne regrette le “choix” du maternage, qui n’a pas été un choix mais une évidence pour moi, inscrite dans mes tripes. Perso, j’ai arrêté d’allaiter mon deuxième à 11 mois alors que je rêvais d’un sevrage naturel à 2, 3 ou 4 ans. J’ai arrêté parce que je n’en pouvais plus. Moi aussi je me suis sentie harcelée moralement par mes enfants et cela m’arrive encore. Pour autant, lorsque je fais la balance bénéfices / risques ou bénéfices / inconvénients, les bénéfices m’apparaissent plus importants donc je continue. Si ce n’est pas ton cas, pourquoi persévérer ? Ce n’est pas un jugement mais une simple question. Le maternage n’a pas à se faire au détriment d’autre chose, encore moins de sa propre liberté. Mais ce n’est que mon avis. Je te souhaite plein de courage. Le burn-out, on en sort, promis.

      • Merci de ta réponse… Je sens bien que cette aliénation que je ressens n'est pas vraiment dû au type de "parentage" que j'ai choisi, mais plus à un très grand déséquilbre dans ce que je donne et ce que je reçois aujourd'hui. En fait je pense que le maternage proximal, par la proximité avec l'enfant (tadaam vive les évidences !;-)), induit quand même une plus grande vulnérabilité chez le parent.Si on est dans un bon équilibre ce n'est pas un problème. Sinon… disons que ça pousse pronto à se faire aider sous peine d'y passer tous…Que c'est dur d'être parent… J'ai l'impression, sans doute erronée, qu'avec un style de "maternage" plus distant, je serais plus blindée contre les chocs émotionnels que provoquent chez moi les relations avec mes enfants… Mais que je passerais aussi à côté de tout ce qui fait leur beauté peut-être.

        • A vrai dire je ne suis pas sûre que même en mettant de la distance on serait moins impactée. Enfin moi, je sais que non. Je suis entière, c'est dans ma nature, dans mes tripes, je sais pas faire autrement et j'en ai pas l'envie. Pas facile tout ça en tout cas !

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