Un jour, la psy m’a dit “Vous savez, Delphine, dans un mois, deux mois, six mois… vous ne souviendrez même pas de vos larmes pendant cette séance de kiné d’hier !”.

Je ne sais pas si c’est parce que j’ai l’esprit de contradiction mais elle avait tort. Aujourd’hui, après 4 mois de rééducation, presque 6 mois après mon intervention, je me souviens. 

Je me souviens de l’appel en visio avec mes fils après l’intervention et du regard paniqué de mon aîné de me voir sur un lit d’hôpital avec des lunettes à oxygène.

Je me souviens d’avoir menti à l’infirmière qui venait me voir tous les jours chez moi pour m’injecter mes anticoagulants, quand elle me demandait “Comment ça va ?” et que je lui disais “ça va”, pour ne pas avoir à avouer que j’étais un champ de ruines.

Je me souviens du jour où j’ai moi-même ôté la dernière agrafe de ma suture.

Je me souviens de la première fois où j’ai descendu mes 2 étages et où je suis sortie de mon immeuble, avec mes béquilles, mon attelle et mon masque sur le nez, juste là entre les poubelles et le digicode.

Je me souviens de la première fois où j’ai déposé mon fils à la crèche en post-op, des 40 minutes de marche pour faire ces fucking 300 mètres, et des courbatures dans tout le corps, le lendemain.

Je me souviens de cette séance de kiné, où la douce Manon m’a simplement dit, gentiment, “marchez, pour voir” et où j’ai pleuré, parce que je ne savais plus.

Je me souviens de ce matin, dans ma chambre, où j’ai fabriqué un step de fortune avec un carton de porte-bébé pour réapprendre à lever mon pied.

Je me souviens de ces heures à pleurer, à ne pas comprendre, à essayer de plier, degré après degré.

Je me souviens des frissons qui ont parcouru tout mon corps le jour où, après plus de 2 mois à tenir des béquilles, c’est la main de mon fils que j’ai enfin pu tenir dans la rue, sur le chemin du “parc de l’Escargot”.

Je me souviens du jour où j’ai réussi à plier suffisamment mon genou pour pouvoir m’asseoir dans le bus.

Je me souviens de l’attelle articulée, et de chaque changement de taquets.

Je me souviens des yeux bleus du kiné d’Huriel qui me regardent et de lui qui me dit avec une pointe de sarcasme : “Vous allez me détester, mais on n’est pas là pour devenir amis”. Il avait raison.

Je me souviens de mes larmes de joie, le jour où je me suis filmée en train de monter les escaliers.

Je me souviens d’aujourd’hui, où je me suis sentie de rentrer à pied après ma séance de kiné. Je me souviens de la chanson Senorita, de Shawn Mendes et Camilla Cabello dans mes oreilles, du vent sur ma peau, du soleil et de la chaleur.

On m’a dit “Tu oublieras”.

Je me souviens de tout. Et ces souvenirs, je les chéris comme autant de véritables trésors. Parce qu’ils me rappellent d’où je viens, et le chemin parcouru.

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